Ukraine- Trois nouveaux documents inédits et intéressants

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, 3 nouveaux documents inédits sur le conflit ukrainien à titre d’information alternative.

1 – En 1, l’analyse du Capitaine de Vaisseau Yves Maillard, ancien attaché naval à Moscou, et qui répond au message de Jacques Myard, auquel je répondais moi-même dans mon dernier témoignage sur la qualité comparée des leaderships russes et otaniens.

Le capitaine de Vaisseau Yves Maillard aborde le volet économique et financier et donne un éclairage complémentaire intéressant.

2 – En 2, une lettre réponse « réaliste » rédigée par moi-même à un correspondant qui me transmettait un texte « atlantiste » évoquant une désescalade immédiate possible si les Russes se retiraient d’Ukraine …. J’y évoque l’emploi possible du « Père de toutes les bombes …classique ».

3 – L’agence de presse française AFP a publié un reportage de Daphné Rousseau réalisé près de la ligne de front ukrainienne. Il nous permet d’avoir une certaine vision réaliste de l’état des forces armées ukrainiennes. C’est sans surprise que ce genre d’information est totalement occulté par nos médias mainstream qui préfèrent se concentrer sur le piteux état supposé d’une armée russe qui, elle, continue d’avancer sur tous ses axes de progression, lentement mais sûrement.

https://lesakerfrancophone.fr/larmee-ukrainienne-est-en-tres-mauvais-etat

Bonne information alternative et à chacun son opinion bien sûr, sachant qu’il est beaucoup plus confortable d’être « conformiste » et, pour un poisson, de nager dans le sens du banc, que de nager dans le sens contraire …..

C’était déjà le cas en France en 1940, puis le vent a tourné en 1945….Le conformisme avait changé de sens ….et les adeptes du conformisme s’étaient adaptés en devenant « résistants » du jour au lendemain….

Général Dominique Delawarde

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Pièce jointe 1 – analyse du Capitaine de Vaisseau Yves Maillard :

Cher Monsieur le Maire

Vous m’avez aimablement communiqué votre intéressant dernier message relatif à la guerre en Ukraine. Je vous en remercie. Voici, si vous me permettez, les réflexions qu’il m’inspire.

Vous écrivez :

« La guerre en Ukraine évolue visiblement vers un affrontement direct entre la Russie et les États-Unis. Il est évident que Washington a armé depuis des années l’armée ukrainienne, formé leurs soldats, fourni tous les renseignements recueillis par la CIA et surtout par les écoutes effectuées par la NSA. »

Mais alors, pourquoi ne pas dire clairement toute la vérité, que vous faites opportunément ressortir ici, à savoir que depuis un certain temps déjà ce sont les États-Unis qui se préparent, de toute évidence comme vous le dites si bien, à la guerre contre la Russie.

Pourquoi ? Qu’est-ce que les Russes ont bien pû leur faire aux Américains pour que ceux-ci leur en veuillent à ce point, qu’ils leur en veuillent à mort, car c’est bien de cela dont il s’agit ?

Ce n’est bien évidemment pas du sort des habitants de l’Ukraine dont les Américains se préoccupent. Ils s’en moquent. Les Américains, comme toujours, ne se soucient que de leurs intérêts. Les Américains en veulent à mort à la Russie, que ce soit celle de Poutine ou celle d’un autre s’il venait à être remplacé, parce que ce pays, depuis une vingtaine d’années, a entrepris de se débarrasser de ses créances d’ État en dollars.

Premier pays à l’avoir fait, d’autres, comme la Chine, étant également en train de le faire, elle s’est défaite de l’essentiel de ses bons du trésor américains, une centaine de milliards de dollars. En les remplaçant par de l’or ou d’autres devises jugées plus solides. Également, mais à un moindre degré, pour s’affranchir de l’abusive extra-territorialité de la loi américaine qui prétend s’appliquer à tout détenteur de sa monnaie de par le monde.

