Tribune libre du Général DUBOIS

Les féministes : des suffragettes hors du temps.

 

Dans la période que nous vivons, tout ce qui est minoritaire, marginal, anecdotique, anormal, devient non seulement acceptable, mais estimable, recommandable, et doit s’imposer à tous. Les mouvements féministes revendiquent hargneusement une égalité que, dans nos pays occidentaux, les femmes ont déjà acquise en grande partie. Parfois même elles sont plus « égales » que les hommes. Que le travail reste à fignoler, soit. Mais l’hystérie revendicative des féministes est injustifiée. Tout est présenté par elles comme une lutte pour se libérer d’une oppression insupportable et injustifiée du mâle.

Si on voulait bien regarder en arrière et remonter aux conditions précaires de la vie dans le passé, on comprendrait que ce sont les contraintes naturelles qui ont déterminé en grande partie un partage implicite des tâches entre les hommes et les femmes. Pendant les millénaires où les humains vivaient à peine mieux que les animaux, ne disposaient d’aucun moyen facilitant leurs tâches, où le muscle était le seul « outil » de base, les activités féminines étaient imposées par les contraintes de la maternité, de la vie de la famille, pendant que les hommes assuraient la subsistance et la protection. Le rôle de chasseur et de guerrier leur revenait non pas de droit mais de nécessité, parce qu’ils étaient naturellement mieux armés physiquement pour cela, et que, comme chez tous les mammifères supérieurs, la femme était accaparée par le soin de la progéniture. Bien sûr la prédominance du muscle a aussi façonné durablement les esprits et les comportements entre humains. Il faut du temps pour en « guérir ».

Les choses se sont lentement amélioré au fil du temps, depuis les 18ème et 19ème siècles surtout, et c’est à partir de là que les inégalités en droit ont commencé à apparaitre moins acceptables. Notons cependant que l’inégalité n’était  pas unilatérale. De tous temps, et jusqu’au 20ème siècle, la guerre était faite par les hommes, et je n’ai pas souvenir que nos anciens de 1914 ou de 1939 aient fait des manifs pour demander que leurs compagnes en prennent les risques à part égale. Ils ont accepté, comme leurs anciens, leur rôle qui était dans la nature des choses. Et ce n’était pas un privilège.

Les suffragettes ont fait des apparitions notées dès le 19ème siècle. Mais c’est surtout à partir du premier conflit mondial que les inégalités, non pas naturelles celles-là, mais inscrites dans la loi, ont commencé à paraitre insupportables. Si les femmes n’ont pas été au combat, ce sont elles qui ont alors remplacé les hommes mobilisés, à peu près partout, y compris dans les usines. Pourtant, au pays qui se vante d’avoir été le phare des libertés, il n’y a pas eu de courant assez fort, même après l’épreuve, pour leur accorder le simple droit de vote. Il faut dire que la république naissante qui, 140 ans plus tôt, avait établi le suffrage « universel » en excluait les femmes ; les militaires aussi d’ailleurs. Et quels étaient les plus acharnés opposants au vote des femmes ? Les socialistes ; qui craignaient que dans un pays encore très christianisé elles suivent les conseils de vote du curé.

Cette étape enfin franchie, très tardivement, c’est pas à pas il est vrai que les textes ont établi l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, dans la vie publique et dans la famille : autorité sur les enfants, divorce, gestion des biens personnels, droit au travail sans accord du mari etc. Comparée à la situation de leurs grands-mères, le confort et les outils de la société de consommation leur permettent de s’émanciper en partie des tâches quotidiennes, et laissent à beaucoup la possibilité de tenir un emploi extérieur. Ce qui entraine une liberté supplémentaire, celle que procure la disposition d’un salaire. La sujétion à un compagnon en raison de la simple dépendance matérielle a disparu ou au moins s’est atténuée pour beaucoup d’entre elles. Notons aussi que bon nombre de professions, dont elles étaient exclues en raison bien souvent des contraintes physiques induites, leur sont désormais ouvertes. La mécanisation a rendu la force physique moins nécessaire, et aussi, surtout peut-être, leur esprit, libéré en partie des obsessions du quotidien, elles ont pu avoir d’autres ambitions, professionnelles en particulier. Elles se sont vu reconnaître un droit à l’IVG, disposition discutable alors même qu’existent des moyens de contraception faciles ; droit sacralisé d’ailleurs au point que la justice peut poursuivre toute personne convaincue d’avoir cherché à dissuader une femme d’y recourir.

Où en est-on aujourd’hui ? Qu’y a-t-il encore à revendiquer quand on est une femme ?

