La Jonque. Ce sous-marinier qui doute


Naufrage de La Jonque. Un sous-marinier doute… par Letelegramme

Le 14 mai 1987, le chalutier concarnois La Jonque coulait au large d’Ouessant. Bilan : cinq morts et une vive polémique entre familles des disparus et Marine nationale. L’affaire a été classée en non-lieu en 1993, les experts écartant l’hypothèse de complot d’État des parties civiles longtemps convaincues qu’un sous-marin pouvait avoir causé le drame. 30 ans plus tard, un ancien sous-marinier nous confie sa suspicion concernant le bâtiment français sur lequel il était embarqué : le SNLE Le Tonnant.

Il avait tout juste 20 ans , était appelé au service militaire et avait choisi un Volontariat service long (VSL) dans les sous-marins. Sa famille de sous-mariniers apprécierait. Ce Nord-Finistérien avait embarqué à Cherbourg (50) le 30 mars 1987 à bord d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engin (SNLE) de la Force océane stratégique (FOST) : Le Tonnant, coque S614, section Rubis, équipage bleu.

« Le Tonnant a quelque chose à voir dans le drame »

Près de 30 ans plus tard, il est là, ses papiers militaires en main, pour attester qu’il y était, à bord. Car le quinquagénaire alerte est habité par un souvenir qui ne le quitte pas : « Plus j’y pense, plus je suis convaincu que Le Tonnant a quelque chose à voir dans le drame de La Jonque ! Quand j’ai embarqué en mars 1987, Le Tonnant était en fin de refonte à Cherbourg ».

Les travaux allaient durer jusqu’à mi-avril. « Là, on avait pris la mer. On avait fait plusieurs sorties d’un jour ou deux pour des exercices. On plongeait, on remontait… On plongeait, on remontait… Face à Cherbourg. Et puis début mai, on nous avait dit de prendre toutes nos affaires. On repartait en manoeuvre puis route vers Brest, à l’Ile Longue. C’était la base du Tonnant ». Sauf que quelques jours après le départ… « En pleine mer, on avait appris qu’on venait de faire surface. Tous ceux qui, comme moi, étaient fumeurs avaient voulu, vite fait, profiter de l’occasion pour monter en griller une depuis le massif (NDLR : tête du sous-marin). Alors, bien sûr, on a vu le trou… C’était impressionnant ! ».

Un trou dans le massif

Un trou béant dans le massif du Tonnant. Une image forte, encore présente : « En fait, la porte avait été arrachée, les grosses charnières aussi et la coque était bien cabossée. On nous a dit que c’était un banc de cétacés qui avait fait ça ! Et on a tout de suite eu une consigne : l’incident était interne au bâtiment et ne devait pas sortir de l’équipage ! Sur le coup, les autres et moi, on n’a pas prêté plus attention que ça à cette affaire et on est redescendu ».

Une affaire qui aurait pu prendre sens en août 1991 quand, une fois renflouée et rapatriée au quai nº5 du port de Brest, La Jonque allait montrer un enfoncement sur sa coque bâbord sous la ligne de flottaison.

Les familles parlent alors « d’abordage par un sous-marin ou d’onde de choc d’un tir de missile ». L’expert, M. Taiani, confirme un choc « similaire à celui d’un bateau drossé sur les rochers ». Le juge Lemercier, lui, l’assure : « On trouvera l’explication au choc ! ».

Un jour, un lieu, des doutes

Après l’incident de 1987, notre ex-sous-marinier, lui, avait vu son SNLE retourner à Cherbourg. « Après des réparations, on était reparti. On avait rejoint Brest, le 28 juillet, et on avait repris la mer en septembre », montre-t-il, papiers à l’appui. Pour lui : « Le jour du naufrage de La Jonque coïncide avec notre période d’exercices. Le lieu peut aussi correspondre à notre route vers Brest. Et la porte arrachée et tous les autres dégâts… Avec des cétacés… Faut pas nous prendre pour des imbéciles non plus ! ».

Un choc avec Le Tonnant ?

La Jonque a-t-elle coulé ainsi ? Percutée par le massif du Tonnant ? En février 1992, après cinq ans d’enquête et d’expertises, le parquet de Quimper exclura l’hypothèse d’une « intervention extérieure ».

Le procureur Nédelec dira que La Jonque « a chaviré sous l’effet d’actions non-accidentelles, de l’instabilité du bateau et d’une surcharge forte à bord ». L’enfoncement bâbord sera attribué « au choc de la coque sur le fond ». En 1993 : non-lieu. En ce jour de mars 2017, à Morlaix (29), notre ancien du Tonnant doute toujours de ces conclusions.

En août 1991, le renflouement de La Jonque avait montré que le chalutier était...

 

Source : Le Télégramme

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.