Présidentielle : Alain Juppé va-t-il se mettre les militaires à dos ?

Présidentielle : Alain Juppé va-t-il se mettre les militaires à dos ?

« Un militaire, c’est comme un ministre : ça ferme sa gueule ou ça s’en va ». Le maire de Bordeaux et candidat à l’élection présidentielle possède une image d’homme cassant, ne sachant pas arrondir les anges. Il vient encore de le prouver il y a quelques jours, devant les étudiants de Science Po Bordeaux, en évoquant le sort du général Bertrand Soubelet, qui vient d’être relevé de ses fonctions de commandant de la gendarmerie d’outre-Mer (CGOM) après avoir écrit un livre dans lequel il dresse un état des lieux alarmant du système judiciaire français.

La réplique des milieux militaires ne s’est pas fait attendre. Dans le journal Le Monde, le général Vincent Desportes a tenu à mettre les choses au clair : « Vous avez d’abord tort sur le fond. Non, les militaires n’ont pas « à la fermer » comme un ministre. La première loyauté d’un ministre au service d’une politique fluctuante, souvent politicienne, est envers son président. La première loyauté d’un militaire au service permanent de la nation, de ses intérêts et de ses valeurs, est envers la France. Structuré par l’éthique de conviction, il doit prendre la parole pour lui rester fidèle, plutôt que de la renier (…) Vous avez tort dans la forme, ensuite. Candidat à la présidence, vous devez le respect à ceux qui ont dédié leur vie à la protection de cette nation que vous souhaitez diriger. Votre réponse à l’emporte-pièce contredit le discernement attendu de celui qui vise la plus haute magistrature. Car qui, dans la société civile, détient les connaissances, expériences et compétences, acquises par l’étude et le terrain, des officiers supérieurs et généraux ? Pourquoi nos concitoyens ne seraient-ils pas informés par « ceux qui savent », comme dans les autres domaines de l’action publique ? ».

Au sein même des Républicains, la position du maire de Bordeaux est loin de faire l’unanimité. Ainsi, pour Bruno Beschizza, secrétaire national à la sécurité, «Il est inconcevable dans une démocratie moderne que des fonctionnaires ne puissent pas s’exprimer librement devant une commission parlementaire». Tout le contraire de ce que pense Alain Juppé.

Pour le général Jean-Marie Belmer, « Les militaires sont des citoyens respectables. Parmi eux, vous trouverez probablement des individus critiquables, mais vous ne trouverez pas de repris de justice ». La référence est claire et rappelle sa condamnation dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Celui-ci poursuit « Je ne me tromperai pas en disant que, comme toute la communauté militaire, ils auraient un haut le cœur à la simple idée de vous imaginer, dans un véhicule de commandement, passer les troupes en revue le 14 juillet 2017 ».

pierre-mathieu-duhamelComme le rappelle Jean-Dominique Merchet, journaliste français spécialisé dans les questions militaires, « Alain Juppé a un problème avec les militaires ». Celui-ci rappelle d’ailleurs qu’entre 2002 et 2006, « l’un des principaux conseillers d’Alain Juppé n’était autre Pierre-Mathieu Duhamel (…) L’homme a laissé un souvenir douloureux dans les états-majors pour sa pugnacité dans les homériques affrontements budgétaires entre Bercy et la Défense ». Cet énarque (photo avec Alain Juppé) est maintenant en charge de la coordination du programme économique du futur candidat à l’Elysée !

Selon une étude du CEVIPOF, le Centre de recherches politiques de Sciences Po, plus de 51% des gendarmes et militaires ont déposé un bulletin Front national dans l’urne en 2015.

Source : Infos Bordeaux

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