La présidente de Policiers en colère, Maggy Biskupski, retrouvée morte

La jeune femme de 36 ans, policière à la BAC des Yvelines, s’est probablement suicidée. Depuis l’attaque de Viry-Châtillon contre deux policiers en 2016, elle était devenue le porte-voix du «ras-le-bol» de la police et dénonçait régulièrement le malaise de toute une profession.

Elle était le héraut des souffrances quotidiennes de toute une profession. Maggy Biskupski, présidente de l’association Mobilisation des policiers en colère née au lendemain de l’attaque de policiers à Viry-Châtillon en 2016, a été retrouvée morte lundi avec son arme de service à son domicile de Carrière-sous-Poissy, dans les Yvelines.

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La piste du suicide est privilégiée, une lettre ayant été retrouvée, selon une source proche de l’enquête. Policière à la brigade anticriminalité des Yvelines, cette femme de 36 ans était visée, ainsi que trois de ses collègues, par une procédure de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour «manquements» à leur devoir de réserve.

Maggy Biskupski s’était notamment retrouvée au cœur du drame de Magnanville lorsque, le 13 juin 2016, deux policiers – Jean-Baptiste Salvaing et sa compagne Jessica Schneider – ont été abattus à leur domicile par le djihadiste Larossi Abballa. Après le double assassinat, c’est elle qui garde, durant la nuit, la maison du couple. Quelques mois plus tard, le 7 octobre 2016, nouveau drame, cette fois-ci dans l’Essonne à Viry-Châtillon. Une voiture de police est attaquée par dix-neuf jeunes encagoulés qui leur lancent des cocktails Molotov. Deux policiers sont grièvement brûlés. Cette attaque avait révolté les forces de l’ordre et provoqué une fronde inédite parmi les policiers. Nombre d’entre eux avaient bravé leur devoir de réserve et défilé durant plusieurs semaines à Paris et ailleurs en France pour exprimer leur «malaise» face à la «haine anti-flics», et dénoncer leur manque de moyens. C’est à ce moment-là que Maggy Biskupski avait décidé de créer l’association Mobilisation des policiers en colère.

Violences du quotidien contre les policiers

«Après l’épouvantable attaque de Viry-Châtillon, Maggy Biskupski s’était engagée pour porter la voix des policiers en colère. L’enquête judiciaire nous éclairera. Ce soir notre tristesse est profonde», a tweeté ce mardi le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner.

Capture d’écran 2018-11-13 à 15.59.23Une grande partie de la classe politique a également rendu hommage à la jeune femme. «Symbole d’une police à bout, elle portait le combat de ceux qui nous protègent au quotidien. Nous n’avons pas su la protéger. Hommage aux forces de l’ordre, à leur courage et à leur engagement sans faille», a déclaré le président des Républicains, Laurent Wauquiez . Pour Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, ce «suicide (…) est le terrible symbole de la souffrance des policiers qu’elle dénonçait inlassablement. Cette souffrance a eu raison d’elle, et c’est un grand choc pour nous tous», a-t-elle tweeté. «Vite une Commission d’enquête» sur les suicides des policiers et des gendarmes, pour «agir contre cette souffrance», a réclamé de son côté dans un tweet le député de La France insoumise Alexis Corbière, citant le chiffre de 135 suicides en 2017.

Sa mort suscite un vif émoi, teinté de colère, chez les représentants des policiers. «Maggy était une vraie baqueuse dotée d’une mentalité 100% police. Des millions de Français avaient découvert la policière, militante associative, lorsqu’elle s’était fait insulter par Yann Moix dans l’émission de Thierry Ardisson, les Terriens du samedi. RIP Maggy», écrit France Police – Policiers en Colère sur son site. Le syndicat évoque par là les propos très violents tenus par l’ancien chroniqueur de Canal +, qui avait notamment lancé à la policière: «Venir vous victimiser, non seulement vous ridiculise auprès de la population, mais vous ridiculise au carré auprès de ces populations que vous asseyez à longueur de journée par vos humiliations».

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«La police est une nouvelle fois en deuil, une nouvelle fois frappée par le suicide, et nous perdons tous une collègue, une sœur d’arme, qui avait fait le choix éprouvant de s’engager pour les autres…» écrit quant à elle sur Twitter Linda Kebbab, gardien de la paix et déléguée nationale d’Unité SGP Police. «Je tenais à rendre hommage au travail accompli [par elle] comme donneur d’alerte pour la police nationale. Nous espérons que le combat continuera et que sa mort sera honorée. Nous espérons qu’un hommage lui sera rendu», déclare Axel Ronde, secrétaire général VIGI ministère de l’Intérieur d’Île-de-France, sur BFM-TV.

Au-delà des drames extrêmes de Magnanville et Viry-Châtillon, Maggy Biskupski dénonçait inlassablement les violences du quotidien commises contre les forces de l’ordre et les conditions de travail des policiers, particulièrement dans les quartiers dits difficiles. Surcharge de travail, locaux insalubres, manque de véhicules, mais aussi bagarres, guet-apens, provocations sans fin des caïds, arrestation de petits délinquants relâchés le jour d’après, etc.. Toutes ces difficultés étaient le lot quotidien de cette policière, de ses collègues de la BAC et d’une large part des agents de police du pays.

Source : Le Figaro

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