Sanctions contre Xavier Moreau et Jacques Baud : chronique du fascisme déjà là

Arbitraire et bassesse contre le respect du droit.

Regis de Castelnau

déc. 17, 2025

Les mesures qui frappent Jacques Baud et Xavier Moreau sont marquées du plus parfait arbitraire. Ce qui est une des marques du fascisme. Qui toujours et partout criminalise l’expression de l’opposition à un pouvoir d’État illégitime. Défendre des idées, des opinions, avancer des analyses, qui ne sont pas celles des Macron, von der Leyen, Kallas et autres Barrot est frappé d’interdit.

Sur le fond, il n’est même pas nécessaire de justifier ou d’expliquer leurs positions, opinions et interventions. Ce serait déjà une capitulation. Tous les deux, à leur façon expriment des opinions. L’Union Européenne qui se transforme à marche forcée, non pas en État policier puisqu’elle n’est pas un État, mais en dictature policière supranationale, leur inflige des mesures attentatoires à leur liberté personnelle de citoyen. L’UE dispose d’une « personnalité morale » mais n’a aucune des prérogatives de souveraineté d’un État nation territorial. Elle entretient avec les nations qui la composent des rapports juridiques comportant des obligations contractuelles.

Par conséquent l’UE ne dispose que de prérogatives limitées de puissance publique. Avec ce système de « sanctions » personnelles elle s’arroge une fois de plus des compétences qui ne sont pas les siennes. Qui affectent directement les citoyens, d’un des états de l’UE avec Xavier Moreau, d’un État étranger à l’UE avec Jacques Baud. Mais de toute façon, les mesures prises contre ces personnes ne peuvent échapper au respect de leurs droits fondamentaux. En particulier celles qui impliquent des restrictions de libertés ou de coercition, qui nécessitent une mise en œuvre par les États.

S’agissant des libertés d’opinion et d’expression, les États de l’UE interviennent dans un cadre juridique contraignant lié soit à leur législation interne, soit à leurs engagements internationaux.

Il ne s’agit pas ici de détailler les prises de position respectives des deux personnes sanctionnées, mais de rappeler que les reproches qui leur sont faits sont exprimés des informations et des opinions, qui contredisent ou s’opposent à celles de certains gouvernements de l’Europe de l’Ouest. Stupidement qualifiées de « de propagande du Kremlin », elles relèvent donc évidemment du débat démocratique protégé par les dispositifs juridiques le garantissant.

Qu’en est-il pour la France ?

La liberté d’expression est protégée en France par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Et précisément son article 11 :
« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Cette formulation qui met l’accent sur la liberté de parole, d’écriture et d’impression, prévoit une limitation pour les abus définis par la loi. Qui interdisant la censure préalable, instaure un régime répressif a posteriori. Qui ne peut passer que par un juge judiciaire indépendant du pouvoir exécutif. Sauf à établir, poursuivre et obtenir la condamnation de Xavier Moreau et Jacques Baud pour des actes précis prévus par le code pénal, autres que l’expression de leurs opinions comme c’est cependant le cas, ils ne peuvent être soumis en France à aucune mesure attentatoire à leur liberté personnelle.

Le droit international opposable

Il y a tout d’abord Déclaration universelle des droits de l’homme (adoptée par l’ONU le 10 décembre 1948, après la Seconde Guerre mondiale) opposable à tous les états membres de l’ONU. Article 19 : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Ce texte élargit la liberté à l’opinion, à la recherche, à la réception et à la diffusion d’informations, sans limite frontalière. La DUDH est une déclaration d’idéaux, que les lois nationales ou les traités internationaux doivent respecter.

Comme le fait par exemple la Convention européenne des droits de l’homme (adoptée en 1950, entrée en vigueur en 1953) et ratifiée par la France et la Suisse. Article 10 : (Liberté d’expression) :

  1. Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières. Le présent article n’empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d’autorisations.
  2. L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire.

