Variole du singe et absence de médecine scientifique

Analyse implacable du Dr Michel de Lorgeril.

par Michel de Lorgeril.

Les médias font leur « une » ces jours-ci avec la variole du singe (monkeypox virus) faute d’une autre actualité brûlante à propos de la COVID-19 ou de la guerre en Ukraine, par exemple.

Cette maladie semble bénigne – au moins chez les jeunes hommes qui en sont généralement les victimes dans cette première phase de dissémination du virus parmi des hommes ayant une activité sexuelle avec d’autres hommes (c’est comme ça qu’il faut dire) – mais elle suscite l’inquiétude.

Pourquoi ?

Parce qu’on la connaît mal (ce serait une bonne raison d’être attentif) ; sinon qu’il semble s’agir d’une vilaine varicelle « douloureuse » qui guérit spontanément.

Mais on ignore ce qu’elle pourrait donner une fois disséminée dans la population générale ; quoique sa contagiosité semble faible : il faut vraiment des contacts étroits (intimes) pour se transmettre le virus.

La principale caractéristique, à mon humble avis, de ce début de diffusion d’un virus inconnu est l’absence quasi totale de médecine scientifique.

Pour expliquer simplement l’idée de cette absence de médecine scientifique [je ne vais pas en faire un livre], je vais me concentrer sur la vaccination dirigée contre le monkeypox virus.

Certains prétendent que nous avons un vaccin efficace contre la variole du singe.

D’où vient cette affirmation péremptoire ?

D’un chapeau ! D’un chapeau de clown !

En effet, à ce jour, nous n’avons aucun essai clinique qui ait testé l’efficacité d’un vaccin contre la variole du singe !

Certains (supposés) experts prétendent que les « nouveaux » vaccins contre la variole [que je discute dans divers livres notamment le numéro 2 de la Collection « Vaccin & Société » titré « Analyse scientifique de la toxicité des vaccins »] seraient aussi efficaces contre la variole du singe et avancent le chiffre de 85% d’efficacité…

L’argument serait qu’il y aurait une immunité croisée (je simplifie outrageusement) entre la vraie variole (et son vaccin) et la variole du singe.

Dit autrement, si vous étiez protégés contre la variole (ancienne vaccination des années d’après-guerre ou nouveau vaccin) vous seriez protégés contre la variole du singe.

Ce sont des arguments intéressants (amusants) pour les naïfs mais ce sont des singeries pour un scientifique sérieux.

En effet, nous n’avons aucune évidence solide que les vaccins contre la variole (les anciens comme les nouveaux) sont efficaces contre la variole. C’est une désinformation systématique. Je discute cette question dans le livre « Les vaccins à l’ère de la COVID-19 » à partir de la page 33.

Les futures victimes de la variole du singe – ou les sujets à risque de variole du singe du fait de leur vie sexuelle « atypique » – exigent d’être vaccinés ; sans rien savoir du nouveau vaccin contre la variole qu’on leur propose : efficacité réelle ? Toxicité ?

Nous voilà dans un cul-de-sac. Le peuple des futures victimes exige et les autorités sanitaires entretiennent les illusions !

Que devraient proposer les scientifiques ?

Puisque nous ignorons si ce vaccin nouveau est efficace, la priorité des priorités serait de vérifier l’efficacité réelle de ce vaccin contre la variole du singe : un essai randomisé en double aveugle testant le vaccin contre un placebo. On aurait aussi une idée de sa toxicité.

Comme l’épidémie est montante et que les volontaires se précipitent pour être vaccinés, il n’y aurait aucune difficulté à organiser cet essai clinique et procéder à des tirages au sort.

Puisque on suppute une efficacité de 85%, l’hypothèse primaire pourrait être vérifiée avec un échantillon de quelques centaines de volontaires et avec une durée de suivi relativement brève (quelques mois au maximum).

Les volontaires recevant le placebo seraient « récompensés » rapidement puisqu’ils sauraient enfin (ce qu’ils ignorent pour le moment) si le vaccin les protège.

Ainsi fonctionne la médecine scientifique ! Ainsi devrait fonctionner la médecine scientifique !

Ce n’est pas le cas. C’est étrange. Deux explications :

1) les autorités sanitaires nationales et internationales ne comprennent pas la médecine scientifique. Nous avons une sorte de confirmation de ce que nous avons observé pendant les premières phases de la pandémie COVID-19. Les pilotes de l’avion sont des amateurs !

N’allez pas demander au nouveau ministre de la Santé en France ou au PDG de l’OMS pourquoi on ne se mobilise pas pour vérifier l’efficacité de ce vaccin !

Vous les mettriez mal à l’aise, choupette.

Les bureaucrates – et en France, les chefs de service des unités de soin et les universitaires – ignorent aussi la médecine scientifique. Nous l’avons déjà constaté pendant la COVID-19 ; pas de surprise de ce côté.

2) surtout, il faudrait « mettre cartes sur table » ; c’est-à-dire admettre notre ignorance concernant l’efficacité du vaccin contre la variole. Puis, de fil en aiguille, admettre nos ignorances sur d’autres vaccins moins célébrés que celui contre la variole ; et enfin admettre que les vaccins antiCOVID n’ont pas été correctement analysés… Hum !

Je vois mal nos administrations sanitaires (nationales et internationales) se lancer dans ce dangereux processus de mise à niveau…

Ite missa est !

source : Michel de Lorgeril

Source : ns2017

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