Pourquoi l’État français est-il assigné pour faute lourde dans l’affaire Epstein ?
Publié le 27/08/2026 à 11:50

L’AFP a appris, mercredi 26 août 2026, que l’ancienne mannequin suédoise Ebba Karlsson a assigné l’État français devant le tribunal judiciaire de Paris pour faute lourde. Le 29 juillet dernier, l’association « Innocence en danger » a engagé une procédure similaire. Toutes deux dénoncent la lenteur des investigations dans le volet français de l’affaire Jeffrey Epstein et mettent notamment en cause le traitement du dossier de Daniel Siad, rabatteur présumé du financier américain, retrouvé mort fin juillet. Visé par cinq plaintes, il n’avait jamais été entendu par les enquêteurs.
Daniel Siad a été retrouvé mort le 20 juillet dernier à son domicile de Colombes, dans les Hauts-de-Seine. La disparition de ce recruteur de mannequins, rabatteur présumé du prédateur sexuel américain, mentionné à environ 2 000 reprises dans les tentaculaires Epstein Files, met de fait un terme aux investigations le visant. Mais l’enquête du Parquet de Paris sur le volet français de l’affaire Epstein se poursuit.
« Une inaction fautive » pour Ebba Karlsson, qui accuse Daniel Siad de viol
Au début de l’année 2026, l’ex-mannequin suédoise Ebba Karlsson avait porté plainte à Paris pour viol, contre Daniel Siad. Selon la plainte de cette femme aujourd’hui âgée de 56 ans, Daniel Siad lui aurait proposé de venir en France en lui promettant de l’aider à développer sa carrière de mannequin. Elle l’accuse de l’avoir violée à Cannes en 1990, avant de l’avoir conduite auprès de Gérald Marie, ancien directeur de l’agence Elite, qu’elle met également en cause pour des faits de viol.
Ça tourne !
Malgré cette plainte, et quatre autres pour viol et traite d’êtres humains, Daniel Siad n’avait jamais été convoqué par les enquêteurs. « Il y avait l’opportunité de l’entendre, mais rien n’a été fait pendant des mois », a-t-elle déploré sur BFMTV, mi-août dernier, à l’annonce de la mort de celui qui contestait ces accusations. Ebba Karlsson avait auparavant annoncé sur RTL son intention d’assigner l’État français, expliquant vouloir « faire pression » pour que les investigations se poursuivent.
Cette assignation de l’État français par Ebba Karlsson, portée par ses avocats, William Bourdon et Colomba Grossi, a finalement été signifiée le 21 août, avec une première audience prévue courant 2027, selon les informations recueillies par l’Agence France-Presse (AFP), ce mercredi 26 août.
Les conseils de l’ancienne mannequin insistent sur l’absence de garde à vue et d’audition de Daniel Siad. Ils dénoncent « une inaction fautive du service public de la justice », demandent au tribunal de constater un « dysfonctionnement du service public de la justice » et de le juger constitutif d’ »une faute lourde », et réclament 50 000 euros au titre du « préjudice subi ».
« Daniel Siad faisait l’objet de techniques spéciales d’enquête et notamment d’écoutes téléphoniques, sans que celles-ci n’aient à ce jour apporté d’éléments justifiant qu’il soit procédé à son interpellation immédiate », a tenu à préciser Laure Beccuau, procureure de Paris, dans un communiqué publié après le décès du suspect.
« Un déni de justice » dont s’insurge une association de défense de mineurs victimes de violences sexuelles
Dans une procédure distincte, Innocence en danger (IED) a elle aussi assigné l’État français devant le tribunal judiciaire de Paris pour « déni de justice » dans le volet français de l’affaire Jeffrey Epstein.
Dans un communiqué publié sur le site d’IED le 29 juillet dernier, Homayra Sellier, présidente de cette association spécialisée dans l’accompagnement juridique et thérapeutique des enfants, adolescents et adultes victimes dans l’enfance de violences sexuelles, rappelle que « selon une jurisprudence française établie, des délais excessifs et injustifiés dans le traitement des procédures peuvent constituer un déni de justice et engager la responsabilité de l’État pour fonctionnement défectueux du service public de la justice ».
« À mesure que les victimes meurent, que les témoins disparaissent et que les dossiers prennent la poussière, l’État français ne peut pas prétendre qu’il s’agit d’une situation ordinaire : c’est un déni de justice manifeste », assène-t-elle.
Elle dénonce « une inertie manifeste, des délais excessifs et un manque de transparence dans l’enquête ouverte à Paris en août 2019, à la suite de ses propres signalements au procureur de la République concernant les liens français du réseau d’Epstein ». « L’appartement parisien d’Epstein, situé avenue Foch, n’a été perquisitionné que le 23 septembre 2019, soit cinq semaines après sa mort en détention aux États-Unis, un délai qu’Innocence en danger juge à la fois incompréhensible et profondément préoccupant », écrit-elle encore.
Jean Sannier, avocat d’IED, dénonce encore un « fonctionnement défectueux du service public de la justice », une « faute lourde » et un « déni de justice » dans le traitement du volet français de l’affaire Epstein et réclame 15 000 euros au titre de « dommages et intérêts ».
Innocence en danger déplore « dans le même temps » le décès de « plusieurs personnes susceptibles de présenter un intérêt pour les investigations ». Parmi eux, Daniel Siad, mais aussi Jean-Luc Brunel,l’ancien recruteur de mannequins et proche de Jeffrey Epstein, mort en détention en février 2022 après avoir été mis en examen pour viols sur mineures et harcèlement sexuel. Daniel Siad avait aussi déjà été cité dans une enquête pour viol visant Jean-Luc Brunel.
Après la publication de millions de documents liés à Jeffrey Epstein, les Epstein Files, le parquet de Paris avait annoncé, début 2026, la saisine de magistrats référents afin d’analyser d’éventuelles infractions liées à des Français et de procéder « à une réanalyse intégrale du dossier d’instruction » Brunel.
Source : Marie Claire
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