Cette convention de grande portée pratique, offre une protection détaillée, incluant outre la liberté d’expression d’opinions, mais également la réception d’informations. Les restrictions possibles des abus sont strictement encadrées et obéissent à l’exigence du contrôle a posteriori et de l’intervention du juge.

Les « sanctions » qui frappent Xavier Moreau Jacques Baud sont par conséquent radicalement contraires au droit interne français et aux engagements internationaux de tous les autres membres de l’UE. Sanctionnant la liberté d’expression et d’opinions par des mesures strictement administratives en dehors des règles prévues, elles sont de ce fait lourdement illégales. Ni imputation de faits précis, ni accusation dans les formes, ni procédure et débat contradictoire, ces mesures caractérisent un arbitraire piétinant une des plus importantes libertés fondamentales.

Jean-Noël Barrot, politicien halluciné qui déshonore quotidiennement la fonction de ministre des Affaires étrangères de la république française, jubilant que la demande macronienne de ces sanctions ait été acceptée, en assortit l’annonce, d’éructations à base d’injures et de diffamation.

Bassesse qui avec l’arbitraire, est aussi la marque de ce fascisme qui vient.

Avant de partir, merci de m’offrir un café.

Source : Regis de Castelneau

Criminalisés pour avoir cité un conseiller de Zelensky

L’UE sanctionne plusieurs personnes dont Jacques Baud et Xavier Moreau pour « propagande pro‑russe ». Gel des avoirs, interdiction d’entrée sur le territoire européen. BAM! a épluché le règlement publié hier au Journal officiel.

Le 15 décembre 2025, le Journal officiel de l’Union européenne a publié le Règlement d’exécution (UE) 2025/2572 du Conseil[1]. Parmi les nouveaux noms ajoutés à la liste des sanctions pour « activités déstabilisatrices » figure Jacques Baud. La formulation est sans ambiguïté :

Jacques Baud, ancien colonel de l’armée suisse et analyste stratégique, est régulièrement invité à des émissions de télévision et de radio pro‑russes. Il agit comme porte‑parole de la propagande pro‑russe et formule des théories du complot, en accusant par exemple l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion pour adhérer à l’OTAN. Par conséquent, Jacques Baud est responsable de mettre en œuvre ou de soutenir des actions ou des politiques imputables au gouvernement de la Fédération de Russie qui compromettent ou menacent la stabilité ou la sécurité d’un pays tiers (l’Ukraine) en recourant à la manipulation de l’information et à l’ingérence.

Depuis le 16 décembre, ces mesures sont effectives : gel des avoirs, interdiction d’entrée dans l’UE, blocage de toute ressource économique en provenance du territoire européen.

Quand citer devient un crime

Ce qui frappe dans ce texte officiel, c’est l’exemple choisi pour justifier la sanction : l’idée que l’Ukraine aurait « orchestré » des événements pour forcer son adhésion à l’OTAN. Or, comme nous l’avions déjà mis en lumière dans notre interview de décembre 2022, Jacques Baud ne fait que relayer une déclaration publique d’Oleksiy Arestovych, alors proche de Zelensky et futur conseiller présidentiel.

À partir de la 58e minute de cette entrevue accordée à BAM!, Baud explique comment l’escalade ukrainienne de février 2022 (intensification des frappes sur le Donbass, rapportée par l’OSCE avec plus de 2 000 violations enregistrées les 18‑20 février[2]) visait à rendre une réaction russe « presque obligatoire ». Il cite Arestovych pour illustrer la stratégie sous‑jacente : provoquer un conflit afin d’obtenir des sanctions massives contre Moscou et, in fine, affaiblir durablement la Russie.

L’UE qualifie cela de « théorie du complot ». Pourtant, l’interview d’Arestovych de 2019 existe toujours : il y affirme que « le prix pour rejoindre l’OTAN est une grande guerre avec la Russie » avec une probabilité de 99,9 %.