Sans doute l’égalité des salaires à emploi, ancienneté et service rendu équivalent ; et encore, pas dans la fonction publique où l’égalité à cet égard est respectée.

Restent c’est vrai, mais ce n’est pas une question de droit, les accusations récurrentes de harcèlement sexuel, voire de viols dont la presse sait surtout rendre compte quand il s’agit d’hommes en vue, alors que tant de viols authentiquement criminels sont commis chaque jour par des anonymes.

Certains hommes sont naturellement plus des prédateurs que les femmes pour des raisons évidentes qu’il n’est pas besoin de développer. C’est sans doute là que, l’évolution des mentalités tardant à effacer l’indulgence masculine ancestrale pour ces comportements, la justice doit agir avec sévérité quand la preuve de leur occurrence est apportée. Mais en dehors des agressions que leur aspect criminel indéniable rend finalement simples, il y aura toujours celles où la victime est sous influence, où les actes ont été commis dans des circonstances plus « mondaines » qui laissent planer un doute quant à la motivation de la plainte. La femme qui a attendu des années pour porter plainte, parfois au-delà de la prescription, peut facilement être suspectée d’agir finalement parce qu’elle estime le service rendu par le « coupable » peu en rapport avec le sacrifice consenti par la « victime ». La justice sera toujours plus efficace et moins discutable si les plaintes ne laissent pas aux faits le temps de rancir pendant des années. Des efforts dans ce sens sont aussi à faire du côté féminin.

A ce moment de cette réflexion je me permets d’appeler l’attention des féministes sur un oubli de taille dans leur stratégie d’action. Comment peuvent-elles ne pas s’élever contre le sort fait aux femmes dans la société musulmane, soumises à vie au pire régime inégalitaire ? Serait-ce parce que c’est moins rentable politiquement et que cela chagrinerait toute l’obédience gauchiste pro immigration ? Et pourtant il y a à faire : polygamie, excision, mariage forcé, droit de propriété et d’héritage des femmes, droit restreint de circulation et d’accès dans certains lieux publics ; et cela partout, même en France.

A part ça, plus grand-chose à mon avis, masculin bien sûr. Le fait qu’on en arrive à autoriser les femmes à faire des enfants sans les hommes « sur simple demande » via la PMA, montre assez que les limites raisonnables sont proches ; et même dépassées dans ce cas.

On peut même noter des dérives inverses. La parité imposée dans les fonctions électives est à mon avis abusive. Elle aboutit souvent à incorporer dans le système, presque de force, des personnes sans appétence ou compétence particulière pour la fonction. Il fallait admettre que les pesanteurs du passé n’avaient pas préparé naturellement les femmes à envisager certaines fonctions. Selon une expression à la mode, il fallait laisser du temps au temps. Et si on tient cette parité pour si importante, comment se fait-il qu’on assiste sans réagir à la féminisation galopante de certaines professions ? Environ deux tiers des enseignants, des magistrats et des médecins sont des femmes. La loi parfois, ou son application, souvent, peut basculer dans le favoritisme. Combien de jugements déséquilibrés en faveur des mères lors des divorces ?

En dehors de certains points, laissons faire les choses naturellement, sans les forcer, en admettant que le sexe peut prédisposer davantage à telle ou telle fonction, selon les individus, en veillant à l’égalité des droits certes, mais sans discrimination positive pour qui que ce soit. Pensons quand même que cette évolution considérable de la société entraine nécessairement une transformation de la famille qu’il convient de surveiller, sauvegarder, aider, car elle est la cellule de base de toute construction humaine durable, quelle que soit l’époque.

De toute façon il restera toujours une différence entre les hommes et les femmes; et vive la différence !

 

L’Europe : fédération ou confédération ?

 

Jean-Dominique Giuliani préside la Fondation Robert Schuman qui œuvre en faveur de la construction européenne. Il est appelé depuis de nombreuses années, à de fréquentes interventions dans les médias.

Le 1er mars 2021 il a publié une lettre dans laquelle il confie sa vision du proche avenir européen et ses inquiétudes dues surtout à ce qu’il ressent comme un possible frein à la marche vers un fédéralisme européen en raison des incertitudes électorales allemandes pour 2021.

