Gendarme tué dans l’Ariège : le suspect mis en examen

Près des lieux du drame, dimanche, entre Tarascon-sur-Ariege et Ussat.

Près du lieux du drame

L’automobiliste, un délinquant connu pour plusieurs délits, est inculpé pour «homicide volontaire» aggravé. Les enquêteurs privilégient la thèse de «l’acte délibéré».

Un gendarme de 55 ans est mort dans la nuit de samedi à dimanche alors qu’il tentait, avec un collègue, de contrôler un chauffard lancé à vive allure sur une route départementale située près de Tarascon-sur-Ariège, dans le sud-ouest de la France. Connu de la justice pour plusieurs délits, le tueur du major Christian Rusig a été arrêté quelques instants plus tard par l’équipier du gendarme, qui n’a pas fait usage de son arme. Il était interdit de séjour depuis plusieurs mois dans le département.

Âgé de 31 ans, il a été mis en examen ce lundi soir pour «homicile volontaire» aggravé sur militaire de la gendarmerie nationale dans les locaux de la brigade de Pamiers, en Ariège. D’après les premiers éléments de l’enquête, l’automobiliste aurait foncé délibérément sur le major, commandant de la brigade de Tarascon-sur-Ariège. Un homme marié et père de deux enfants. «Le conducteur du véhicule a délibérément foncé sur les gendarmes, percutant violemment le major, qui est tombé à terre», a déclaré dimanche le général Bernard Clouzot, commandant de gendarmerie de la région Occitanie. «Les interrogatoires devant les enquêteurs ne sont pas très productifs sur les raisons de son geste. Il tient des déclarations évolutives. On va attendre la fin de la garde à vue pour voir ce qu’il va dire au juge d’instruction», a déclaré la procureur de la République de Foix, Karline Bouisset.

«Nous retenons les faits d’homicide volontaire avec une double circonstance aggravante», a indiqué le procureur de Toulouse Pierre-Yves Couilleau: la «qualité de militaire de la gendarmerie nationale» de la victime, et le «mode opératoire» ainsi que le «passé judiciaire du mis en cause». «Il a fui pour ne pas avoir à répondre une nouvelle fois de faits d’interdiction de séjour en Ariège et de conduite sans permis», a-t-il précisé.

Selon le commandant de la brigade d’Ax-les-Thermes, l’homme aurait précédemment «tenu en sa présence des propos dépourvus d’ambiguïté: «la prochaine fois ce sera vous ou moi», a précisé le procureur. Après les faits, alors qu’il était «menotté dans un véhicule de gendarmerie», il aurait aussi lancé: «je vous avais prévenus».

Un hommage militaire sera rendu à la victime mercredi après-midi en présence du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et du directeur général de la gendarmerie nationale, le général Richard Lizuray.

Un passé judiciaire très lourd

Le suspect était interdit de séjour depuis plusieurs mois en Ariège, en raison de son histoire familiale et de précédentes condamnations pour cambriolages, violences ou encore agression sexuelle sur mineur quand il était lui-même mineur. Cet homme roulait sans permis de conduire. Il venait d’être condamné à six mois de prison avec sursis assortis de 18 mois de mise à l’épreuve pour non respect de cette interdiction de séjour. Auparavant, il avait déjà écopé de deux condamnations à de la prison ferme pour la même raison.

Dans un communiqué, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a dénoncé, dimanche, un «acte odieux» et rappelle que, «chaque jour, les gendarmes, comme les policiers exposent leur vie pour protéger celle des autres». «Le conducteur du véhicule devra répondre devant la justice de cet acte inqualifiable», a pour sa part jugé le président de la République, François Hollande, qui, vendredi en déplacement dans le Gard, avait justement souligné le dévouement des gendarmes et policiers pour maintenir un haut niveau de sécurité dans le pays.

Les gendarmes régulièrement visés par les chauffards

Depuis le début de l’année, pour la seule région Occitanie, Le Figaro a recensé six faits où des gendarmes ont été la cible de chauffards, de l’Ariège au Gard en passant par la Haute-Garonne et l’Hérault. Au printemps, le tribunal correctionnel de Nîmes a condamné un automobiliste à quatre ans de prison ferme, également pour avoir foncé à deux reprises dans le même après-midi sur des gendarmes tentant de stopper son véhicule. Malgré leur gravité, ces faits ont été considérés comme un délit, non comme un crime, par la justice. Ce n’est pas toujours le cas. Fin octobre, un automobiliste a été mis en examen dans ce même département du Gard pour tentative de meurtre sur une personne dépositaire de l’autorité publique, en l’espèce une gendarme qui tentait de procéder à l’interpellation d’un conducteur âgé de 28 ans. Ici, après une course-poursuite et avoir percuté une première fois la voiture des forces de l’ordre, le chauffard avait face aux képis, réenclenché la première avant de foncer sur la gendarme qui, grâce à un mouvement réflexe, s’en est miraculeusement tirée indemne.

Interrogée cette semaine par Le Figaro sur la recrudescence des violences routières envers les forces de l’ordre, la procureur de Nîmes, Laure Beccuau, analysait: «Lorsque l’on a l’identité des auteurs, on se rend compte qu’ils ont mis en danger la vie des forces de l’ordre pour des motifs qui ne sont pas des faits criminels mais de simples délits routiers qui relèvent de leur propre comportement, comme une conduite sans permis ou en état d’ivresse, et qu’ils ne veulent pas assumer». Et la magistrate de préciser:  «Lors des auditions, leur explication est souvent qu’ils n’ont pas voulu foncer sur les forces de l’ordre, qu’ils étaient dans une démarche de fuite et qu’ils ne se sont pas aperçus qu’ils mettaient en danger la vie d’un gendarme. C’est en tout cas leur explication…».

Source : Le Figaro

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