Qu’est-ce que le sionisme ? Définition, origines et histoire
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Le sionisme se définit comme un mouvement politique et nationaliste, mais aussi intellectuel et culturel, dont l’objectif est de fonder un territoire souverain pour le peuple juif en diaspora. Le sionisme est né au cours du xixe siècle, dans le sillage des Lumières juives, de l’affirmation des nationalismes et de l’émancipation politique des Juifs dans certains pays d’Europe. Il se développe dans un contexte de montée de l’antisémitisme en Europe, comme en témoigne l’Affaire Dreyfus en France ou la multiplication des pogroms dans l’Empire russe. En 1896, le journaliste hongrois Theodor Herzl (1860-1904) publie son ouvrage L’État des Juifs (Der Judenstaat), considéré comme l’un des écrits fondateurs de l’idéologie sioniste. Un an plus tard à Bâle, le 29 août 1897, il fonde avec l’aide de Max Nordau (1849-1923), un médecin autrichien, l’Organisation sioniste. Elle rassemble 196 délégués juifs venus de seize pays.

Ill. 1 : Theodor Herzl s’adressant aux délégués du second congrès sioniste à Bâle en 1898. Source : The Pritzker Family National Photography Collection, The National Library of Israel

Ill. 2 : Carte postale représentant Theodor Herzl faisant face à une carte de la Palestine, premier quart du XXe siècle. Source : Musée d’art et d’histoire du judaïsme
Ill. 3 : Portrait de Vladimir Jabotinsky au congrès du parti du Likoud en 1993. Source : Dan Hadani Collection, The Pritzker Family National Photography Collection, The National Library of Israel
Sommaire
- Les origines du sionisme : le nationalisme juif au XIXe siècle
- La structuration politique du sionisme autour de l’Organisation sioniste
- Document. Un sionisme pluriel : le parti révisionniste de Vladimir Jabotinsky et la morale de la « Muraille de fer » (1933)
Les origines du sionisme : le nationalisme juif au XIXe siècle
Le mot « sionisme » n’apparaît pas pour la première fois sous la plume de Herzl. Le néologisme « Zionismus », constitué de « Sion », terme qui fait référence à la colline où la Jérusalem originelle fut bâtie, et du suffixe « -isme », est formulé par le journaliste autrichien Nathan Birnbaum (1864-1937) en 1890. L’idée sioniste préexiste au mot lui-même et à l’organisation fondée par Herzl.
Depuis le milieu du XVIIIe siècle en effet, le judaïsme européen est traversé par un mouvement intellectuel qui interroge sa place dans les sociétés européennes : la Haskalah, les Lumières juives. La Haskalah participe notamment à une sécularisation du judaïsme, à une modernisation de la culture et de l’identité juive ainsi que de la langue hébraïque. Deux tendances émergent dans son sillage au XIXe siècle : l’assimilation, soit l’idée que les Juifs peuvent devenir membres à part entière de la société dans laquelle ils vivent, et le nationalisme juif.
En 1861, dans le contexte de l’unification italienne, le philosophe socialiste allemand Moses Hess (1812-1875), lui-même Juif, publie un essai (Rome et Jérusalem. La dernière question des nationalités) qui témoigne de l’émergence des idées nationalistes juives parmi les intellectuels juifs européens. Il y affirme que les Juifs forment une nation à part entière et doivent créer un État. Moses Hess insiste sur la force de l’antisémitisme allemand : la constitution d’un foyer national juif apparaît comme une réponse à une impossible assimilation.
Deux décennies plus tard, Léon Pinsker (1821-1891), médecin de l’Empire russe, publie anonymement Auto-Émancipation ! Avertissement d’un Juif russe à ses frères (1882). Après avoir milité en faveur de l’assimilation des Juifs de Russie, il est bouleversé par les pogroms qui ont éclaté après l’assassinat du tsar Alexandre II (13 mars 1881). Dans son opuscule, il rejette l’idée d’assimilation des Juifs aux sociétés européennes et propose une solution territoriale. Il devient l’un des meneurs du jeune mouvement nationaliste juif des Amants de Sion. Ses membres promeuvent l’émigration vers la Palestine : en 1882, quelques dizaines de Juifs russes y partent, marquant ainsi le début de la colonisation juive dans ce territoire ottoman.
En fondant l’Organisation sioniste en 1897, Herzl donne une structure politique aux idées nationalistes juives nées au XIXe siècle. Lors du deuxième congrès sioniste, en août 1898 (Ill. 1), il affirme les ambitions nationalistes du mouvement.
