Quand la République se substitue aux parents et abandonne ses enfants

L’enfant-roi et l’enfant-oublié : quand la République se substitue aux parents… et abandonne les siens

Auteur(s) Xavier Azalbert, France-Soir Publié le 07 août 2026 – 20:00

Il était une fois un enfant de la République.

Promis à la protection, à l’école républicaine, à l’avenir radieux. Un enfant que l’État s’engageait solennellement à défendre contre toutes les menaces : la misère, la violence, l’ignorance, les prédateurs. Puis, au fil des décennies, cet enfant est devenu une variable d’ajustement. Tantôt roi, objet de toutes les attentions législatives. Tantôt oublié, collatéral d’une machine qui se substitue aux parents tout en échouant à protéger réellement.

Voici l’incroyable histoire des enfants de la République à l’été 2026.

En cette période de vacances scolaires, pendant que certains multiplient les séjours à la mer ou à la montagne, d’autres restent derrière les volets clos. Les chiffres sont implacables. Environ 4,2 millions de jeunes de 5 à 19 ans n’ont pas quitté leur domicile pour des vacances d’au moins quatre nuits. Dans certains milieux modestes, près de quatre enfants sur dix ne partent jamais. Pour des raisons purement financières, le taux de privation oscille autour de 11 %. La République vote des lois, organise des plans « vacances pour tous », multiplie les dispositifs d’aide… et laisse des millions d’enfants sans horizon d’été. On protège les apparences. On oublie les réalités.

Cette hypocrisie n’est pas nouvelle. Au XIXe siècle, les orphelinats et les institutions charitables promettaient déjà le salut tout en produisant souvent l’abandon organisé. Les enfants de la DDASS, plus tard, ont connu le même double discours : protection déclarative, oubli concret, maltraitances institutionnelles parfois. Aujourd’hui, Vincent Pavan, dans son ouvrage L’Aide Sociale à l’Enfance – Tome 1 : Généalogie d’un dispositif biopolitique totalitaire, dresse un réquisitoire sévère et documenté. Il décrit un système qui, sous couvert de protection, pratique parfois la « parentectomie » – le retrait de l’enfant à sa famille – avec une opacité institutionnelle, une présomption de culpabilité des parents et une violence normalisée. L’ASE, selon lui, n’est pas seulement un échec administratif. C’est un dispositif qui interroge une question fondamentale : à qui appartiennent les enfants ? À leurs parents ? À l’État ? À une machine qui se justifie elle-même en multipliant les placements tout en peinant à garantir la sécurité et l’affection ?

La République se substitue de plus en plus volontiers à l’autorité parentale. Elle interdit les réseaux sociaux aux moins de quinze ans. Elle veut savoir ce qui se passe à l’intérieur des foyers. Elle multiplie les contrôles, les signalements, les placements. Elle se présente comme le grand protecteur omniscient. Mais quand il s’agit de garantir le minimum – la sécurité dans les collèges et les lycées, la protection réelle des victimes de violences entre mineurs, des vacances pour les plus modestes, une justice équilibrée – elle découvre soudain ses limites. On vote des lois pour protéger les enfants… tant qu’ils ne coûtent rien et qu’ils ne dérangent pas l’ordre établi.

Le contraste est saisissant avec la justice des mineurs. Un adolescent auteur de violences répétées, de rackets ou d’agressions bénéficie souvent d’un régime d’exception : mesures éducatives, suivi, présomption qu’il faut « comprendre son parcours de vie ». La victime – souvent un autre enfant, parfois plus jeune, parfois plus fragile – reste dans l’ombre, avec ses cauchemars et ses absences scolaires. On protège le discours. On abandonne celui qui a subi. Rousseau écrivait que l’enfant naît bon et que c’est la société qui le corrompt. Aujourd’hui, on inverse presque la formule : la société refuse de regarder en face ce qu’elle a elle-même produit. Des mineurs déjà durs, déjà organisés, déjà capables de violence calculée. Et une République qui préfère l’idéologie de la réinsertion à la lucidité de la protection des victimes.

Et pendant que l’on débat de la protection des enfants, le Conseil constitutionnel a validé, le 6 août 2026, la création d’un « état d’alerte de sécurité nationale ». Saisis par plus de soixante députés inquiets, les Sages ont donné raison à l’exécutif. Désormais, le gouvernement pourra décréter cet état d’alerte sur tout ou partie du territoire dès qu’une « menace grave et actuelle » sera identifiée. Deux garde-fous formels ont été posés : la menace devra s’appuyer sur des « éléments matériels suffisamment caractérisés », et le décret pourra être attaqué devant le Conseil d’État.

