La blessure du gilet jaune Jérôme Rodrigues embarrasse le gouvernement

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Jérôme Rodrigues, employé dans le BTP et âgé de 40 ans, est une figure connue des gilets jaunes tendance Eric Drouet – CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
La blessure d’une figure emblématique des gilets jaunes lors de « l’acte XI » du mouvement, samedi 26 janvier, tombe au plus mal pour le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, plus critiqué que jamais sur la question des violences policières.

Un martyr gilet jaune, bête noire du gouvernement. Après que l’un des meneurs du mouvement, Jérôme Rodrigues, employé du BTP de profession et âgé de 40 ans, a été blessé à l’œil alors qu’il manifestait ce samedi 26 janvier place de la Bastille à Paris lors de « l’acte XI », le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et son secrétaire d’Etat Laurent Nunez subissent un feu nourri de critiques. Déjà alpagué ces dernières semaines sur la question des violences policières, le duo tente de jouer la carte de la transparence pour se sortir de cette situation explosive.

Jérôme Rodrigues accuse les LBD

Alors que plusieurs versions s’opposent sur le déroulement précis des faits ayant conduit à la blessure de ce gilet jaune proche d’Eric Drouet, le gouvernement, qui jusque-là avait toujours rejeté toute idée de brutalité policière, a nettement changé de ton en réagissant très rapidement samedi. Christophe Castaner, qui se disait « sidéré » il y a dix jours d’entendre parler de « brutalité inouïe et illégitime » venant des forces de l’ordre, a ainsi promis sur Twitter que l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, ferait « toute la lumière sur les incidents qui se sont produits place de la Bastille« . Dimanche sur LCI, son adjoint Laurent Nunez a également assuré que « des investigations minutieuses [seront] menées pour déterminer ce qu’il s’est passé, avec des auditions et une exploitation de la vidéoprotection de la ville de Paris« .
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Ces investigations doivent notamment éclaircir un point extrêmement sensible pour le gouvernement : l’utilisation des armes non létales de la police, du type grenades de désencerclement ou lanceurs de balles de défenses (LBD), lors des opérations de maintien de l’ordre. Les LBD, dont le fameux flashball, sont en particulier très critiqués notamment par le Défenseur des droits, Jacques Toubon, en raison des blessures sévères qu’ils ont occasionnées.

Jérôme Rodrigues avance avoir été touché par une balle en caoutchouc tirée par ces armes dites « sublétales ». Lors d’une conférence de presse organisée dimanche à l’hôpital Cochin où il est hospitalisé, le « liveur » – vidéaste diffusant en direct, notamment sur Facebook – a donné sa version des faits, corroborée selon lui par la police des polices. « J’ai subi deux attaques : une grenade en bas des pieds qui m’étourdit et, trois secondes après, l’impact de la LBD 40 qui m’arrive à l’œil« , a-t-il relaté. « L’IGPN m’a confirmé que sur les vidéos qui ont été vues, il y a bien le ‘boom’ de la grenade et le ‘poc’, qui suit derrière, du tir de lanceur de balles de défense ».

Laurent Nunez contredit le gilet jaune

Une version contredite par Laurent Nunez : « Je n’ai aucun élément qui me permet de dire qu’il y a eu un usage d’un LBD qui aurait touché Jérôme Rodrigues Il n’a pas été visé intuitu personae, il n’a pas été visé en direction du visage« , a affirmé le secrétaire d’Etat sur LCI, s’appuyant notamment sur les enregistrements vidéo des tirs, via les caméras portées par les policiers munis de ces armes. « Les 32 tirs ont été filmés, y compris les 18 qui ont eu lieu sur la place de la Bastille« , a expliqué le secrétaire d’Etat, qui affirme qu’aucun d’eux n’a visé Jérôme Rodrigues. Sans évoquer toutefois la possibilité d’un tir non filmé. Un télégramme du ministère de l’Intérieur aux policiers, révélé par RTL le 23 janvier, précisait pourtant que l’enregistrement vidéo de l’utilisation de LBD, annoncé par Christophe Castaner afin de répondre à la polémique sur les violences policières, ne revêtait aucun caractère contraignant pour les policiers.

