The Lancet au coeur d’une nouvelle polémique après une étude publiée sur le vaccin russe

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Une infirmière tenant le vaccin Sputnik V le 9 septembre 2020 dans un clinique de Moscou

Vladimir Pesnya / Sputnik / Sputnik via AFP

La vraisemblance d’une partie des données publiées par l’équipe de chercheurs ayant développé le vaccin Spoutnik V est remise en cause dans la revue qui a publié l’étude.

Après l’affaire de l’hydroxychloroquine, The Lancet a de nouveau des doutes. La prestigieuse revue médicale a demandé ce jeudi des éclaircissements aux développeurs du vaccin russe sur la vraisemblance des résultats publiés le 4 septembre. L’auteur principal de l’étude incriminée, le chercheur russe Denis Logounov, cité par l’agence de presse publique RIA Novosti, a rejeté les accusations et souligné que The Lancet avait eu accès “à toutes les données recueillies au cours des recherches scientifiques”.

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Dans une lettre ouverte à la revue, datée du 7 septembre et signée par une trentaine de chercheurs, essentiellement européens, le scientifique italien Enrico Bucci s’interroge sur la vraisemblance de certaines données de l’article. Ce travail indiquait que le candidat-vaccin russe déclenchait une réponse immunitaire et n’entraînait pas d’effets indésirables graves.
Le vaccin, baptisé Spoutnik V, est constitué de deux vaccins différents, administrés en deux injections successives, détaille l’article. Des vaccins à “vecteur viral”, qui utilisent comme support deux adénovirus (virus très courants, responsables notamment de rhumes), transformés pour y ajouter une partie du virus responsable du Covid-19. Lorsque l’adénovirus modifié pénètre dans les cellules des personnes vaccinées, ces dernières vont fabriquer une protéine typique du Sars-Cov-2, apprenant ainsi à leur système immunitaire à le reconnaître et à le combattre, explique Logounov, de l’Institut Gamaleïa.

Un test sur 40 000 habitants de Moscou

Deux études de petite taille ont été menées sur 76 adultes volontaires en bonne santé, âgés de 18 à 60 ans. Elles concluent “qu’aucun effet indésirable grave n’a été détecté” et observent “la production d’anticorps” chez “tous les participants”, y compris des “anticorps neutralisants”. La quantité d’anticorps retrouvée “chez les volontaires vaccinés est largement supérieure à celle chez les malades”, mesurée à partir du plasma de patients guéris du Covid-19, a souligné Inna Dolgikova, l’une des auteurs de la publication. Le vaccin déclenche également l’autre volet de la réponse immunitaire qui passe par les lymphocytes T.

Ces études, financées par le ministère russe de la Santé, ont été menées entre le 18 juin et le 3 août. “Des essais de grande taille, avec un suivi plus long et incluant la comparaison avec un placebo” sont désormais “nécessaires pour établir dans la durée l’innocuité et l’efficacité du vaccin”, soulignent leurs auteurs. Depuis, les autorités de Moscou ont commencé à tester le vaccin, baptisé Spoutnik V, sur 40 000 habitants de la capitale.

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Enrico Bucci, qui travaille et enseigne à l’université Temple University de Philadelphie (dans l’est des Etats-Unis), pointe dans sa lettre ouverte des “incohérences potentielles dans les données” telles que publiées dans l’article incriminé. Il déplore l’absence d’accès aux données originales de l’essai russe et estime que l’article publié dans The Lancet “présente plusieurs points de préoccupation”. Le scientifique italien relève dans certaines expérimentations une similarité complète ou très élevée des données chez les volontaires qui ont testé le vaccin, ce qui lui semble “hautement improbable”.

En réponse à la lettre ouverte, la revue britannique “a invité les auteurs de l’étude sur le vaccin russe à répondre aux questions soulevées” et assuré qu’elle “suivait la situation de près”. Les travaux russes ont été évalués avant publication par un comité scientifique indépendant composé d’experts, du Covid-19 et des vaccins, a encore rappelé The Lancet. “Nous encourageons le débat scientifique sur les papiers que nous publions et sommes au courant de la lettre ouverte sur l’essai de vaccin russe par Logounov et ses collègues. Nous l’avons partagée directement avec les auteurs et les avons encouragés à engager une discussion scientifique” a encore commenté la revue britannique.

“Des réponses exhaustives”

Denis Logounov, lui, a rejeté “catégoriquement” les accusations. “Le Centre Gamaleï (dont il est directeur scientifique adjoint, Ndlr) a présenté (avant la publication) à The Lancet le protocole clinique complet et toutes les données recueillies au cours des recherches scientifiques”, a-t-il précisé. Selon lui, “ces données ont été soumises à une expertise minutieuse des relecteurs de la revue qui, avant la publication, ont posé toutes les questions nécessaires concernant le contenu de l’article et les données sur lesquelles il était fondé, et ils ont obtenu des réponses exhaustives”, a-t-il expliqué.

Avant même la publication de ces premiers résultats, Vladimir Poutine avait affirmé début août que son pays avait développé le “premier” vaccin contre le Covid-19. Cette déclaration avait été accueillie avec défiance par la communauté scientifique internationale, en l’absence de données et alors que la phase finale des essais n’avait pas commencé.

La question est sensible dans un contexte de concurrence entre nations, la pandémie de Covid-19 ayant entraîné une mobilisation sans précédent de nombreux pays pour développer le plus vite possible un vaccin susceptible de protéger contre cette maladie. Selon l’OMS, un total de 176 candidats vaccins sont en cours de développement dans le monde, dont 34 sont au stade des essais cliniques, ce qui signifie qu’ils ont commencé à être testés sur des humains. Parmi ceux-ci, huit sont en phase 3, la plus avancée. “En termes de calendrier réaliste, nous ne nous attendons vraiment pas à voir une vaccination généralisée avant le milieu de l’année prochaine”, avait prévenu la semaine passée une porte-parole de l’OMS, Margaret Harris, rappelant que cette étape de tests massifs sur des volontaires prenait du temps.

Source : L’Express

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