La Russie avait parfaitement le droit de faire cela. En 1960 le général de Gaulle, dont une resplendissante image illustre votre bureau au premier étage de votre mairie de Maisons-Laffitte, bureau que vous mettiez à ma disposition il y a quelques années quand j’y exerçais les fonctions de Conciliateur de Justice, le général de Gaulle donc, sur le conseil de Jacques Rueff, a fait exactement la même chose en exigeant de l’Amérique le remboursement en or des dollars détenus par la France (Or provenant en grande partie de la Banque de France, évacué en catastrophe par les croiseurs français au printemps 1940 en zigzaguant entre les sous-marins allemands, et qui avait servi à financer l’armement des huit divisions de la 1° Armée de la France Libre)

La Russie a fait cela car il y a largement de quoi mettre en doute la solidité de la dette souveraine américaine, supérieure à 30.000 milliards de dollars, qui continue sans cesse de s’accroître (5 milliards par jour en moyenne), dette qui, matériellement, ne pourra jamais être remboursée en valeur. En face de cette dette, des créanciers qui tôt ou tard à l’échelle de la planète se rendront compte que leur créance sur l’Amérique est douteuse, pour ne pas dire irrécupérable.

Pour l’Amérique la volonté russe d’indépendance vis-à-vis de la monnaie américaine, car il ne s’agit pas d’autre chose, est considérée, non pas comme un geste inamical, mais comme une véritable déclaration de guerre, car c’est toute la suprématie mondiale dont l’Amérique jouit abusivement, par son dollar émis massivement sans contrepartie dont elle inonde la planète, appuyée sur une force militaire écrasante à laquelle personne n’est en mesure de s’opposer, qui est mise en cause.

Cette indépendance monétaire russe a toutes les chances de faire tache d’huile à l’échelle mondiale et pour l’Amérique c’est inacceptable. Elle a énormément à y perdre quand le monde se rendra compte qu’il est floué, abusé, volé par l’Amérique avec son dollar de papier qui ne lui coûte rien mais avec lequel elle achète tout, elle corrompt tout, elle pourrit tout.

Il faut tuer la Russie !

C’est ce que depuis plusieurs années réclament à corps et à cri nombre de personnalités américaines, membres du Congrès, gouverneurs d’État, officiers généraux. Et pas la tuer n’importe comment, mais en bombardant, au besoin, la Russie à l’arme nucléaire, carrément, et en proclamant ouvertement cette volonté dans les médias. Et cela n’émeut personne. Et cela bien avant la guerre en Ukraine. Ce sont eux qui veulent délibérément la guerre.

Trois pays, dans les décennies passées, ont essayé de se débarrasser de leurs créances sur le Trésor américain, pour la même raison, à savoir des doutes sur la solidité du dollar, en voulant simplement consolider durablement, en la convertissant notamment en or, la richesse que leur procurent leurs revenus pétroliers : l’Iran, l’Irak et la Libye. Tous les trois ont été sauvagement écrasés. Comme les Indiens d’Amérique. Face aux États-Unis, ils n’étaient pas en capacité de se défendre.

Avec la Russie, c’est différent, cette capacité, elle l’a .

Les États-Unis ne peuvent pas attaquer de front la Russie comme le souhaitaient follement certains, non seulement parce que les Russes ont des bombes atomiques plus puissantes, en plus grand nombre, portées par des missiles plus rapides, non seulement parce que les Américains seraient passés pour l’agresseur aux yeux du monde, mais parce qu’en révélant à la terre entière la cause réelle de la guerre, financière et monétaire, ils auraient sûrement accéléré le processus, pourtant de toute manière inéluctable, à terme, de dédollarisation des économies mondiales, de révélation que le dollar est intrinsèquement une imposture.

Il fallait à l’Amérique trouver un moyen de faire la guerre à la Russie, sans passer pour l’agresseur. Ce moyen, elle croit l’avoir trouvé, en fomentant sur plusieurs années l’affaire ukrainienne.

Poutine est tombé dans le piège que lui a tendu l’Amérique, en agressant un pays au motif, réel, que des populations russes y étaient non seulement maltraitées (des milliers de morts civils en huit ans), mais aussi susceptibles de l’être plus encore à brève échéance (l’armée ukrainienne massée devant les provinces séparatistes sur le point de les attaquer).

On ne va pas  » vers un affrontement direct entre la Russie et les États-Unis« . Cet « affrontement direct« , on y est déjà, et ce depuis le début. C’est ça, et pas autre chose, la guerre actuelle en Ukraine.

Il est absurde, ridicule même, de réduire à la personnalité de Poutine la responsabilité de cette guerre.

