Santé et finances publiques : l’écran de fumée
Quand Lecornu accuse « l’argent mis dans l’hôpital » d’aggraver le déficit, il déplace le problème. C’est du cadrage politique : transformer un choix vital en bouc émissaire budgétaire.
Les faits : • Ségur de la santé : +8,2 Md€/an (hausse salaires & investissements). • Objectif national des dépenses d’assurance maladie (ONDAM) 2025 : ~264 Md€. • Déficit des hôpitaux publics 2023 : 2,4 Md€. Oui, ça pèse. Mais c’est marginal face aux autres bombes.
Les vrais trous : • Bouclier tarifaire énergie : ~72 Md€ (2022-24). • Intérêts de la dette publique : 55 Md€/an en 2025 (x2 depuis 2021). • Retraites indexées sur l’inflation : dizaines de milliards. Voilà ce qui écrase le budget, pas trois secrétaires de plus aux urgences.
Et le fameux « administratif » ? • Dans l’hôpital : 29 % des effectifs (dont 11 % pure administration), ≈7 Md€ salaires + 4,7 Md€ sous-traitance. • Assurance maladie obligatoire (sécurité sociale) : 6,7 Md€ de frais de gestion. • Complémentaires santé (mutuelles, assureurs) : 8,3 Md€. • Mille-feuille collectivités : 7,5 Md€/an. La bureaucratie existe, mais surtout hors des murs hospitaliers.
Ce que disent les agences de notation : Fitch et S&P sanctionnent la trajectoire globale, pas l’hôpital.
Moralité : • Cesser de cibler l’hôpital comme cause unique. • S’attaquer au vrai surcoût : doublons Sécu/mutuelles, normes absurdes, dette mal pilotée. • Stabiliser la dépense santé avec objectifs clairs (accès, qualité, efficacité). Un pays qui fait de son hôpital un problème budgétaire a déjà oublié que sans lits ni soignants, il n’y a plus d’économie tout court.
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