17 mai 1940 : de Gaulle et la légende de Montcornet

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La bataille qui s’est déroulée à Montcornet (Aisne), le 17 mai 1940, est restée dans la mémoire collective comme l’une des rares, sinon la seule victoire des armées françaises pendant la bataille de France (10 mai-23 juin 1940) face à l’ennemi allemand. En fait, il s’agit plutôt d’un malentendu à l’origine duquel se trouve la maladresse du général Aimé Doumenc (1880-1948) qui écrit, le soir du 17 mai : « La 6e armée ayant poussé les unités blindées sous les ordres du colonel de Gaulle était à 10 h 30 au nord de Montcornet, et à midi un message en clair signalait l’urgence d’une contre-attaque de leur part. Notre propre contre-attaque avait donc réussi. »

La réalité est malheureusement plus cruelle, car le colonel Charles de Gaulle, nommé commandant de la 4e division de cuirassés, la plus puissante des grandes unités blindées de l’armée française avec 364 blindés, n’a jamais reçu l’ordre d’aller à Montcornet. L’ordre qu’il reçoit, le 15 mai, par le général Doumenc est le suivant : « Le commandement veut établir un front défensif sur l’Aisne et sur l’Ailette pour barrer la route de Paris. La 6e armée, commandée par le général Touchon et formée d’unités prélevées dans l’Est, va s’y déployer. Avec votre division, opérant seule en avant dans la région de Laon, vous avez à gagner le temps nécessaire à cette mise en place. »

Mais quand de Gaulle lance ses chars à l’attaque de la bourgade, le gros des troupes de Panzer allemands, appartenant aux 1re et 2e Panzerdivision, ont dépassé Montcornet. Le village n’est défendu que par la 3e compagnie du 66e bataillon de sapeurs allemands. L’entrée au sud-ouest a été minée. La défense antichar est assurée par des hommes du 59e bataillon antiaérien allemand.

L’attaque est lancée le 17 mai à 4 h 15. Deux colonnes de chars sont formées. La 6e demi-brigade commandée par le lieutenant-colonel Sudre, forte de 34 chars Renault B1 bis et de 14 Renault D2, avance sur l’axe Laon-Moncornet. La 8e demi-brigade du lieutenant-colonel Simonin, avec 90 chars R35, flanc-garde la 6e sur l’axe Maison Bleue-Sissonne-Lislet.

Les premiers accrochages ont lieu vers midi, à Lislet, où le feu antichar allemand détruit deux chars légers français et force les autres à se replier car ils vont être à court de carburant.
À Montcornet, le capitaine Penet est pris à partie par l’ennemi et subit la perte de plusieurs éléments. Quand les chars lourds français, revenant du ravitaillement, entrent en action, de Gaulle sait que les jeux sont faits. Les blindés doivent progresser en lisière de Montcornet, la bombarder pendant six minutes et revenir. La mission est quasiment impossible. C’est en l’effectuant courageusement que le commandant Jean Bescond, à la tête du 46e BCC, et sept de ses hommes tombent au combat.

À 18 h 30, la bataille de Montcornet est terminée. Sur les 88 chars français engagés, 23 sont détruits. L’attaque française a bousculé et déstabilisé l’ennemi. Mais elle n’empêche pas la progression des blindés du général Ewald von Kleist (1881-1954) vers Cambrai et Saint-Quentin, avant qu’un ordre d’Hitler ne les arrête !

Ni victoire ni défaite, à l’image de la bataille de Stonne, Montcornet relève d’un combat comme la guerre en a vu de très nombreux. De Gaulle restera discret sur cet épisode mais n’empêchera pas la littérature (Faulkner, Bouchet, Ortoli et bien d’autres) de s’emparer de cet épisode pour renforcer sa légende.

Source : Boulevard Voltaire

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Je me marre… par Pierre Duriot

Le 16 mai 2020

Je me marre… Emmanuel Macron va, ce week-end, faire un truc qui n’est pas consacré à la lutte contre le coronavirus. Il sera dimanche dans l’Aisne pour commémorer la bataille de Montcornet, au cours de laquelle Charles de Gaulle s’est illustré en 1940 et il entend célébrer « le refus de la résignation » et « l’esprit de résistance », sans rire.

Que ce président là revendique l’héritage du Général relève d’une « imposture abominable qui ne peut que révolter tous ceux qui se sentent gaullistes profondément et qui partagent la certaine idée de la France qu’a toujours défendue le général de Gaulle », expliquent Nicolas Dupont-Aignan, Julien Aubert et quelques autres. Emmanuel Macron irrite les gaullistes. En réalité, ce président là incarne la mondialisation, la négation de l’idée de nation, d’histoire et de culture nationales, la prééminence des grands groupes transnationaux sur les intérêts des peuples, qu’il essaie de « résigner », essentiellement à coups de matraque : en somme, tout ce contre quoi se battaient les résistants et le Général de Gaulle, défenseur de la nation française, de son unité et de son destin historique. Finalement, Macron a toute sa place à Montcornet, mais pas dans le camp qu’il imagine…

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