Si Biden décide, si rapidement, de dépenser des sommes si considérables, des dizaines de milliards de dollars, pour mener cette guerre, par Ukrainiens interposés, c’est bien parce que ce qu’il y défend autre chose, inavouable, que le sort de ces pauvres Ukrainiens.

On va voir comment Poutine, soutenu par quatre-vingt-dix pour cent de la population russe, va s’en sortir.

Les informations que l’on reçoit relatives à la situation militaire sur le terrain sont contradictoires. Pour certains l’armée russe avance lentement mais sûrement en prenant des positions que les Ukrainiens ne pourront pas reprendre, pour d’autres elle s’est enlisée et face à une armée ukrainienne déterminée et très bien armée par les Occidentaux elle finira par perdre, au mieux la face, au pire tout ce qu’elle a conquis.

En fait, que la Russie fasse au final la conquête, ou non, des « républiques sécessionnistes » de l’Est de l’Ukraine, ce n’est pas l’essentiel, c’est secondaire, au regard du motif réel de la guerre. Ce motif c’est le nécessaire écrasement, la destruction de la Russie, coupable de s’être attaquée à la suprématie du dollar, outil absolu de la domination hégémonique mondiale de l’Amérique.

Et comme il n’est pas possible de réduire militairement la Russie, l’Amérique a entrepris de la réduire financièrement par cette vague ahurissante de sanctions financières et monétaires draconiennes sans limites, se voulant dévastatrices, qui s’abat sur elle en ce moment, laquelle n’a rien à voir avec la guerre militaire en Ukraine, qui n’a servi que de prétexte pour déclarer cette guerre financière.

Cette guerre financière n’est pas la conséquence de l’agression russe, c’était le but recherché en faisant tout ce qui a été possible de faire pour pousser Poutine à commettre cette agression, comme Davy Croquett, le cow-boy du XIX° siècle héros de notre enfance, excitait les Indiens afin de leur faire commettre des exactions dont ils étaient « punis » en étant tous massacrés.

Comment la Russie va-t-elle faire face à cette guerre financière? C’est ça la vraie question, plus que la guerre dans le Donbass. Toute émotion légitime suscitée par les horreurs qui s’y passent mise à part.

La Russie a de vrais atouts pour faire face à cette guerre économique et financière.

Comme elle en a eu face à Napoléon qui, au prétexte d’y importer les « valeurs » de la Révolution Française (sur la Place Rouge à Moscou il y a un socle de statue, sans statue, et s’il n’y en a pas c’est parce qu’il était prévu d’y mettre celle de l’empereur qui mettrait fin au servage en Russie, et comme cet empereur c’est Napoléon, on n’y a toujours mis personne…) , cherchait à obtenir de la Russie qu’elle ne se plie pas au blocus continental décrété par les Anglais depuis leur écrasante victoire à Trafalgar. Avec les Anglo-Saxons, la guerre est toujours, de près ou de loin, économique et financière.

Comme elle a su faire face au « Barbarossa » d’Hitler parti pour y conquérir un « espace vital », mais qu’elle a su repousser au prix de dizaines de millions de morts, civils et militaires.

La bataille du Donbass dont les medias nous montrent chaque jour les abominables images, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, l’autre partie étant la terrible bataille qui est engagée, quasiment à l’échelle planétaire.

Je pense que les Américains sous-estiment la capacité des Russes de résister à cette guerre qui sera longue et dure, pour tout le monde, y compris, bien évidemment, pour nous les Européens.

Il n’est pas certain que les États-Unis la gagneront, même s’ils sont les plus forts, presque en tout.

La Russie a des finances saines. Elle est peu endettée. Elle n’a pas de déficit budgétaire. Sa balance commerciale est excédentaire. Ce qui n’est pas le cas, et de loin, de tous les pays gravitant autour et sous la domination contrainte du dollar. Elle a dans à peu près tous les domaines la capacité d’être autonome, capacité renforcée au fil du temps par les « sanctions » précédentes. Sa « rupture » avec le monde, voulue par les Américains, elle l’est surtout avec les Occidentaux, eux-mêmes asservis au dollar. Les deux géants que sont la Chine et l’Inde, pour ne parler que d’eux, sont rétifs à ces « sanctions ». La communication de la Russie dans tous les domaines avec le reste du monde passera par eux, certainement, et se poursuivra, certainement aussi.