Bruxelles ne conteste pas l’existence de cette déclaration – elle la criminalise simplement parce qu’elle contredit la ligne officielle.

Cette décision révèle une réalité plus large : Bruxelles ne parvient plus à imposer son consensus par le débat seul. Quand des analyses basées sur des sources ukrainiennes et occidentales (Baud refuse systématiquement les médias russes) gagnent en audience, la réponse devient répressive.

« Je n’avais pas réalisé à quel point j’avais raison »

Les réactions immédiates confirment cette lecture. Jacques Baud lui‑même ironise : « Oui, j’ai été sanctionné pour « propagande russe ». Le fait que je n’utilise jamais de matériel russe pour mes livres, mais exclusivement des informations ukrainiennes et occidentales et que j’ai par conséquent refusé des invitations de médias russes, je reste quand même un « propagandiste russe » ! Comme je l’ai indiqué dans mes livres, mon travail ne porte pas sur qui est bon et qui est mauvais, mais sur la manière dont les médias reflètent mal les réalités sur le terrain. Je voulais montrer qu’on peut mieux comprendre le conflit même sans informations russes. L’idée est que la façon dont on comprend une crise définit la façon de la résoudre ! Je n’avais pas réalisé à quel point j’avais raison »

Xavier Moreau

Jacques Baud n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Dans la même liste figure Xavier Moreau, analyste français installé en Russie, directeur du centre d’analyses politico‑stratégiques Stratpol. Connu pour ses chroniques régulières et ses livres critiques de la politique occidentale en Ukraine, il est sanctionné pour des motifs similaires : diffusion présumée de « propagande pro‑russe » via ses interventions médiatiques. Comme pour Baud, aucune preuve de financement ou de coordination directe avec le Kremlin n’est avancée. Cette double inscription dans le même paquet de sanctions montre que l’UE cible désormais systématiquement les voix qui remettent en cause la position de l’UE sur le conflit, préférant l’exclusion administrative à la confrontation argumentée.

Xavier Moreau est un homme d’affaires, fondateur du site web Stratpol, et un ancien officier militaire. Il fait office de porte‑voix de la propagande pro‑russe et pro‑Kremlin et diffuse des théories du complot sur l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en accusant par exemple l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion pour adhérer à l’OTAN. Par conséquent, Xavier Moreau il est responsable de mettre en œuvre et de soutenir des actions ou des politiques imputables au gouvernement de la Fédération de Russie qui compromettent ou menacent la stabilité ou la sécurité d’un pays tiers (l’Ukraine) en recourant à la manipulation de l’information et à l’ingérence.

Indignations

Des observateurs comme Alfred de Zayas parlent d’« effondrement civilisationnel », Moon of Alabama d’une tentative d’« éliminer les sources d’information alternatives ». Sur X, l’indignation monte, avec des voix de tous horizons dénonçant une dérive orwellienne.

Cette publication au Journal officiel s’inscrit dans un contexte où les divergences nationales éclatent au grand jour (résistance belge sur Euroclear, réticences de la Hongrie et de l’Italie, fatigue économique visible dans les sondages). Plutôt que d’adapter sa ligne, Bruxelles choisit l’escalade répressive, ciblant des experts européens respectés, sans preuve de collusion ni procédure judiciaire.

Faute de convaincre

En sanctionnant Xavier Moreau et Jacques Baud, l’UE ne protège pas les « valeurs européennes » — elle expose sa propre fébrilité. Quand une position doit être défendue par le gel d’avoirs et l’interdiction de territoire, c’est qu’elle repose davantage sur l’appropriation du discours que sur la solidité des faits.

Marcan pour BAM!

[1] DÉCISION (PESC) 2025/2572 DU CONSEIL

[2] OSCE Special Monitoring Mission to Ukraine (SMM) Daily Report 40/2022 issued on 21 February 2022

Source : BAM News

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