(Sourions) Victoire féministe : Non au sexisme pissotier !

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Les toilettes publiques sont-elles sexistes ?

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Deux urinoirs écologiques, dits « uritrottoirs », ont été la cible de dégradations ces derniers jours, à Paris : ils ont été recouverts d’affichettes dénonçant le sexisme de ce nouveau mobilier urbain, uniquement destiné aux hommes… Déployées pour lutter contre les problèmes d’hygiène liés aux épanchements sauvages d’urine, ces pissotières soulèvent le problème de la discrimination de l’accès des femmes aux toilettes publiques.

Bacs rouges surmontés d’une jardinière, les uritrottoirs, expérimentés à Paris depuis quelques semaines, ne font pas l’unanimité et provoquent même la colère de militantes féministes anonymes. Après la dégradation de l’un d’eux le jeudi 23 août dans le IVe arrondissement, c’est un autre urinoir qui a été pris pour cible lundi 27 août dans le XIIe arrondissement. Bouchés par des morceaux de ciment, des serviettes et des tampons hygiéniques, les uritrottoirs ont été recouverts d’affiches aux slogans explicites.

La raison de la colère ? Le sexisme d’un dispositif conçu uniquement pour une anatomie masculine.

« Aucun caractère égalitaire »

« Ces urinoirs publics n’ont aucun caractère égalitaire, commente Chris Blache, anthropologue urbaine et cofondatrice du laboratoire « genre et ville ». Ils posent la question de la légitimité à montrer son corps dans l’espace public. Directement posés dans l’espace public, ces urinoirs permettent aux hommes d’exposer leur sexe aux yeux de toutes et tous. Je le dis sans aucune pudibonderie. Mais il faut les mettre en rapport avec le fait que les femmes, elles, sont en permanence rappelées à l’ordre quand il s’agit de leurs corps. »

Dernier exemple en date, « le blâme reçu par la joueuse de tennis Alizé Cornet qui a rapidement changé son tee-shirt, lors d’un match à l’US Open alors que les sportifs hommes le font en permanence, poursuit Chris Blache. En termes de morale, on est sur du deux poids-deux mesures. Symboliquement, c’est très fort. »

« La rue est pensée exclusivement pour les hommes »

Outre les problèmes d’exhibitionnisme, ces uritrottoirs soulèvent un problème plus vaste de discrimination de l’accès des femmes aux toilettes publiques. De nombreuses femmes ont interpellé la mairie de Paris sur le fait que ces toilettes n’étaient accessibles qu’aux hommes. Alors que jusqu’à preuve du contraire, les femmes ont autant besoin d’uriner que les hommes.

(Photo : Thomas Samson/AFP)

Une inégalité qui n’est pas aussi anodine qu’il n’y paraît. « Le manque d’accès aux toilettes est l’un des freins de l’occupation de l’espace public par les femmes, estime Chris Blache. Dès que l’on veut rester dans l’espace public, se pose la question de pouvoir faire ses besoins. Face à l’absence de toilettes, les femmes doivent adopter des stratégies et adapter leurs itinéraires en conséquence. » « L’installation des uritrottoirs à Paris est symptomatique, poursuit l’anthropologue. Cela montre encore une fois que la rue est pensée exclusivement pour les hommes. J’entends l’argument selon lequel il y a un vrai problème d’hygiène lié au fait que certains hommes urinent partout, mais la solution envisagée est discriminatoire vis-à-vis des femmes ».

« Un thème important de la vie quotidienne »

Déjà en 2009, Julien Damon, professeur d’urbanisme à Sciences-Po Paris, avait exposé la dimension politique de ce sujet dans un article intitulé « Les toilettes publiques : un droit à mieux aménager ».

« Les évolutions des WC, toilettes publiques, sanisettes et autres latrines ne constituent en rien un problème annexe ou marginal, écrivait-il. Au contraire  et chacun a certainement pu en faire un jour l’expérience  il s’agit d’un thème important de la vie quotidienne, différenciant clairement les hommes des femmes, les jeunes des vieux, les riches des pauvres, les handicapés des autres, ceux qui ont un logement de ceux qui n’en disposent pas. L’implantation et l’organisation des toilettes publiques constituent un problème crucial pour les corps humains dans les environnements urbains contemporains. »

Interminables attentes

En festival, dans les bars, les musées, les centres commerciaux… les femmes expérimentent régulièrement la joie des files interminables devant les sanitaires pour dames. Alors que côté messieurs, les hommes sortent des toilettes aussi vite qu’ils y sont entrés.

Il existe pourtant quelques solutions pour mettre un terme à cette inégalité sexiste. Construire plus de toilettes publiques pourrait déjà résoudre une partie du problème. « Les villes ont tendance à évoquer la question du coût de leurs installations, explique Chris Blache qui rejette cet argument. Cela ne coûte en réalité pas grand-chose comparé au reste du mobilier urbain. »

D’après une information du Nouvel Obs, il faut compter 20 000 € pour une toilette automatique.

(Photo d’illustration : Phovoir)

Les femmes passent 2,3 plus de temps que les hommes aux toilettes

Autre solution, tenir compte des différences entre les femmes et les hommes, en réservant des plus grands espaces pour les premières. Pourquoi ? Déjà parce qu’elles y passent plus de temps. 89 secondes en moyenne contre 39 pour les hommes, soit 2,3 fois plus longtemps, selon une étude de l’universitaire américain Alexander Kira. Ensuite, parce que les cabines des toilettes prennent plus de place que les urinoirs dont peuvent bénéficier les hommes.

Or, « dans l’ensemble des bâtiments publics, le nombre de mètres carrés consacrés aux toilettes des hommes et des femmes est toujours identique, selon une symétrie architecturale qui semble ancrée dans le marbre. Alors que dès mon plus jeune âge, j’avais compris qu’entre autres avantages dont la nature a généreusement doté les hommes, il y a celui de pisser debout, les architectes ne s’en sont toujours pas aperçu… Résultat : le nombre de places dont disposent les femmes pour uriner est généralement près de deux fois inférieur à celui offert aux hommes », s’agaçait déjà en 2003 dans une tribune, Philippe Frémeaux, directeur du mensuel Alternatives économiques. Tenir compte de ces différences est juste une question de bon sens.

Source : Ouest-France

 

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