Espérons seulement qu’aucun des deux « fous », Poutine et tout autant Biden, ne cédera à la tentation de recourir à l’arme nucléaire. Le pire n’est jamais sûr dit-on, heureusement.

Yves Maillard

Capitaine de vaisseau honoraire

Ancien attaché naval près l’ambassade de France à Moscou

Ingénieur en Génie Atomique (Armes)

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Pièce jointe 2 – lettre réponse « réaliste » rédigée par le général D. Delawarde :

Voici ma réponse à l’article ci dessous qui évoque la possibilité d’une désescalade rapide en Ukraine.

https://www.euractiv.com/section/defence-and-security/news/european-nato-source-de-escalation-with-russia-is-possible-tomorrow/?utm_source=piano&utm_medium=email&utm_campaign=18529&pnespid=6rN6GD1WP7FG3f7e_zS_CIKItBmsDpBqJ.O42PBztURmKx4VBUQUzJFyNcELGms3P8JoVpa2Kg

Bonjour à tous,

Ce genre de « message en l’air » émanant d’une « source otanienne anonyme » manque de sérieux.

En clair, l’auteur du message dit qu’une désescalade est possible, si Poutine renonce et que les forces russes rentrent chez elles, car la préoccupation essentielle de l’OTAN reste la Chine. Le « messager » de l’OTAN demande, ni plus ni moins à Poutine de rendre les armes pour que l’OTAN puisse s’occuper de la Chine…… Ben voyons ….!

Ce que ce brave messager otanien semble ignorer, c’est que Poutine sait pertinemment que l’OTAN ne peut se permettre de mener une guerre d’attrition avec la Russie alors même que la Chine est en embuscade et que c’est elle qui tirera les marrons du feu, le moment venu.

Russie et Chine, mais aussi beaucoup d’autres États « amis » ont parfaitement conscience que la guerre d’Ukraine est une occasion unique de bousculer les règles de fonctionnement de l’ordre mondial actuel fondé sur la tyrannie du dollar, de l’OTAN, de l’extraterritorialité du droit américain étendue à la planète entière.

Russie et Chine ont parfaitement conscience que leur unité est vitale pour réussir, et éviter de perdre en se divisant.

La partie engagée ira donc à son terme. C’est hélas un bras de fer existentiel pour les deux partis en cause Russie et USA.

Aucun des deux ne peut se permettre de perdre.

Si les USA perdent cette guerre par procuration, leur image de superpuissance sera considérablement ternie, nombre de pays basculeront dans l’orbite du vainqueur.

Le dollar (et l’euro) pourrait bien se réduire à leur vraie valeur, c’est à dire au prix du papier et de l’encre nécessaires à leur impression. Après l’effondrement de l’Union soviétique en 1990, nous pourrions connaître l’effondrement de l’empire américain et de ses vassaux de l’UE, dans les cinq ou dix ans à venir et peut être même avant.

Ce côté existentiel pour les deux partis dans l’issue du conflit est dangereux. On ne peut pas savoir jusqu’où iront les USA et l’UE dans la provocation et le soutien à l’Ukraine et les réactions de

la Russie qui pourraient en découler.


Le passage au nucléaire est-il indispensable ? La réponse est non, ou du moins, pas encore.

Il existe encore une alternative « classique » pour les forces russes. Chacun se souvient de la frappe « spectacle » américaine du 16 avril 2017 en Afghanistan (relire mon article de l’époque) https://reseauinternational.net/derniere-frappe-us-en-afghanistan-rappel-des-faits-et-conclusions/

La bombe US classique la plus puissante, surnommée « mère de toutes les bombes » avait été

utilisée pour la première fois pour impressionner le monde entier en exhibant les « attributs » de la puissance américaine (« c’est moi qui ai la plus grosse ») …..


Les russes disposent aujourd’hui dans leur arsenal d’une bombe classique (donc non nucléaire) 4 fois plus puissante que la « mère de toutes les bombes US.

Par dérision pour la mère de toutes les bombes US, les russes ont surnommé cette bombe classique : « Père de toutes les bombes » … C’est la plus puissante bombe classique au monde

https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A8re_de_toutes_les_bombes

Sans passer au nucléaire, son emploi sur une base militaire de l’Ouest ukrainien pourrait avoir valeur d’ultime avertissement pour l’OTAN et montrer la détermination de la partie Russe. Il pourrait, sans en arriver au nucléaire, avoir un effet dévastateur sur le moral des forces ukrainiennes

engagées à l’Est de l’Ukraine contre le Donbass et son allié russe.


