Affaire Benalla. Compagne introuvable, coffre-fort disparu… les zones d’ombre subsistent

L'affaire Benalla risque de revenir sur le devant de la scène avec la rentrée, ce qui ne ravit pas l'exécutif. Ici, Alexandre Benalla et Emmanuel Macron, au Touquet, le 18 juin 2017.

L’affaire Benalla risque de revenir sur le devant de la scène avec la rentrée, ce qui ne ravit pas l’exécutif. Ici, Alexandre Benalla et Emmanuel Macron, au Touquet, le 18 juin 2017. | ETIENNE LAURENT / EPA MAXPPP

 

C’est l’heure de la rentrée pour le gouvernement et les dossiers sont nombreux sur les bureaux de l’exécutif. Au sommet de la pile, celui qui concerne l’affaire Benalla risque très certainement de s’épaissir à mesure que les enquêtes progressent. De nombreuses zones d’ombre persistent toutefois. En particulier, le rôle de la compagne de l’ancien chargé de mission pose question.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il avait une bonne raison d’être absent à son propre mariage : Alexandre Benalla se trouvait en garde à vue le 20 juillet, alors que la cérémonie devait avoir lieu le lendemain. Son tête-à-tête avec les policiers ayant été prolongé, il n’a pas pu retrouver sa future épouse pour célébrer leur union. Une future épouse qui intéresse justement les enquêteurs. Ils s’interrogent sur son rôle dans la perquisition de leur appartement.

« Partie à l’étranger » pour « fuir les journalistes »

Le récit ubuesque de cette perquisition a fait grand bruit et les dernières informations du Parisien permettent de l’éclairer sous un jour nouveau. Le 20 juillet, au soir de la première journée en garde à vue du chargé de mission de l’Élysée, il est demandé à Alexandre Benalla s’il accepte que son logement soit perquisitionné. Les policiers aimeraient en effet fouiller le domicile du collaborateur, qu’il partage avec sa compagne, qui vient de donner naissance à leur premier enfant.

Le couple habite alors à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), n’ayant pas encore investi l’appartement du Quai Branly mis à sa disposition par l’Élysée. Selon les informations du Parisien, Alexandre Benalla accepte, mais précise : « Je tiens juste à dire que je n’ai pas les clés avec moi. La seule personne qui a les clefs de mon domicile est ma femme qui, à cette heure, est certainement partie à l’étranger se reposer et fuir les journalistes avec notre bébé. »

Les forces de l’ordre se rendent tout de même dans les Hauts-de-Seine, mais devant l’impossibilité d’ouvrir la porte sécurisée avant les horaires légaux de perquisition (soit avant 21 heures), ils sont contraints de rebrousser chemin. Ils apposent alors un scellé (un simple autocollant, dont la présence ne suffit pas à empêcher l’accès) sur la porte et reviennent le lendemain matin.

Coffre-fort disparu et compagne introuvable

Cette fois-ci, accompagnés d’une unité compétente pour ouvrir la porte, les policiers accèdent à l’appartement. C’est là qu’ils découvrent que le coffre-fort évoqué par Alexandre Benalla lui-même, durant sa garde à vue, a disparu. Un coffre qui devait notamment contenir ses armes, trois pistolets et un fusil, pour lesquelles il disposait d’autorisations. Il les remettra finalement à la police le 30 juillet.

Mais impossible, pour les enquêteurs, de vérifier le reste du contenu du coffre. Et impossible, également, de savoir dans quelles circonstances ce coffre a disparu, Alexandre Benalla restant particulièrement évasif. Interrogé, il explique d’abord aux enquêteurs n’avoir « aucune idée » d’où se trouvent les armes et l’armoire-forte, selon le Monde. Avant de poursuivre : « Elle a dû être emmenée dans un lieu sûr par une personne, mais ce n’est pas moi qui me suis occupé de cela. »

Plus tard, devant des juges, il précisera sans pour autant donner d’explications, toujours selon le Parisien : « Le 19 juillet, ma femme m’a appelé pour me dire qu’il y avait plein de journalistes devant la maison et dans le couloir. J’ai demandé à un ami d’aller chercher ma femme et de récupérer tout ce qui pouvait être volé, des objets de valeur et notamment les armes. »

Retrouvée dans le XVIème arrondissement de Paris

Ces explications ne convainquent pas les enquêteurs, qui cherchent dès le 21 juillet à retrouver Myriam, la compagne d’Alexandre Benalla, qui semble un témoin central de la disparition du coffre – et qui pourrait identifier le mystérieux « ami ».

Les grands moyens sont utilisés. Ses comptes bancaires sont sondés, sa voiture identifiée, la trace de son passeport recherchée… et son téléphone portable, géolocalisé. C’est cette dernière manœuvre qui permet de la situer non pas à l’étranger, mais bien en pleine ville de Paris, dans le XVIème arrondissement.

Les enquêteurs constatent d’ailleurs une utilisation intense de son téléphone, notamment pour annuler les formalités du mariage. Obtenant dans le même temps son adresse mail par l’intermédiaire de la mairie d’Issy-les-Moulineaux, ils cherchent à entrer en contact avec elle. En vain, puisque la femme de 32 ans n’a toujours pas été entendue.

Alexandre Benalla bientôt devant le Sénat ?

Alexandre Benalla répondra-t-il à des questions concernant sa compagne devant le Sénat ? Si la commission d’enquête de l’Assemblée nationale a implosé en vol et déclaré ne plus remettre de rapport sur l’affaire, ce n’est pas le cas de son homologue de la chambre haute. Les sénateurs de la commission des Lois, présidée par Philippe Bas, ont en effet annoncé leur intention de reprendre leurs travaux en septembre.

Si toute audition de l’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron avait d’abord été exclue en vertu de la séparation des pouvoirs, cette possibilité a finalement refait surface après un entretien d’Alexandre Benalla dans le Journal du dimanche. Il y exprimait son souhait de témoigner devant les sénateurs, qui ont donc répondu favorablement à cette proposition.

Si une telle audition semble compliquée à mettre en place, alors que des enquêtes judiciaires et policières sont en cours, ce ne serait pas la première fois qu’une personne directement concernée par une affaire serait entendue par le Sénat, rappelle France Inter. Ce fut notamment le cas pour Jérôme Cahuzac, en 2013, ou pour Bernard Bonnet, en 1999.

Les juges d’instruction reprendront leur enquête en septembre avec l’audition des parties civiles. Parmi elles, celle, très attendue, du couple de la place de la Contrescarpe, dont l’agression en mai dernier a lancé toute l’affaire.

Source : Ouest-France

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