La structuration politique du sionisme autour de l’Organisation sioniste
Herzl multiplie les démarches diplomatiques pour obtenir l’appui d’une grande puissance au projet territorial sioniste en Palestine. Il rencontre ainsi l’empereur allemand Guillaume II en 1898 et le sultan ottoman Abdülhamid II en 1901. Bien que la Palestine, l’antique terre d’Israël, soit au cœur du roman utopique Altneuland de Herzl (1902), le sionisme reste marqué à ses débuts par une indétermination territoriale. Par exemple, les sionistes envisagent l’Argentine, où des colonies agricoles juives ont été fondées dans les années 1890 par la Jewsih Colonization Association d’un philanthrope français, le baron Maurice de Hirsch (1831-1896). En août 1903, après les pogroms de Kichinev (Russie), les sionistes se divisent autour de la proposition britannique de colonisation de l’Ouganda. Le pays est présenté comme « ein Nachtasyl » (« un asile de nuit ») par Nordau, un lieu temporaire pour secourir les réfugiés juifs d’Europe de l’Est. Approuvé lors du 6e congrès sioniste, ce projet révèle l’échec diplomatique de Herzl pour la reconnaissance de la présence juive en Palestine ottomane. Cependant, pour bon nombre de délégués du congrès, le sionisme ne peut se réaliser hors de l’antique terre d’Israël. C’est ainsi que lors du congrès suivant, qui se tient après la mort de Herzl en 1904, le mouvement sioniste rejette le précédent projet et décide de s’ancrer territorialement en Palestine (Ill. 2).
Au sein de l’Organisation sioniste, au-delà du territoire d’implantation, différentes orientations s’opposent quant aux modalités et à la stratégie à mettre en œuvre pour réaliser le projet nationaliste juif. Pour Ahad Ha’Am (1856-1927), le sionisme est avant tout un mouvement culturel : la Palestine doit être un centre spirituel pour les Juifs. Certains sionistes, à l’instar d’Arthur Ruppin (1876-1943), sont partisans de la colonisation agricole en Palestine sans attendre l’appui d’une puissance étrangère tandis que d’autres, dont Herzl, cherchent à obtenir le soutien d’une grande puissance avant de mener une action concrète en Palestine. Dans les faits, l’Organisation sioniste mène de concert ces deux orientations : elle favorise l’immigration et l’achat de terre en Palestine, tout en continuant ses démarches diplomatiques auprès des grandes puissances.
À la fin de la Grande Guerre, le projet sioniste en Palestine est soutenu par la Grande-Bretagne par la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917. Celle-ci est intégrée à la charte du mandat confié par la Société des Nations en 1922. L’Organisation sioniste concentre alors ses efforts sur le développement du Yichouv, la communauté juive en Palestine.
Document. Un sionisme pluriel : le parti révisionniste de Vladimir Jabotinsky et la morale de la « Muraille de fer » (1933)
Durant le mandat britannique (1922-1948), différents courants politiques sionistes – tels que le sionisme socialiste, religieux ou général – s’expriment en Palestine à travers les institutions de gouvernement de la communauté juive, comme le Conseil national juif (Vaad Leumi). Les sionistes, menés principalement par Chaïm Weizmann (1874-1952) et David Ben Gourion (1886-1973) au travers de l’Organisation sioniste mondiale et de l’Agence juive, son organe exécutif en Palestine, défendent l’idée que leur projet territorial serait bénéfique pour la population arabe majoritaire dans le pays. De plus, ils n’affirment pas officiellement leur volonté d’établir un État juif avant 1942. Le sionisme socialiste, dominant durant le Mandat, valorise aussi la colonisation de la Palestine en promouvant l’idéal du pionnier juif, « régénéré » par le travail de la terre. Opposé à ce courant socialiste, un autre mouvement politique se constitue : le sionisme révisionniste. Créé en 1925 par Vladimir Jabotinsky (1880-1940) (Ill. 3), intellectuel juif russe, le parti révisionniste réclame un État juif qui s’étendrait sur les deux rives du Jourdain, une idée rejetée fermement par les Britanniques. Dans le texte suivant (1933), Jabotinsky revient sur un article qu’il a publié en 1923 et dans lequel il a développé l’idée d’une « muraille de fer » : selon lui, les Arabes n’accepteront jamais la création d’un État juif en Palestine, il faut donc ériger un mur mental contre toute opposition arabe en faisant de l’État juif un État indestructible.
« Premièrement : à ceux qui prétendent que le point de vue que j’exposais dans “La muraille de fer” était immoral, je réponds que c’est un mensonge. De deux choses l’une : soit le sionisme est un phénomène positif, du point de vue moral, soit il est un phénomène négatif. Mais cette question-là, nous aurions dû la résoudre avant de devenir sionistes. Le fait est que nous l’avons résolue, précisément en un sens positif, c’est-à-dire que nous avons pris conscience du fait que le sionisme est un phénomène moral qui a la justice pour lui. Or, si cette cause est juste, la justice doit triompher, sans que l’on soit tenu de prendre en compte l’accord ou le désaccord de qui que ce soit. […]
Admettons un instant l’opinion de ceux qui prétendent que la morale de la « muraille de fer » n’est pas morale. L’essentiel réside en notre action du peuplement du pays sans l’accord de la population locale. Tous les autres “ennuis” moraux découlent automatiquement et inéluctablement de cette donnée fondamentale. Dès lors que faut-il faire ?
