Violences policières. Les propos d’Emmanuel Macron agacent des syndicats de police

Le président de la République a enjoint, mardi, le ministère de l’Intérieur de faire rapidement des « propositions pour améliorer la déontologie » des forces de l’ordre. Une demande intervenue dans un contexte doublement délicat : la mort d’un policier percuté volontairement par un fourgon et de nouvelles images mettant en cause les forces de l’ordre dans d’autres interventions.

Un policier lors d’une manifestation à Paros, le 11 janvier (photo d’illustration).
Un policier lors d’une manifestation à Paros, le 11 janvier (photo d’illustration). | EPA/MAXPPP/YOAN VALAT
Emmanuel Macron a demandé, mardi 15 janvier, des propositions pour améliorer la déontologie des forces de l’ordre. Pour le chef de l’État, il y a urgence face à des comportements, pas acceptables, (qui) ont été ou vus ou pointés, car ils peuvent atteindre la crédibilité et la dignité des forces de l’ordre. Il ne faut avoir aucune complaisance, a-t-il asséné à Pau, tout en déplorant la violence et le nihilisme politique qu’expriment selon lui certains manifestants.

Au ministère de l’Intérieur, on souligne avoir déjà engagé plusieurs travaux sur la déontologie et le contrôle, avec notamment le futur schéma national du maintien de l’ordre dont les conclusions doivent aboutir dans quelques semaines.

Mais cette demande survient au lendemain de la mort, près de Lyon, d’un policier percuté volontairement par un fourgon lors d’une intervention. Alors, les déclarations présidentielles ont agacé les syndicats. Ses propos sont malvenus après la mort d’un collègue et alors que les responsables sont toujours en fuite, s’est indigné Frédéric Lagache d’Alliance.

« On est à bout, exténués »

On est à bout, exténués, on ne peut pas faire preuve de résilience à l’infini, a renchéri Thomas Toussaint de l’Unsa-Police. On ne valide pas tout (les violences de policiers), a-t-il ajouté, mais il faut remettre les choses dans leur contexte. En cause à ses yeux, les 60 semaines de manifestations et de mouvement des Gilets jaunes qui ont mis sur le flanc les forces de l’ordre.

Pour Frédéric Lagache, il faut faire en sorte que la police soit respectée et qu’il y ait des sanctions lorsqu’il y a outrage. Et de citer les insultes, les crachats jetés à la figure des forces de l’ordre.

Au syndicat Synergies-Officiers, la réaction à la déclaration présidentielle est amère. On a le sentiment d’être les dindons de la farce. On a défendu la République et le politique est en train de nous lâcher, a dit son secrétaire général Patrice Ribeiro.

Lundi, deux policiers se sont suicidés et un collègue est mort. On n’a pas eu un mot d’Emmanuel Macron sur cette affaire, a ajouté Patrice Ribeiro pour qui le gouvernement aujourd’hui fait preuve d’une fébrilité vis-à-vis des réseaux sociaux. Le gouvernement ne se rend pas compte de ce qui est entrain de couver.

« Savoir reconnaître qu’il y a des choses qui ne vont pas »

Du côté du premier syndicat des commissaires de police (SCPN-Unsa), le ton en revanche est conciliant. Il faut savoir reconnaître qu’il y a des choses qui ne vont pas. Dans les manifestations, on a vu des gestes inappropriés : le croche-pied à Toulouse, ça fait mal à tout le monde, a commenté David le Bars, en référence à une vidéo montrant un policier faisant un croche-pied à une manifestante.

Cette image et d’autres captées lors des manifestations contre la réforme des retraites ont provoqué une nouvelle vague d’accusations contre les violences policières, déjà dénoncées lors de la crise des gilets jaunes. Elles s’ajoutent à la mort à Paris le 3 janvier de Cédric Chouviat, un livreur de 42 ans, après son interpellation par des policiers. À nous, de savoir expliquer quand il y a des fautes sans se laisser traîner dans la boue, dit David le Bars.

Les propos de l’exécutif ont satisfait le chef de file de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Le député LR Éric Ciotti a lui demandé au gouvernement plus de moyens et de considération pour les policiers, en dénonçant la haine antiflics.

Les directives du préfet

On ne se laissera pas jeter aux chiens, a prévenu Patrice Ribeiro (Synergies-officiers). Le dépit vient à la bouche d’autres syndicalistes. Ils parlent de chair à canon (Alliance), de forces de l’ordre envoyées au casse-pipe (Unsa-Police). Et s’en prennent aux directives à Paris du préfet de police Didier Lallement, qui a placé le maintien de l’ordre sous le signe de la mobilité et du contact. Auparavant, les forces de l’ordre se tenaient à distance. Maintenant, on n’envoie pas les bonnes unités. Les CRS et les gendarmes mobiles attendent, les BRAV (brigades de répression de l’action violente) sont en première ligne, relève l’Unsa Police.

Source : Ouest-France

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