Après tout, ce sont les USA qui ont utilisé la mère de toutes les bombes classiques en premier sur des présumés « terroristes ». La réponse des russes avec « le père de toutes les bombes » sur des mercenaires «terroristes» otaniens à l’Est de l’Ukraine refroidirait peut être l’ardeur des va-t-en guerre occidentaux …. Mais bien sûr, les politiques et les médias occidentaux hurleraient en meute et prétendraient que le nucléaire a été utilisé.


En conclusion, ne jamais oublier qu’une Chine en embuscade constitue un handicap terrible pour l’OTAN dans la gestion d’une crise ukrainienne qu’elle a elle même provoquée en méprisant les

propositions russes faites en Septembre 2021 pour assurer sa sécurité.


Il faut être persuadé que la Russie ira jusqu’au bout et que ses buts de guerre en Ukraine seront atteints « quoiqu’il en coûte ».

Dans ces conditions, l’entêtement des USA, de l’OTAN et de l’UE dans leur soutien à un régime corrompu, fort mal représenté par l’histrion Zélenski, promu par une presse occidentale chaque jour moins crédible, pourrait déboucher sur des conséquences malheureuses pour les ukrainiens, pour les européens et, à un moindre degré pour les USA, ces derniers faisant prendre les risques à leurs vassaux, et restant prudemment en 2ème ligne..

Général Dominique Delawarde

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3 – L’agence de presse française AFP a publié un reportage de Daphné Rousseau réalisé près de la ligne de front ukrainienne. Il nous permet d’avoir une certaine vision réaliste de l’état des forces armées ukrainiennes. C’est sans surprise que ce genre d’information est totalement occulté par nos médias mainstream qui préfèrent se concentrer sur le piteux état supposé d’une armée russe qui, elle, continue d’avancer sur tous ses axes de progression, lentement mais sûrement.

L’armée ukrainienne est en très mauvais état

Par Moon of Alabama – Le 2 mai 2022

L’agence de presse française AFP a publié un reportage de Daphné Rousseau réalisé près de la ligne de front ukrainienne. Il nous permet d’avoir une certaine vision réaliste de l’état des forces armées ukrainiennes.

Des soldats ukrainiens épuisés reviennent du front oriental

Voici une carte actuelle de la ligne de front. Kiev se trouve dans le coin supérieur gauche.

Je vais petit à petit citer l’article de l’AFP et ajouter mes observations :

Chargé de soldats ukrainiens épuisés, les mâchoires serrées, le camion repart à toute vitesse. Les troupes de la 81e brigade viennent de recevoir l’ordre de se retirer du front oriental où avancent les forces russes.

La brigade a marché 12 kilomètres (7,5 miles) samedi, camouflée dans les bois et sous les tirs croisés, jusqu’à leur point de retraite à Sviatoguirsk.

La 81e brigade aéromobile est composée de trois bataillons d’infanterie équipés de véhicules blindés de transport de troupes BTR-70 qui peuvent être chargés dans un avion. Elle dispose également d’un solide groupe d’artillerie composé de trois bataillons de canons et de missiles, ainsi que du bazar habituel pour les unités de soutien.

Comme les troupes ukrainiennes ont dû marcher 12 kilomètres, une question se pose. Où sont leurs véhicules blindés ? Même lorsque l’infanterie est déployée dans des abris et des tranchées, son transport devrait toujours être à proximité (~3 km) pour pouvoir la récupérer rapidement en cas de besoin.

La réponse la plus probable est que ces BTR-70, ainsi que l’artillerie de la brigade, n’existent plus. Extrait de la « liste de matériel » publiée aujourd’hui par le ministère russe de la Défense (c’est nous qui soulignons) :

Au total, 146 avions et 112 hélicoptères, 683 véhicules aériens sans pilote, 281 systèmes de missiles antiaériens, 2 756 chars et autres véhicules de combat blindés, 316 systèmes de roquettes à lancement multiple, 1 234 pièces d’artillerie de campagne et mortiers, ainsi que 2 563 unités de véhicules militaires spéciaux des forces armées ukrainiennes ont été détruits au cours de l’opération.

Ces chiffres sont, comme tous les décomptes de ce type, quelque peu exagérés. Mais ils disent quand même quelque chose.

