Sous la pression et les demandes de démission, Nuñez plie et range ses grenades de dispersion

Auteur(s) France-Soir Publié le 07 octobre 2026 – 13:27

Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur

FS AI

Ce matin, Laurent Nuñez a annoncé sur RTL qu’il suspendait l’usage des grenades assourdissantes « pour le mouvement des lycéens », tant que la lumière n’aura pas été faite sur ce qui s’est passé à Lens. L’annonce arrive deux jours après qu’un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée, lundi, aux abords du lycée Auguste-Béhal, dans le Pas-de-Calais, lors d’un rassemblement. Le ministre a précisé qu’il y avait « une possibilité forte » qu’une grenade assourdissante soit en cause, et que dix-huit enquêtes de l’IGPN étaient ouvertes, mais pas seulement pour ce type d’arme, afin de dire s’il y a eu proportionnalité.

Le recul est réel, et Nuñez a tenu à ce que la mesure ne vaille que pour les lycéens, le temps de comprendre, alors que la veille il assurait encore que les forces de l’ordre disposaient de toute la palette des armes dites intermédiaires. Il a répété qu’il avait demandé dès mardi que cette grenade ne soit plus utilisée dans ce cadre, « tant que la lumière n’a pas été faite ».

Ce type d’engin n’a pourtant rien d’un outil de dispersion ordinaire. Et il est à rappeler que la France était déjà le seul pays européen à employer, en maintien de l’ordre, la grenade explosive GLI-F4, classée matériel de guerre et déjà soupçonnée d’avoir arraché des mains pendant les gilets jaunes. Sa remplaçante, la GM2L, reste classée en catégorie A2, donc toujours comme arme de guerre, et le lancer à la main en a d’ailleurs été interdit en 2021 parce que l’engin était jugé défaillant et dangereux pour ceux-là mêmes qui le jetaient.

Quoi qu’il en soit, une détonation de l’ordre de 160 décibels, conçue pour rompre une foule, n’est pas adaptée à des mineurs massés devant un lycée.

À l’Assemblée, mardi, la séance a déjà montré un ministre beaucoup moins à l’aise. Le député écologiste Benjamin Lucas-Lundy a parlé d’un enfant de 15 ans qui perd un avant-bras « parce qu’on a envoyé sur lui une arme de guerre », réclamant sa démission. Le socialiste Roger Vicot lui a posé, sans excuser les dégradations, « la question de la doctrine d’emploi » des forces de l’ordre. Nuñez a répondu qu’il continuerait « à maintenir l’ordre » avec proportionnalité, et qu’évoquer des armes de guerre était « n’importe quoi ».

Mais le ton a finalement changé entre l’hémicycle et le micro d’RTL ce matin. À 15 heures, la commission des Lois va l’auditionner encore sur la gestion de l’ordre public et la protection des personnes. Au lendemain de l’acte III du mouvement lycéen, le compteur affiche déjà 215 élèves blessés depuis la mi-septembre. Sous la pression, Beauvau cède, et Nuñez perd un peu de sa superbe. La rue gronde et le malaise s’installe, même si le mouvement divise un peu sur la forme, le consensus reste immuable, on ne touche pas aux enfants.

Source : France Soir

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