« Gilets jaunes » à Toulouse : Un fauteuil roulant peut-il être considéré comme une arme ?

JUSTICE Odile Maurin, égérie du mouvement des « gilets jaunes », sera jugée ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Toulouse, notamment pour avoir bousculé deux policiers avec son fauteuil roulant

640x410_-49x37_odile-maurin-lors-manifestation-gilets-jaunes-12-janvier-2019Odile Maurin, lors de la manifestation des « gilets jaunes » du 12 janvier 2019. — Pascal Pavani – AFP

  • Militante handicapée et égérie des « gilets jaunes » à Toulouse, Odile Maurin doit comparaître vendredi devant le tribunal correctionnel.
  • Plusieurs délits lui sont reprochés, dont celui d’avoir agressé deux policiers avec une arme par destination, son fauteuil roulant en l’occurrence.
  • Son avocat juge la procédure « scandaleuse et ridicule ».
  • La partie civile critique l’attitude de « victimisation » de la militante.

Elle est une des vedettes du mouvement des « gilets jaunes » à Toulouse. Dans les rangs des forces de l’ordre elle est donc connue comme le « loup blanc ». Odile Maurin, 55 ans et clouée sur un fauteuil roulant, a déjà dans sa lutte intrépide en faveur de l’accessibilité pour les personnes handicapées bloqué un TGV, un convoi d’Airbus A380 et enfariné un député. Ce vendredi, un autre combat l’attend à la barre du tribunal correctionnel de Toulouse.

Les faits remontent au 30 mars 2019, un samedi de manif comme tant d’autres dans la Ville rose. « Ce jour-là, je me suis fait agresser par la police à coups de grenades lacrymogènes et de canon à eau alors qu’on était parfaitement pacifistes », raconte la présidente de l’association Handi-social. Elle reconnaît s’être « plantée » devant le camion lanceur d’eau mais « pour résister et empêcher de nouvelles violences contre des manifestants pacifiques ». Première infraction : « obstacle à un véhicule de secours », le parquet considérant que le canon est aussi là pour éteindre des incendies.

« On veut l’empêcher de poursuivre ses actions »

Odile Maurin devra aussi répondre de « violence avec arme contre deux policiers », l’arme étant en l’occurrence son fauteuil roulant électrique. Car la situation s’est envenimée. Le fauteuil de l’activiste est entré en collision avec un fourgon de la police. « J’ai eu cinq fractures au pied, rappelle la militante. Oui, un policier s’est retrouvé à terre dans le mouvement mais c’est un autre fonctionnaire qui a pris en main le joystick [boîtier de commande] de mon fauteuil ». Elle ne se souvient pas d’avoir percuté un autre policer.

Le fauteuil roulant d’Odile Maurin est « une arme par destination » au sens de l’article 132-75 du Code pénal​ qui vise « tout objet susceptible de présenter un danger pour les personnes […] dès lors qu’il est utilisé pour tuer, blesser ou menacer ». « Là, il s’agit d’un fauteuil électrique, très lourd, qui peut causer des blessures », remarque Laurent Boguet, qui défend dans cette affaire la policière qui dirigeait le dispositif. La militante tout-terrain comparaît aussi pour avoir abondamment invectivé cette dernière et pour avoir porté « atteinte à [son] intégrité physique » en diffusant sa photo sur les réseaux sociaux, où l’activiste compte de très nombreux abonnés.

« Sa façon de mener ses combats n’est pas acceptable »

« Toutes ces infractions sont scandaleuses et ridicules, je les démonterai une à une avec de nombreux témoins et je plaiderai la relaxe », assure Pascal Nakache, son avocat. Il a surtout l’impression qu’on veut « empêcher Odile Maurin de poursuivre ses actions coup de poing » et que « le ministère public s’affranchit de son impartialité en poursuivant systématiquement les « gilets jaunes » et pas les policiers ».

« Victimisation », pointe de son côté Laurent Boguet. « Odile Maurin doit certes vivre avec son handicap mais elle ne peut pas s’en servir pour retourner les situations qu’elle provoque elle-même », estime-t-il, dénonçant le « comportement viril et systématique » de la prévenue contre « les forces de l’ordre ». « On se choisit les symboles qu’on veut mais sa façon de mener ses combats n’est pas acceptable », juge l’avocat. Il espère un débat serein, mais les soutiens d’Odile Maurin seront nombreux vendredi au Palais de Justice.

Source : 20 Minutes

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