Santé à deux vitesses : le coupe-file médical à 5 €
Sept patients devant vous. Temps d’attente estimé : entre 1 h 40 et 1 h 50. Puis une fenêtre apparaît sur l’écran : « Souhaitez-vous passer en priorité dans la file d’attente pour 5,00 € ? » Non, ce n’est pas une blague sur la privatisation de la santé. C’est une option proposée sur une borne de téléconsultation Tessan.

Faute de médecins disponibles, la sélection naturelle dispose désormais d’une option prioritaire à cinq euros.
Le message est parfaitement clair : le « service d’accès prioritaire » est proposé par Tessan Group et n’est remboursé ni par l’Assurance Maladie ni par la mutuelle. Le patient peut refuser. Il continuera simplement d’attendre dans la file normale. Celui qui accepte paie cinq euros pour réduire son délai.
La santé a désormais son coupe-file à 5 euros
Les bornes Tessan sont notamment installées dans des pharmacies. Elles permettent de consulter un médecin à distance et mettent à disposition plusieurs appareils connectés, comme un tensiomètre ou un thermomètre. L’entreprise revendique plus de 1 700 partenaires équipés, plus de 500 médecins engagés et plus de 3 500 patients pris en charge chaque jour. Sur son site, Tessan présente ce système comme une réponse aux difficultés d’accès à un médecin et aux déserts médicaux.
Le principe de la téléconsultation n’a rien d’illégal ni même d’exceptionnel. L’Assurance Maladie la reconnaît et la rembourse sous certaines conditions, comme une consultation médicale à distance. Le sujet ici est ailleurs : ces cinq euros ne paient pas un acte médical supplémentaire. Ils achètent une réduction du temps d’attente.
Et quand l’écran affiche déjà près de deux heures d’attente, l’option prend une tout autre saveur. On ne vous vend pas un café, un siège plus confortable ou une ordonnance imprimée sur papier de luxe. On vous propose de patienter moins longtemps avant d’accéder à un médecin.
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Tessan défend une option « entièrement facultative »
Les photos ne semblent pas correspondre à un cas isolé. Plusieurs avis récents publiés sur Trustpilot mentionnent la même proposition de paiement de 5 euros pour réduire l’attente. Des patients disent avoir découvert cette option au moment de rejoindre la file virtuelle, parfois après s’être vu annoncer plusieurs dizaines de minutes, voire davantage.
Tessan a répondu publiquement à ces critiques. L’entreprise insiste sur le caractère « entièrement facultatif » de l’option et affirme qu’elle « n’a pas vocation à conditionner l’accès aux soins ». Elle précise également que chaque patient est pris en charge avec le même niveau d’attention, qu’il ait payé ou non.
Personne ne dit le contraire. Le problème n’est pas la qualité théorique de la consultation une fois le médecin obtenu. Le problème, c’est le sas d’entrée : devant le même écran, avec la même attente annoncée, l’un peut payer pour raccourcir son délai, l’autre non.
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Le désert médical, mais avec option payante
L’ironie est d’autant plus grinçante que la téléconsultation est justement présentée par l’Assurance Maladie comme un outil destiné à faciliter l’accès aux soins, notamment dans les territoires où les médecins sont peu nombreux. Tessan revendique elle aussi cet objectif.
Nous voilà donc avec un système censé corriger la pénurie médicale qui reproduit, dès la salle d’attente virtuelle, une différence très concrète entre ceux qui sortent cinq euros et ceux qui restent dans la file classique.
Après les déserts médicaux, les urgences saturées et les mois nécessaires pour trouver certains spécialistes, voici donc la médecine à option. Le médecin reste le même, la consultation aussi. Mais pour l’attente, deux files sont proposées.
La santé à deux vitesses n’avait finalement besoin que d’un terminal de paiement.
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La société Tessan est en redressement judiciaire pour des dettes à l’URSSAF. Jordan Cohen a réduit les effectifs de sa société de 145 à 95 collaborateurs. Faire payer 5 euros pour être dirigé plus rapidement vers une téléconsultation malgré ce sous-effectif suffira-t-il à éviter la liquidation judiciaire ?
par Yoann
Source : Le Média en 4 4 2
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