Gendarmerie nationale : un vote très bleu marine

Gendarmerie nationale : un vote très bleu marine

FIGAROVOX/ANALYSE- Trois jours avant le premier tour de la présidentielle, Jérôme Fourquet s’est intéressé au vote des gendarmes. La moitié de leurs suffrages se porterait sur Marine Le Pen.


Jérôme Fourquet est directeur du département Opinion et Stratégies d’Entreprise de l’Ifop


51% des gendarmes voteraient pour Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle

Alors que le projet d’attentat déjoué à Marseille a remis les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme à l’agenda de la campagne, l’Essor de la gendarmerie nationale vient de publier une enquête de l’Ifop inédite sur les intentions de vote des gendarmes. Les résultats sont pour le moins décoiffants.

1-Une très forte polarisation sur les questions de sécurité

Du fait de leur activité professionnelle, les gendarmes placent, et de loin, la question de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme en tête des enjeux les plus importants avec 74% de citations. On observe sur cet item un écart de 31 points avec l’ensemble de la population qui situe cet enjeu au même niveau que l’amélioration du pouvoir d’achat. Parmi les gendarmes, ce sujet est également présent et obtient le même score que dans l’ensemble de la population (40% chez les gendarmes contre 41% en moyenne) mais les gendarmes, tout en étant sensibles à la question du pouvoir d’achat, accordent une très nette priorité à la thématique sécuritaire. En lien avec ce tropisme sécuritaire très marqué, les gendarmes se focalisent nettement moins sur la lutte contre le chômage (38% de citations contre 55% en moyenne) et la préservation du modèle de protection sociale français (16% contre 38%). Ils affichent en revanche une plus grande attention à l’amélioration de la situation à l’école (23% contre 13%).

Si les gendarmes se distinguent donc par une sensibilité nettement plus aiguë à la question de la sécurité, leur métier leur confère également un regard assez différent du reste de la population sur les causes perçues des problèmes d’insécurité. Ils sont ainsi beaucoup plus nombreux à considérer que le développement des zones de non-droit dans certains quartiers constitue une cause très importante des problèmes d’insécurité (82% contre 50% en moyenne), de même que le communautarisme et le fondamentalisme religieux (66% contre 41%), la transmission insuffisante du principe de respect des règles et de l’autorité aux jeunes (69% contre 52%) et la poursuite des flux migratoires et l’arrivée permanente de nouveaux étrangers en France (56% contre 40%) . À l’inverse, les causes sociales de l’insécurité sont moins citées par les gendarmes que dans l’ensemble de la population. Les pandores ne sont que 41% (9 points de moins que la moyenne) à évoquer le chômage de masse des jeunes et 29% (9 points de moins également) la dégradation de l’urbanisme et du cadre de vie de certains quartiers comme causes très importantes des problèmes d’insécurité. Quant à la responsabilité des hommes politiques, qui est fortement pointée du doigt dans l’opinion, elle l’est encore bien davantage dans les rangs de la maréchaussée. 77% (17 points de plus que la moyenne des Français) des gendarmes considèrent ainsi le refus de la classe politique de regarder la réalité en face comme facteur très important des problèmes d’insécurité et 72% (+18 points) pour ce qui est du manque de volonté politique pour régler le problème.

2- Un gendarme sur deux s’apprête à voter pour Marine Le Pen

Dans ce contexte, le tropisme droitier des gendarmes, que l’Ifop avait déjà mis en évidence lors de précédents scrutins , devrait s’exprimer avec très grande intensité. 51% des gendarmes expriment ainsi l’intention de voter pour Marine Le Pen au premier tour, soit une «prime» de près de 28 points par rapport à la moyenne nationale. Cette domination frontiste est la plus marquée dans les rangs de la gendarmerie mobile (65%) mais ce vote est aussi nettement majoritaire dans la départementale (54%) et atteint des proportions élevées dans les autres entités (gendarmeries spécialisées, garde républicaine, etc.): 40%. On constate également un très net clivage selon le grade. 56% des sous-officiers envisagent de voter pour Marine Le Pen mais ce n’est le cas que de 17% des officiers et officiers généraux. Élément intéressant, le vote FN est nettement moins répandu parmi les gendarmes qui ont moins de deux ans d’ancienneté (33%) que parmi ceux qui ont intégré les rangs de la maréchaussée depuis plus de deux ans (plus de 50% de vote FN). Cet écart peut s’expliquer par le fait que les personnes les plus récemment rentrées dans la gendarmerie ont été moins exposées que leurs collègues plus anciens à la délinquance, à l’insécurité et aux incivilités et que le tropisme en faveur du FN est donc moins développé chez elles. On peut également avancer l’hypothèse que les recrues les plus jeunes ne se sont pas encore pleinement approprié le climat d’opinion spécifique qui règne dans ce corps et partagent donc des valeurs et un regard sur la société qui diffèrent quelque peu.

Quand on compare les intentions de vote pour la prochaine élection avec le vote déclaré lors de la présidentielle de 2012, la dynamique frontiste se confirme. 43% des gendarmes disent avoir voté pour Marine Le Pen à l’époque, soit 8 points de moins qu’aujourd’hui. Le contexte terroriste, la crise migratoire, la persistance de l’insécurité durant le quinquennat ainsi que les événements violents ayant émaillé la période (affrontements à Notre-Dame-des-Landes, à Sivens ou lors de la mobilisation contre la loi Travail) ont sans doute nourri cette progression. Politiquement parlant, elle s’est manifestement opérée chez les gendarmes par une radicalisation de ceux qui avaient voté pour la droite classique à l’époque. Nicolas Sarkozy avait ainsi obtenu 30% des voix des gendarmes en 2012 alors que François Fillon n’en recueillerait plus que 14% aujourd’hui. Autre signe de ce basculement, 36% des gendarmes qui avaient soutenu Nicolas Sarkozy à l’époque envisagent cette année de glisser un bulletin Marine Le Pen dans l’urne. Les déboires judiciaires de l’ancien Premier ministre ont sans doute également contribué à amplifier ce basculement.

Le candidat de la droite serait du coup distancé d’une courte tête par Emmanuel Macron (16,5% contre 14%). Toutefois, le leader d’En Marche! atteindrait dans les rangs de la maréchaussée un étiage significativement inférieur à son niveau moyen (23,5%). Le manque à gagner est encore plus important pour Jean-Luc Mélenchon: 5% parmi les gendarmes contre 19% dans l’ensemble du corps électoral. Si le leader de la France insoumise bénéficie d’une vraie dynamique dans la population, l’institution gendarmique demeure imperméable puisque son score d’aujourd’hui serait à peine plus élevé (5%) qu’en 2012 (2%). Benoît Hamon, quant à lui, atteindrait 4% parmi les gendarmes contre 7,5% dans l’ensemble de la population, confirmant l’orientation très droitière de ce corps.

 Source : Le Figaro

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