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« Castaner doit s’en aller »

Quoi qu’il en soit, l’opposition s’est saisie de l’affaire pour percer le front sur le dossier du maintien de l’ordre. Ce lundi, la tête de liste du Rassemblement national pour les élections européennes, Jordan Bardella, a dénoncé sur RTL qu’il « [ne soit] plus possible aujourd’hui de manifester dans notre pays sans craindre une répression de plus en plus importante du gouvernement« .

Dimanche sur France 3, le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a quant à lui réclamé la démission du ministre de l’Intérieur : « Christophe Castaner est incapable de faire face à l’organisation de la paix publique, il doit donc s’en aller. Combien de morts et d’éborgnés faudra-t-il ?« . Même son de cloche chez Nicolas Dupont-Aignan : « Le gouvernement est incapable d’assurer l’ordre public sans mutiler nos compatriotes. Dans une vraie démocratie, Castaner aurait démissionné ce soir« , a tweeté le leader de Debout la France samedi.

Capture d’écran 2019-01-28 à 22.32.06L’événement a par ailleurs chauffé à blanc l’un des principaux groupes de gilets jaunes sur Facebook, « La France en colère ». Chapeauté par Eric Drouet, proche de Jérôme Rodrigues, celui-ci appelait samedi à « un soulèvement sans précédent par tous les moyens utiles et nécessaires« , dans un communiqué accusant le gouvernement est accusé d’avoir laissé les Black block faire dégénérer la manifestation. Et de lancer : « Monsieur Castaner, prenez vos responsabilités, nous ne jouons pas« . Samedi, Jérôme Rodrigues publiait ce message sur Facebook, accompagné d’une photo de lui l’œil bandé sur son lit d’hôpital : « Macron et Castaner ! Tu pourras m’enlever un œil, un bras, une jambe… ON LÂCHERA RIEN ! ».

