Suicides dans la police: “J’ai posé mon arme parce que je me dis que j’étais capable de faire une connerie”

TÉMOIGNAGE RMC – 24 suicides ont été recensés dans les rangs de la police depuis le début de l’année, c’est un suicide tous les 4 jours. 13, soit plus de la moitié, se sont donné la mort avec leur arme de service. RMC est allée à la rencontre de Camille, une policière qui a accepté de témoigner de manière anonyme de sa traversée en enfer.

L’an dernier 32 policiers se sont donnés la mort. Plus de la moitié avec leur arme de service. Le syndicat Alternative-Police CFDT tire la sonnette d’alarme face à cette explosion du nombre de suicides dans la profession.

Rien que ce week-end, une policière s’est donnée la mort avec son arme de service dans les Yvelines et le corps d’un policier suicidé a été retrouvé à Alès.

“Tout est lié au contexte professionnel”

Isolement, rythme de travail trop intenses, heures supplémentaires, le syndicat dénonce des conditions de travail harassantes pour des forces de l’ordre épuisées et sur-sollicitées.

RMC est allée à la rencontre de Camille, une policière qui a accepté de témoigner de manière anonyme de sa traversée en enfer. Elle a failli passer à l’acte il y a deux ans. Cette policière travaille alors en région parisienne et sombre dans une profonde dépression.

“Il y a des soucis de matériels défectueux, qui causent un stress particulier, de locaux qui sont insalubres, de hiérarchie qui fait la sourde oreille, qui n’entend pas ou qui ne veut pas entendre ou qui est désarmées et ne sait pas quoi faire. Il y a un problème d’effectifs. Tout est lié au contexte professionnel”.

“Tout le monde pense que je fais du cinéma”

Elle multiplie insomnies et crises d’angoisse. Son médecin la met en arrêt maladie: “Quand je m’arrête je craque totalement. Ce jour là, je pose mon arme parce que je me dis que je suis capable de faire une connerie. Il a fallu que j’ai cette présence d’esprit ou cet instinct de survie, je ne sais pas, mais qui a fait que j’ai déposé mon arme et que je n’ai plus voulu la voir du tout”.

58% des policiers qui se suicident utilisent leur arme de service. Camille, elle, est arrêtée plusieurs mois et reste seule avec ses idées noires.

“Aucun appel de l’administration, aucun appel de notre hiérarchie, les collègues s’en lavent les mains. Je n’existe plus parce que je suis arrêtée et tout le monde pense que je fais du cinéma”.

“Ça n’arrive pas qu’aux autres”

Elle a repris le travail l’an dernier et voit déjà des collègues à bout de force, épuisés par des heures supplémentaires, la crise des “gilets jaunes” ou encore la haine et la violence anti-flic.

“On connaît tous un policier qui s’est suicidé. Ça n’arrive pas qu’aux autres. Moi aussi je pensais qu’il n’y avait que les autres, que le boulot n’aurait pas été capable de me faire descendre aussi bas”.

Aujourd’hui, si Camille a accepté de témoigner c’est pour lever un tabou et aider ses collègues à parler et peut-être éviter le pire.

Source : BFMTV

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