Sviatoguirsk, l’endroit d’où viennent ces troupes, se trouve à une dizaine de kilomètres au sud-est d’Izium, que les forces russes ont pris il y a quelque temps.

Plus d’informations dans l’article de l’AFP :

Pendant un mois, le 81e bataillon, dont la devise est « toujours le premier », a lutté pour repousser l’avancée russe dans la région orientale du Donbass, en Ukraine, où les troupes de Moscou avancent lentement, prenant les villages un par un.

« Tout le monde comprenait que nous devions garder la ligne de front stable ici, nous ne pouvions pas laisser l’ennemi s’approcher, nous essayions de la tenir de toutes nos forces », explique le lieutenant Yevgen Samoylov, anxieux à l’idée que l’unité puisse être touchée par les tirs russes à tout moment.

« Comme vous pouvez l’entendre, l’ennemi est très, très proche, » dit-il en montrant le ciel. La ligne de chars russes est de l’autre côté d’une colline, à environ sept kilomètres (4,3 miles).

Les troupes ont marché 12 kilomètres et sont maintenant sur des camions. L’ennemi est actuellement à 7 kilomètres. Un simple calcul explique que les forces russes ont gagné 5 kilomètres en profondeur.

A 21 ans, Samoylov, un officier de l’académie militaire d’Odessa, se retrouve à gérer 130 conscrits, souvent deux fois plus âgés que lui.

« C’est ma première guerre. Je devais être diplômé dans quatre mois, mais on m’a envoyé ici », explique cet officier au visage de bébé et à la courte barbe noire.

Quel désastre. 130 conscrits, certains de plus de 40 ans. Ce ne sont pas des guerriers bien entraînés, mais des enseignants, des mécaniciens ou des agriculteurs enrôlés dans la guerre. Avec 130 hommes, l’unité a à peu près la taille d’une compagnie. Les compagnies d’infanterie dans l’armée soviétique/russe/ukrainienne sont relativement grandes :

L’effectif d’une compagnie de chars est de 31-40 personnes, et le nombre de militaires d’une compagnie de fusiliers motorisés est de 150 personnes. Souvent, une compagnie est commandée par un officier ayant le grade de capitaine, et seulement dans certaines unités, ce poste est occupé par un major.

Le jeune lieutenant Samoylov, qui n’a même pas terminé son cours d’officier, dirige une unité qui est habituellement dirigée par un officier de deux ou trois rangs supérieurs au sien. Où sont les officiers supérieurs ?

Plus d’informations de l’AFP :

L’unité est entrée en action le 23 février, un jour avant que la Russie ne lance l’invasion.

Au début de la guerre, ils ont passé un mois à défendre Izium, qui est tombé le 1er avril, avant de rejoindre les combats autour du village d’Oleksandrivka.

« Des batailles vraiment difficiles », explique le tranquille Samoylov.

Izium se trouve sur le front nord où les forces russes se pressent vers le sud. Il y a plusieurs villages nommés Oleksandrivka (Alexandrovka) en Ukraine, dont trois dans l’oblast de Donetsk. Il est possible qu’il y en ait d’autres, non officiels portant ce nom. Deux des colonies connues se trouvent au nord-ouest de l’oblast de Donetsk, à environ 20 kilomètres au sud-ouest et au sud-est d’Izium respectivement.

La carte montre Izium au nord, l’Oleksandrivka occidental se trouve en bas à gauche. L’autre Oleksandrivka se trouve à la périphérie ouest de la ville de Kramatorsk, à laquelle elle appartient pratiquement. Elle n’est pas nommée sur la carte.

Aucune des deux villes n’est directement sur la ligne de front actuelle qui passe à environ 10 kilomètres au nord. Sviatoguirsk, le point d’extraction, est beaucoup plus proche du front. C’est là que les troupes se trouvaient probablement avant de se diriger vers les camions.

Agrandir

Le reportage de l’AFP continue :

Dans cette brigade, comme dans les autres, on ne dit pas combien de personnes ont été tuées. Lorsque le sujet est abordé, le regard de Samoylov s’embrase. La douleur est vive. Un silence de mort s’installe dans le camion militaire pendant le trajet vers le bâtiment abandonné où les soldats vont séjourner pendant leur semaine de repos.

