Sos macronie en perdition ? Le poids des (non) mots, le choc des photos

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Des retraites aux gaffes de Christophe Castaner en passant par les photos polémiques du président aux côtés d’une femme voilée ou avec un T-shirt dénonçant les violences policières, une succession de couacs atteignent le cœur de la promesse du nouveau monde.

Atlantico.fr : Entre les scandales à répétition, les affrontements au sujet des retraites, les violences policières, les Gilets jaunes etc. il semblerait que, depuis quelques jours, le Macronisme a de plus en plus de plomb dans l’aile.

Le Macronisme, basé sur cette idée de « nouveau monde », semble complètement déconnecté des attentes de la population. Pourquoi un tel rejet ? Peut-on dire que la promesse initiale du Macronisme a été rompue ?

Arnaud Benedetti : Le macronisme a agrégé par un subtil marketing ,grâce aussi à la démonétisation des partis de gouvernement et au gré d’un concours de circonstances exceptionnelles toutes les peurs des bien-pensants. Macron a eu la prescience et l’audace de tout miser sur la panique des élites qui après le Brexit et Trump se sont vues emportées par la vague populiste. Il a intelligemment organisé le haut de la société pour répondre à cette menace. En militant astucieux de la pensée unique, il a construit une com’ sémantiquement ajustée à une offre politique qui visait à accélérer l’acculturation du « vieux pays » aux standards de la globalisation. D’où cette rhétorique réduite à quelques slogans dont l’objectif était de transformer le techno-libéralisme qui nous gouverne depuis des décennies en promesses nouvelles, en dépassement des clivages historiques, en mouvement vers un  » nouveau monde « .

Or le  » nouveau monde  » ne changeait rien fondamentalement au projet politique des élites; il était d’abord et exclusivement un instrument d’ingénierie politique qui permettait à ceux qui à gauche et à droite partageaient la même vision de l’avenir de se retrouver enfin par-delà leurs engagements initiaux. Tout ceci s’est construit à partir d’une dénonciation du  » vieux monde « , de sa prétendue inaptitude à la transformation et de ses errements éthiques. La déstabilisation mediatico-judiciaire du candidat Fillon a servi de base par ailleurs à un discours de moralisation et de modernisation de la vie publique.

Si le macronisme a échoué, c’est d’abord moralement en reproduisant et en ossifiant parfois les vieilles pratiques. L’affaire Benalla de ce point de vue a été le point de départ de cette déconvenue, le révélateur grossier de ce jeu de bonneteau communicant qui est au cœur du logiciel des marcheurs. Au demeurant dés l’origine les déboires de Monsieur Ferrand et des ministres Modem ont signé cette évidence : le  » nouveau monde  » n’avait été possible qu’avec l’irrésistible concours des représentants du  » vieux monde « . L’autre impasse du macronisme réside dans la symbolisation et la représentation  La resacralisation du pouvoir, indispensable pour susciter adhésion et respect, n’aura duré qu’un temps. Encore récemment en posant avec un tee-shirt rappelant les violences policières lors du salon de la BD à Angoulême, le Président a laissé échappé son surmoi pour se laisser aller à une com’ sans filtre, désinvolte, qui pose des questions, comme pour ses prédécesseurs, sur sa capacité à s’approprier la dimension sacrale de la fonction. La monarchie républicaine n’est pas une soirée entre potes…

Et que dire des déclarations récentes du ministre de l’intérieur sur la vie privée d’un opposant, Olivier Faure en l’occurrence, qui mettent à mal la cohérence d’un discours de l’exécutif qui après la pénible séquence Griveaux en appelaient au respect imprescriptible de la sphère de l’intime…

Existe-t-il un décalage entre ce qui est dit et le réel ? Si oui, de quelle manière se traduit-il ? Pourquoi le gouvernement fait-il semblant de ne pas voir les problèmes actuels ?

« Le réel , c’est ce qui résiste » écrivait Hegel. Le macronisme est l’expression la plus aboutie du sécessionnisme social des élites. Elles ont depuis longtemps troqué le peuple qui est la base de la démocratie pour une représentation hors sol de celle-ci, fondé sur un entre-soi d’ancien régime. La crise des Gilets jaunes a ramené à la visibilité éruptive ce réel qui est dénié par des classes dirigeantes qui participent du même monde et de la même vision du monde. L’oligarchisation continue des élites est la seule réponse, une réponse agressivement défensive, au déclassement social des classes moyennes, à la précarisation des classes populaires et à la dépossession culturelle qui nourrit le sentiment de réactivation identitaire d’une partie de nos concitoyens. Il y a un côté forteresse assiégée dans la réponse macroniste. D’où cette incapacité apparente à ne pas voir les problèmes. Les voir serait reconnaître un décalage que l’on nie ou que l’on réduit à un problème de pédagogie. Le Président a néanmoins entrevue la difficulté lorsqu’il a pris acte dans l’entretien accordé à « The economist » de l’inanité du dogme budgétaire européen ou dans un autre domaine de « la mort cérébrale de l’OTAN ». Pour autant il est l’otage pour le moment des courants puissants qui l’ont porté au pouvoir. Le grand homme c’est celui qui s’évade des contraintes, y compris qui sait se détacher des alliances qui lui ont permis d’accéder au pouvoir. De Gaulle en Algérie avait été porté au pouvoir par toute une partie de l’Armée. Il a sacrifié les prétoriens, à tort ou à raison, ce n’est pas la question mais il les a sacrifié terriblement, douloureusement, et violemment. Mais sans doute est-ce plus facile de sacrifier des prétoriens que des… financiers !

Ces nœuds démocratiques présents en France n’illustrent-ils pas la crise actuelle des démocraties occidentales ?  Comment la France peut-elle se redresser ?

Nous vivons une transformation profonde de l’espace public avec les réseaux et internet. La désintermédiation permet l’expression directe et la mobilisation ; elle accélère la crise de la représentation dont les gilets jaunes en France, les populistes ailleurs sont l’une des multiples facettes. Il faut bien comprendre que toute transformation de l’espace public est le prélude à de grands bouleversements – ce fut le cas au 18 ème siècle avec l’émergence des opinions publiques, des philosophes, des clubs et de la presse. Nous vivons avec les réseaux, les activistes de tout poil et autres alternatifs de droite et de gauche une évolution qui n’est pas sans rappeler la fin de l’absolutisme. Cette époque a quelque chose de pré-révolutionnaire. Généralement les transformations de l’espace public annoncent les révolutions. C’est sans doute inquiétant. Mais le fait est qu’au Royaume-uni un représentant des élites a lui compris le phénomène, et il a fait du conservatisme un parti populaire en réorientant le logiciel libéral de celui-ci en un corpus keynesiano-populiste-liberal. Force est de constater l’extraordinaire pragmatisme des dirigeants britanniques, peut-être parce qu’ils sont insulaires, à comprendre leur époque et leur peuple. Tout se passe comme si de l’autre côté de la manche la démocratie se réinitialisait presque d’elle même, alors qu’en France seul un bug généralisé constituait la condition d’un redémarrage.

Source : Atlantico

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