Les Allemands sont conscients qu’ils sont le principal moteur économique et commercial de l’Europe; encore davantage depuis que la Grande-Bretagne nous a quitté. Leur PIB est 50% plus élevé que le nôtre. L’Euro  tient surtout grâce à eux et aux quelques petits états dits “vertueux”. Qui fait les efforts que eux ont consentis depuis le chancelier Schroeder il y a plus de 15 ans? Ils en ont peut être assez d’être seuls dans ce cas. Et s’ils ont consenti au partage de la dette à l’occasion de l’épidémie Covid19, (notion qui en soi est tout de même singulière; c’est la fable de la “cigale et la fourmi”; sans la punition pour la cigale), c’est à mon avis uniquement parce que le gros de leur commerce se fait encore avec le reste de l’UE et qu’ils n’ont pas intérêt à la ruine de leurs voisins. Du moins pas encore.

Demain ils peuvent être de plus en plus convaincus qu’ils ont retrouvé une dimension suffisante pour se séparer du boulet européen. Ils sont les seuls à pouvoir envisager sereinement de quitter la monnaie unique et retrouver leur monnaie nationale, qui, avant l’Euro, comptait beaucoup à l’inverse de la nôtre, et compterait encore beaucoup.

Et la France? Nous pouvons nous inquiéter. Malgré le retrait britannique, notre poids relatif diminue; de notre faute; car nous partageons avec les autres pays du sud la responsabilité de l’indiscipline, du manque collectif d’ardeur au travail et surtout du manque de courage réformateur. Nous feignons de nous considérer à égalité avec l’Allemagne en invoquant sans cesse le « couple franco-allemand », sans nous inquiéter beaucoup des autres états européens dont nous ne parlons guère et qui trouvent certainement à y redire avec raison.

Les soucis de la défense nous permettaient un optimisme relatif considérant que seule l’armée française compte en Europe, ce qui est très exagéré. Le budget allemand consacré à la défense est un peu supérieur au nôtre, mais les Allemands n’ont pas de dissuasion nucléaire; donc tout est consacré aux forces classiques ; et ils ne sont presque pas engagés dans des opérations extérieures. Certes l’armée française est la plus expérimentée, entrainée, mais dans un type de guerre particulier. Comme elle l’était en 1914 au sortir de guerres coloniales et on a vu que cela pesait peu dans un conflit classique. Elle reste dans l’absolu, malgré la grande qualité de ses personnels, une force modeste, surtout si on prend en compte une hypothèse de combat à haute intensité, pas inimaginable à moyen terme. Et prétendre, comme on le fait depuis peu, offrir le parapluie nucléaire français en échange de la protection américaine est complétement irréaliste parce que ce n’est pas crédible ; et d’ailleurs personne n’y croit. Le risque nucléaire ne se partage pas. L’OTAN, malgré ses défauts, reste aux yeux de nombreux pays européens la meilleure sécurité possible. Rappelons que le budget US de la défense est près de 20 fois supérieur au nôtre. Malgré cet avantage relatif, il n’y a donc, à mon avis, pas d’équilibre avec notre grand voisin.

Giuliani déplore l’existence d’une cour constitutionnelle allemande souverainiste. Si par là on entend une cour qui a d’abord en tête l’intérêt des Allemands, quoi de plus naturel ? Je voudrais bien qu’il existât de telles cours françaises avec en tête le même objectif. Quant à une politique étrangère européenne qu’il espère, c’est du rêve. Il y a autant de ministres des affaires étrangères que d’états, qui ont tous des ambassades à l’étranger. L’Europe politique n’existe pas. Elle n’a pas de chef; comment pourrait-elle avoir une vision commune dans ce domaine puisque les intérêts sont souvent divergents ?

A moyen terme l’Europe fédérale est infaisable. Et beaucoup estiment qu’elle n’est pas souhaitable. Je n’ai pas toujours été de cet avis. Mais  ce qui se dessine m’inquiète. Je n’ai plus confiance. En dehors du manque de communauté d’intérêts sur trop de sujets, les errements actuels appellent surtout l’attention sur son incapacité à défendre les Européens et leur culture contre l’invasion étrangère et musulmane, sur sa dévotion droit-de-l’hommiste, fut-ce au détriment des Européens, incarnée dans la CEDH, et sur les divers accords commerciaux inégaux avec l’extérieur, la Chine en particulier. On peut évoquer aussi la volonté, plus ou moins dissimulée, d’ouverture plus large à la mondialisation.

Si on veut être réaliste, il faut se contenter du “marché commun” amélioré que nous connaissons, rechercher une coordination entre états et construire un système d’alliance, comme cela s’est toujours fait. Mais retrouver notre souveraineté. Cela s’appelle une confédération, qui me parait plus raisonnable qu’une fédération.

 

Général (2S) Roland DUBOIS

VPF Ile de France

Source : Volontaires Pour la France

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