Les 130 hommes de Samoylov ne sont probablement pas issus d’une seule et même compagnie. Ils sont probablement tout ce qui reste d’un bataillon qui comptait à l’origine trois compagnies et plus de 400 hommes.

Lorsque le convoi passe devant un camion chargé de missiles à longue portée qui foncent vers le front, les soldats font automatiquement le signe « V » de la victoire avec leurs doigts avant de fixer à nouveau leur regard sur leurs pieds ou l’horizon en silence.

Ces hommes ont-ils encore le moral ou s’agit-il simplement d’un geste de routine ? Je pense que c’est la dernière hypothèse qui est la bonne.

A leur arrivée à la base, les soldats déchargent leurs armes, enlèvent leur paquetage et se rendent immédiatement dans l’une des pièces délabrées et sans électricité où ils subissent l’examen médical habituel de retour du front.

Pour les survivants, « il y a de petites blessures sur le front, ceux qui ont été enterrés sous les décombres lors d’un bombardement ont des fractures et (des blessures) liées aux éclats d’obus », explique Vadym Kyrylov, le médecin de la brigade.

« Mais nous voyons surtout des problèmes somatiques, comme de l’hypertension ou des maladies chroniques qui se sont aggravées », ajoute le jeune homme de 25 ans.

Chaque bataillon de la 81e brigade devrait disposer d’un médecin, dont un plus ancien servirait dans la compagnie du quartier général de la brigade. Le fait qu’un jeune homme de 25 ans occupe le poste de médecin de la brigade met en évidence un manque d’hommes.

– Le « pied de tranchée »

Les hommes souffrent aussi beaucoup du syndrome du « pied de tranchée », causé par une exposition prolongée à l’humidité, aux conditions insalubres ou au froid.

« Pendant un mois, ils n’ont pas pu faire sécher leurs chaussures… il y a donc de nombreuses blessures liées aux pieds, principalement des champignons et des infections », explique le médecin.

Les bottes militaires devraient être étanches. Lorsque j’étais dans l’armée, nous nous sommes entraînés dans des zones très boueuses, mais je n’ai jamais eu les pieds mouillés. Je me demande quelle est la qualité des bottes de l’armée ukrainienne.

Après la visite médicale, ils ont tous le même réflexe : s’isoler et utiliser leur téléphone pour appeler une compagne, un enfant ou un parent.

Les soldats ne peuvent pas utiliser leur téléphone sur le front, et toute application nécessitant une géolocalisation est interdite.

Dans quelle mesure le contrôle de ces politiques est-il strict ? L’expérience montre que si les soldats sont autorisés à avoir des téléphones sur eux, ils les utiliseront inévitablement. C’est pourquoi la Russie interdit à ses soldats d’emporter des téléphones.

Quatre soldats réassemblent les cadres de lit métalliques rouillés et balaient le sol couvert de poussière pour faire un semblant de chambre.

Cela ne ressemble pas à un endroit agréable pour se reposer et se distraire. Y a-t-il même des matelas pour ces cadres métalliques ?

« C’est le moment pour les gars de se détendre, de prendre soin de leurs blessures physiques et psychologiques, de reprendre des forces avant de retourner au combat« , explique Samoylov.

« Ils vont dormir au chaud, manger une nourriture normale et essayer de se remettre plus ou moins sur pied ».

Ces troupes ont passé neuf semaines sur la ligne de front et n’ont maintenant qu’une semaine de repos dans un endroit misérable. Samoylov est un optimiste. Aucune de ces blessures, surtout pas les blessures psychologiques, ne guériront en une semaine. Il faut des années pour surmonter les cruautés de la guerre, parfois même plus d’une vie.

L’armée ukrainienne est manifestement en très mauvais état lorsqu’elle pousse des conscrits à peine formés vers la ligne de front où l’artillerie russe les dévorera. Mais il n’est pas étonnant qu’elle soit dans un tel état.

L’officier suisse du renseignement militaire, Jacques Baud, a travaillé en Ukraine et a écrit sur la guerre actuelle (ici, ici et ici). Il décrit l’état déplorable dans lequel se trouvait l’armée ukrainienne dès le départ :

L’armée ukrainienne était alors dans un état déplorable. En octobre 2018, après quatre ans de guerre, le procureur militaire ukrainien en chef, Anatoly Matios, a déclaré que l’Ukraine avait perdu 2 700 hommes dans le Donbass : 891 de maladies, 318 d’accidents de la route, 177 d’autres accidents, 175 d’empoisonnements (alcool, drogues), 172 par maniement négligent des armes, 101 en violant des règles de sécurité, 228 par meurtres et 615 par suicides.