Capture d’écran 2019-01-28 à 22.33.00Source : Marianne

Commentaire du Collectif Autonome des Policiers Île de France – CAP IDF

Peu après le début de ce Mouvement des Gilets Jaunes, nous n’avons pas manqué de mettre en garde non seulement nos collègues, mais aussi nos « dirigeants » qui n’apportent vraisemblablement pas la réponse aux sollicitations des manifestants parisiens et provinciaux.
Nous avions prédit la tactique politicienne du « Diviser pour mieux régner », thème récurrent qui oppose systématiquement lesdits manifestants aux forces de l’ordre qui ont laissé le costume du « gardien de la Paix » par la force des choses, par la force inavouée des actions de plus en plus violentes de la rue.
Le visage de la Police s’est trouvé changé, le masque du bourreau violent et répressif aidant.
Nous ne sommes plus les Sauveurs des attentats, nous ne mériterions plus les louanges d’une foule en pleurs et reconnaissante. La Police est critiquée, vouée aux gémonies, vilipendée, salie par une frange grandissante de la population. Les gilets jaunes pacifiques se sont raidis, redressés, nous ont fait face dans une rage exponentielle avec les semaines. Les heurts se sont succédé, comme prévu, plus ou moins médiatisés par une presse docile. Les vidéos et fakenews ont surenchéri et ont contribué à une défiance profonde.
Nos troupes sur le tas, qu’ils soient flicards, officiers ou encore commissaires, n’ont jamais connu ce déferlement de violences depuis le début de leur carrière. Nous avons été en état de guerre dans de nombreuses régions de France, ne le nions pas !
Ces esprits échauffés, brûlants, offensifs et va-en-guerre ont contribué à ces violences d’un côté et à une répression sans précédent de l’autre.
Nos Etats-Major nous ont donné carte blanche pour nettoyer les rues, les directives ont été jusqu’à aujourd’hui des plus claires : Force doit rester à la loi, dégagez-nous tout ça !!… Nous en voyons les résultats. Plus de 1000 blessés dans nos rangs tandis que les gilets jaunes en comptabilisent plus de 1600.
Un médiatiquement connu comme pacifique a été lourdement touché ce week-end. Tollé général et la spirale se met en route. Notre ministre de l’Intérieur se félicite rapidement de la saisie de l’#IGPN en vue d’une enquête qui nous donnera vraisemblablement les circonstances dans lesquelles ce leader a été blessé à l’oeil. Monsieur #Castaner, qui a toujours nié les violences des forces de l’ordre, se montre soudainement fébrile et donne les instructions à la Préfecture de Police de Paris afin que l’enquête fasse la lumière sur cette tragédie.
Dès cet après-midi, des collègues départementaux de la banlieue parisienne se trouvaient dans le pressoir des « #BoeufsCarotte« . Les limiers de l’Inspection Générale sont à pied d’oeuvre et leurs investigations vont s’enchaîner tout au long de cette semaine. Car la réponse à apporter est urgente. Il s’agit là d’une victime connue et représentative, cette fois-ci. Et non d’un citoyen lambda.
Chers collègues, rappelez-vous que nous avions prévu ces cas de figure qui vont se généraliser au vu des heurts commis et ceux à venir. La Police veille sur les manifestants, la Police des Polices veille sur nous, constamment, et nous devons le garder à l’esprit.
Cette guerre permanente va laisser des traces au sein des troupes. Outre la fatigue qui va se faire sentir davantage encore, la machine à broyer qu’est notre administration fera son travail de sape et se chargera d’en attraper quelques-uns qui serviront pour exemples, tels des lampistes…
Salis, nous sommes envoyés au charbon. Et voilà où nous en sommes ! Discrédités, jetés trop souvent au bûcher dans l’indifférence des syndicats de police majoritaires qui ne pipent mot, et encore moins sur les directs de plateau TV du samedi après-midi.
Les grenades sont dangereuses, nos lanceurs de patate (LBD) sont dangereux. Quand nombre de policiers sont considérés tout aussi dangereux, il serait opportun de réfléchir sur la suite à donner quant à la gestion opérationnelle et politique de ce Mouvement.
Puisque le couperet s’approche encore un peu plus de nos têtes, chers collègues, ne serait-il pas mieux d’éviter toute utilisation de ces armes et de refuser d’aller au contact dans ces conditions dantesques et de défiance d’une hiérarchie lâche ?
Nous sommes fatigués, nos familles sont inquiètes, nos conjoint(e) et nos enfants n’en peuvent plus, et nous risquons non seulement notre carrière mais aussi notre avenir…
Le président de la République a beau jeu de congratuler ses forces de l’ordre de l’étranger, nous connaissons beaucoup trop le sérail politique et ses collaborateurs de la haute administration et du milieu syndical pour confirmer que l’avenir des troupes s’annonce encore plus sombre que ce que nous avons imaginé dès le mois de novembre dernier.
Quand la bataille des mots politico-médiatiques fait rage dans une l’outrance et l’outrage habituel, constatons une fois de plus que nous #fdo sommes les cibles privilégiées d’un jeu fomenté par ce petit monde déconnecté des réalités, jeu qui nous abat et duquel nous aurons vraisemblablement beaucoup de mal à nous relever…

#UPNI #CAPIDF
#POLICENATIONALE #PREFECTUREDEPOLICE
#GILETSJAUNES #RASLEBOL #MANIFS #EMEUTES #BLOCUS
#VIOLENCESCONTRELESFORCESDELORDRE
#VIOLENCESPOLICIERES
#SYNDICATSDEPOLICEMAJORITAIRES
#MINISTREDELINTERIEUR

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