Une démocratie bas de gamme ?

À Corbeil-Essonnes, à l’appel du maire, plusieurs centaines de personnes se sont réunies devant l’école Paul-Langevin et ont dit “stop aux violences” en dénonçant les dégradations survenues dans trois écoles.

À Saint-Ouen, cité Charles-Schmidt, des locataires et des dealers ont signé un “pacte”. “Une amicale a négocié la paix sociale avec les trafiquants. Les habitants réclament moins de nuisances et les laissent faire leur “business”. Et ça marche” (Le Parisien, Ouest-France).

On peut, quand on n’a aucune ambition républicaine, se satisfaire de cette démocratie bas de gamme, du moindre mal.

D’autant plus que l’amicale de Saint-Ouen ne prétend pas se substituer à la police et explique lucidement : “On n’a pas d’armes, on ne peut faire la guerre à personne”.

Pourtant à bien considérer ces deux événements, cette révolte à Corbeil-Essonnes et ce compromis à Saint-Ouen, le constat de faillite est éclatant. C’est une chose qu’une mobilisation citoyenne qui assisterait l’action efficace et omniprésente de la police et de la gendarmerie. C’en est une autre que de contraindre une société, pour avoir un peu de sécurité, une sorte de tranquillité, à accepter un pire atténué, des transgressions limitées, à devoir obtenir l’aval de délinquants pour espérer un quotidien à peu près acceptable.

Deal-saint-ouen

À la réflexion, la fronde de Corbeil-Essonnes et la transaction de Saint-Ouen sont une honte. Qui n’accable pas des communautés qui font tout ce qu’elles peuvent pour s’accommoder d’un réel insupportable et tenter de l’adoucir ; mais un pouvoir et des forces de l’ordre qui les condamnent littéralement à des processus qui relèvent plus du désespoir que de la reconquête.

Dans ces péripéties dont tout démontre qu’elles se multiplient, il y a cette évidence tragique: peu à peu on s’habitue à une France qui abandonne ses citoyens et les oblige à valider d’intolérables “pactes”.

Ces dérives n’ont pas commencé avec le président Macron mais le peu de passion et d’intérêt qu’il attache à l’autorité régalienne et aux traductions déplorables de ses manques dans l’existence des plus pauvres et des plus fragiles, a accentué ce qui au fond est une démission de l’Etat.

Faute d’avoir la volonté, le courage et les moyens de reprendre pied dans les territoires perdus, au mieux il fait preuve de bonne volonté mais sans effectivité, au pire il se défausse en se lavant les mains de ce qu’il ne sait pas empêcher. Dépassé par des situations qu’il ne maîtrise plus, il laisse le peuple se colleter avec elles.

Et les citoyens crient “stop aux violences” et traitent avec les délinquants… Oui, vraiment, une démocratie bas de gamme.

Si on s’y habitue, on est mort.

Source : Philippe Bilger

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