Mais qu’est-ce que cela change pour les enfants de la République ? Rien. Ou plutôt si : cela fournit à l’État un outil supplémentaire, potentiellement lourd de conséquences, sans que la charge de la preuve des risques réels n’ait été véritablement exigée avec la même rigueur que celle demandée aux parents ordinaires. La République se dote de moyens exceptionnels pour se protéger elle-même. Elle se montre bien moins inventive et bien moins pressée quand il s’agit de protéger réellement ses enfants des violences, de l’abandon ou de l’opacité institutionnelle.

C’est ici qu’intervient une histoire contemporaine qui éclaire douloureusement le double standard. Emmanuel Macron a rencontré Brigitte Trogneux en 1993. Il avait quinze ans. Elle en avait trente-neuf. Elle était son enseignante de théâtre au lycée La Providence d’Amiens. Leur relation a commencé dans ce contexte d’autorité pédagogique. Pendant des années, cette réalité a été soigneusement lissée dans la construction de la « légende Macron ». Les médias dominants l’ont souvent présentée comme une belle histoire d’amour hors normes, une romance qui défia les conventions bourgeoises, un symbole de modernité. L’écart d’âge et le cadre enseignant-élève ont été minimisés, romantisés, relégués au second plan. Aujourd’hui, cette information pèse autrement dans la balance.

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À l’âge auquel Emmanuel Macron a rencontré sa future épouse, un adolescent n’aurait plus le droit, en 2026, d’utiliser les réseaux sociaux. La République a décidé de le « protéger » de ces écrans jugés dangereux. Mais qu’a-t-elle fait, à l’époque, pour protéger des adolescents de quatorze ans d’enseignants de trente-neuf ans placés en position d’autorité ? Certains professeurs sont aujourd’hui condamnés pour avoir engagé des relations avec des élèves mineurs. La loi existe. Elle est appliquée… sélectivement. Qu’est-ce que cela dit d’une justice à double standard ? Quand le même type de relation implique des anonymes, la machine judiciaire peut être sévère, rapide, exemplaire. Quand elle touche le sommet du pouvoir ou sa légende fondatrice, elle devient discrétion, oubli, ou réécriture romanesque. La République protège-t-elle vraiment les enfants… ou ses apparences et ses récits de pouvoir ?

On retrouve ici le fil rouge de l’opacité et des divisions que dénoncent certains observateurs : un pays des Lumières qui s’enfonce dans le silence sélectif, où certaines vérités sont autorisées et d’autres soigneusement étouffées. La protection de l’enfance devient alors un discours à géométrie variable. On multiplie les interdictions pour les mineurs ordinaires. On se substitue aux parents. On contrôle les foyers. Mais on échoue à garantir le plus élémentaire : la sécurité, la dignité, un minimum d’horizon, et une justice égale pour tous.

Les « apaches » de la Belle Époque, les bandes des années 1970-80, les enfants de troupe des guerres passées, les pensionnaires des institutions du XIXe siècle : chaque époque a eu ses jeunes sacrifiés ou instrumentalisés. Aucune n’avait autant de lois protectrices, autant de dispositifs, autant de discours solennels. Et autant d’impuissance concrète face aux réalités. On protège les apparences. On abandonne les réalités. On traite certains enfants comme des rois médiatiques et d’autres comme des marchandises jetables.

En cet été 2026, alors que certains enfants découvrent la mer pour la première fois et que d’autres restent derrière les volets clos, la question n’est plus seulement de savoir si la République protège ses enfants. La question est de savoir si elle protège ses enfants… ou ses apparences. Si elle se substitue aux parents par conviction pédagogique ou par volonté de contrôle. Si elle ose regarder en face les doubles standards qu’elle pratique, y compris dans les histoires fondatrices du pouvoir.

Protéger les enfants, ce n’est pas seulement voter des interdictions, placer des mineurs ou se substituer à l’autorité parentale. C’est oser rétablir l’autorité là où elle a disparu, garantir les moyens concrets (vacances, sécurité, justice équitable), juger avec la même rigueur quand certains deviennent bourreaux, et cesser de traiter les plus fragiles comme des variables d’ajustement. Sinon, la République continuera de multiplier les promesses sacrées tout en produisant des enfants oubliés.

Et Thémis, une fois de plus, restera les yeux à demi ouverts, le bandeau glissé, le balancier penché… toujours du même côté.

Source : France Soir

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