La solution la plus simple serait de rechercher un autre territoire où s’établir, quelque chose qui serait comme l’Ouganda. Mais, si l’on y regarde de plus près, on retrouvera la même difficulté. En Ouganda également vit une population (de plus d’un million d’âmes) et comme tous les peuples autochtones de l’histoire de l’humanité – Blancs, Noirs, ou Rouges –, elle ne manquera pas de protester instinctivement ou par une prise de conscience claire contre cette tentative de transformer son Ouganda en État juif. Il est, du reste, parfaitement indifférent qu’il s’agisse, en ce cas, d’une population noire. Si s’établir sans le consentement des autochtones est immoral, ces critères moraux doivent s’appliquer, en toute équité, aux Noirs comme aux Blancs. On peut sans doute imaginer que les Noirs ne sont pas assez avancés pour songer à envoyer une délégation de protestation et d’opposition à Londres. Il se peut même qu’ils soient sans défense, comme des enfants. Du point de vue moral, cela ne fait que rendre les choses plus difficiles encore : si l’établissement dans un pays, contre la volonté des autochtones, doit être tenu pour une spoliation, ce serait, dans le cas des Noirs, un modèle exemplaire de la pire des spoliations. De sorte que l’Ouganda également est immoral. Est immoral l’établissement dans quelque pays que ce soit et quel que soit le nom que ce pays porte. Il y a longtemps que les îles désertes n’existent plus sur notre globe. Dans quelque oasis du désert que vous alliez, vous trouverez un indigène qui y réside depuis des temps immémoriaux et qui ne souhaite pas y voir s’établir une majorité d’étrangers, ni même un quelconque supplément de population étrangère.
Il en découle que s’il existe sur terre un peuple dénué de patrie, il lui est interdit de rêver à un foyer national, car ce rêve lui-même serait immoral ; une nation sans patrie doit rester éternellement sans patrie. Le monde a été partagé et on n’y reviendra plus. C’est ce que veut la morale.
En ce qui concerne notre cas particulier, il semble qu’il s’agisse là d’un cas de morale intéressant. On dit qu’il y a 15 à 16 millions de Juifs ; la moitié d’entre eux vivent une vie misérable, persécutés et sans foyer, à proprement parler. Le nombre des Arabes est d’environ 38 millions ; ils occupent le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Tripolitaine et la Cyrénaïque, l’Égypte, la Syrie, la Mésopotamie et la péninsule arabique, c’est-à-dire la superficie (déserts exclus) de la moitié de l’Europe. La densité de la population dans ces territoires est de 16 habitants au kilomètre carré. A titre de comparaison, on se souviendra que la densité de population en Sicile est de 352 habitants au kilomètre carré et en Grande-Bretagne de 669. En comparaison avec l’immense territoire occupé par les Arabes, la Palestine n’en est que la cent soixante-dixième partie. Il n’empêche, lorsque le peuple juif, privé de patrie, revendique pour lui-même la Palestine, c’est immoral, parce que les autochtones l’estiment incommode pour eux.
Ce genre de morale est bon pour les cannibales, pas pour les peuples civilisés. Le monde n’appartient pas exclusivement à Untel qui possède un territoire trop grand pour ses besoins, mais également à ceux qui ne possèdent rien. L’expropriation du territoire d’un peuple qui possède de grands domaines, pour y établir un foyer en faveur d’un peuple errant, est un acte de simple justice. Si le propriétaire s’y oppose (ce qui est parfaitement naturel), il faut l’obliger à accepter. Une vérité sacrée qui nécessite l’utilisation de la force pour être réalisée ne cesse pas moins d’une vérité sacrée. C’est sur cela que s’appuie notre position unique face à l’opposition arabe. Quant à un accord, nous n’en parlerons que lorsqu’ils accepteront d’en négocier un. »
Cité dans Denis Charbit, Sionismes, textes fondamentaux, Paris, Albin Michel, 1998, p. 537-556.
Ce texte éclaire l’idéologie suprémaciste et militariste de Jabotinsky : il donne à la création d’un État juif une justification morale supérieure à celle des revendications arabes. Il reconnaît l’opposition arabe, mais affirme qu’il ne faut pas négocier avec elle. Cette pensée, qui n’était pas dominante dans le mouvement sioniste durant le mandat, constitue le fondement de la droite israélienne et s’affirme progressivement après la création de l’État d’Israël en 1948.
Source : Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe
Témoignage fort de ce médecin français sur le sionisme
Il était sioniste et y croyait tellement qu’il a quitté la France pour s’installer en Israël. Il a tenu 3 ans. 3 ans de violences et de barbaries dont les premières victimes sont les israéliens de religion judaïque.
Ne confondez pas le judaïsme et le sionisme. Le premier est une religion, le second un cancer métastasé.

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