En fait, l’armée est minée par la corruption de ses cadres et ne bénéficie plus du soutien de la population. Selon un rapport du ministère de l’Intérieur britannique, lors du rappel des réservistes en mars/avril 2014, 70 % ne se sont pas présentés à la première session, 80 % à la deuxième, 90 % à la troisième et 95 % à la quatrième.

En octobre/novembre 2017, 70 % des conscrits ne se sont pas présentés à la campagne de rappel  » automne 2017 « . Sans compter les suicides et les désertions (souvent pour rejoindre les autonomistes), qui ont atteint jusqu’à 30 % des effectifs dans la zone de l’ATO. Les jeunes Ukrainiens ont refusé d’aller se battre dans le Donbass et ont préféré l’émigration, ce qui explique aussi, au moins partiellement, le déficit démographique du pays.

Le ministère ukrainien de la Défense s’est alors tourné vers l’OTAN pour l’aider à rendre ses forces armées plus  » attractives « . Ayant déjà travaillé sur des projets similaires dans le cadre des Nations Unies, j’ai été sollicité par l’OTAN pour participer à un programme de restauration de l’image des forces armées ukrainiennes. Mais il s’agit d’un processus à long terme et les Ukrainiens voulaient aller vite.

Alors, pour pallier le manque de soldats, le gouvernement ukrainien a eu recours à des milices paramilitaires. Elles sont essentiellement composées de mercenaires étrangers, souvent des militants d’extrême droite. En 2020, elles constituaient environ 40 % des forces ukrainiennes et comptaient environ 102 000 hommes, selon Reuters. Ils étaient armés, financés et entraînés par les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada et la France. Ils étaient de plus de 19 nationalités, dont des Suisses.

L’armée ukrainienne ne gagnera pas cette guerre, pas plus que les milices fascistes. Le pays n’a tout simplement aucune chance.

Les gouvernements « occidentaux » abusent de l’Ukraine et de ses soldats. Ils veulent « affaiblir la Russie » et ne permettent pas à l’Ukraine de demander la paix.

C’est criminel.

Jacques Baud encore :

Malgré la volonté probable du président Zelensky de parvenir à un règlement politique de la crise avec la Russie, Zelensky n’est pas autorisé à le faire. Juste après qu’il ait indiqué qu’il était prêt à discuter avec la Russie, le 25 février, l’Union européenne a décidé deux jours plus tard de fournir 450 millions d’euros d’armes à l’Ukraine. La même chose s’est produite en mars. Dès que Zelensky a indiqué vouloir discuter avec Vladimir Poutine, le 21 mars, l’Union européenne a décidé de doubler son aide militaire pour la porter à 1 milliard d’euros, le 23 mars. Fin mars, Zelensky a fait une offre intéressante qui a été rétractée peu après.

Apparemment, Zelensky tente de naviguer entre la pression occidentale et son extrême droite d’une part, et son souci de trouver une solution d’autre part, et est contraint à un  » oui-et-non «  qui décourage les négociateurs russes. …

Aujourd’hui, Zelensky doit diriger son pays sous une épée de Damoclès, avec la bénédiction des politiciens occidentaux et des médias sans éthique. Son manque d’expérience politique a fait de lui une proie facile pour ceux qui tentent d’exploiter l’Ukraine contre la Russie, et aux mains des mouvements d’extrême droite. Comme il l’a reconnu dans une interview à CNN, il a manifestement été leurré en croyant que l’Ukraine entrerait plus facilement dans l’OTAN après un conflit ouvert avec la Russie, comme l’a confirmé Oleksey Arestovich, son conseiller, en 2019.

L’Ukraine a perdu la guerre. Tous les systèmes d’armes que l’« Ouest » lui impose maintenant ne sont d’aucune utilité, car l’Ukraine n’a manifestement pas les hommes pour les utiliser. Ils seront probablement pillés et, à l’avenir, certains d’entre eux pourraient bien être utilisés contre l’« Occident » lui-même.

Ce sera simplement un sanglant retour de justice.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Source : La Saker Francophone

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