Pour le PM Slovaque, Robert Fico, un abandon du veto comme désiré par Ursula von der Leyen signifie “la fin de l’UE”
Auteur(s) M. A. Publié le 20 avril 2026 – 09:00

R. Fico
Dzhafarova AFP
Au lendemain de la défaite de Viktor Orbán en Hongrie, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen est revenue à la charge, appelant de nouveau à un abandon du droit de veto. Pour le Premier ministre slovaque, un tel scénario signifierait “le début de la fin de l’UE”.
“Je pense que le passage au vote à la majorité qualifiée en matière de politique étrangère est un moyen important d’éviter les blocages systémiques, comme nous l’avons vu dans le passé », a déclaré la présidente de l’exécutif au lendemain de l’annonce des résultats des législatives en Hongrie, en début de semaine dernière. « Et nous devrions profiter de l’élan actuel pour avancer sur ce sujet ».
“Le début de la fin de l’UE”
En septembre dernier, devant des eurodéputés à Strasbourg, le chef de l’exécutif européen avait déjà appelé à une telle réforme. “Je pense que nous devrions passer au vote à la majorité qualifiée dans certains domaines, par exemple en politique étrangère. Il est temps de nous libérer des carcans de l’unanimité », avait-elle alors plaidé.
Sous les mandats de Viktor Orbán, et particulièrement dans le dernier, la Hongrie a utilisé son veto ou sa menace de veto sur plusieurs dossiers majeurs. On peut citer l’aide financière à l’Ukraine, avec le blocage du paquet de 50 milliards d’euros à la fin de 2023, puis celui d’un prêt ou soutien de 90 milliards en 2026, ainsi que les sanctions contre la Russie, régulièrement menacées ou retardées par Budapest, y compris lors des renouvellements semestriels. Le désormais ex-Premier ministre hongrois a aussi pesé sur l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’Ukraine, sur les questions de migration et de financement européen, des initiatives qui ne correspondent pas à l’interprétation par Budapest du conflit ukrainien ni de la question de souveraineté.
Le débat sur un abandon du droit de veto a en réalité fait surface il y a quelques années. Actuellement, les traités de l’UE exigent l’unanimité sur les questions clés liées à la souveraineté afin de protéger tous les États membres. Ce droit de veto est un instrument fort pour les “petits” États membres qui peuvent alors faire entendre leurs voix.
Il existe déjà de larges pans de décision européenne où il n’y a pas de veto parce que les traités prévoient la majorité qualifiée. Des exemples récents montrent aussi qu’un accord comme le Mercosur ou les textes du nouveau pacte sur la migration et l’asile ont pu être adoptés à la majorité qualifiée.
Mais les déclarations et le projet d’Ursula von der Leyen suscitent quelques oppositions. À commencer par le Premier ministre slovaque, Robert Fico. “Supprimer le droit de veto signifierait le début de la fin de l’UE, le début de la fin de cette organisation internationale essentielle, ce que nous ne souhaitons pas. Quiconque avance de telles propositions démontre simplement son incapacité à trouver des compromis”, a-t-il déclaré aux journalistes de l’agence russe TASS.
“Alors pourquoi être là ?”, s’interroge Fico
Il évoquait cette question durant une conférence pendant laquelle il a affirmé sa volonté de contester les règles européennes voulant supprimer progressivement le pétrole et le gaz russes, car celles-ci contournent justement le principe de l’unanimité et risqueraient de priver des États de sources d’approvisionnement.
“Ce qui nous préoccupe le plus dans le cadre de ce règlement, c’est la manière dont il a été adopté. Cette décision devait être adoptée à l’unanimité. Je le répète, à l’unanimité, a-t-il ajouté, dénonçant une “une violation flagrante de tous les principes sur lesquels reposent les traités de l’UE […] On ne peut pas retirer le droit de veto aux États membres et adopter une décision à la majorité qualifiée”.
Le PM slovaque estime que l’avenir de l’Union européenne “ne s’annonce pas rose”, le continent étant “en pleine crise”, exhortant le bloc à se pencher sur “le fonctionnement du vote à la majorité qualifiée”. “Je n’ai pas été très surpris lorsque j’ai pris connaissance des déclarations de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui, immédiatement après l’annonce des résultats des élections en Hongrie, a relancé la question de la suppression du droit de veto en matière de politique étrangère”, poursuit-il.
“Cela signifie que lorsque les 27 États membres se réunissent au Conseil, […] les grands pays disent aux petits : “Voici comment les choses se passeront”. Alors pourquoi devrions-nous même être là ? La suppression du droit de veto marque le début de la fin de l’Union européenne”, a-t-il réaffirmé.
Des pays comme l’Allemagne et la France plaident déjà en faveur du vote à la majorité qualifiée dans les domaines des affaires étrangères et de la sécurité. En 2023, Berlin a d’ailleurs lancé le « Groupe d’amis du vote à la majorité qualifiée en politique étrangère et de sécurité commune ». Une initiative qui réunissait des pays comme la Belgique, la Finlande, la France, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Slovénie et l’Espagne. Toutefois, l’initiative n’a pas abouti.
Outre Fico, le Polonais Donald Tusk rappelle lui aussi que le principe d’unanimité a par le passé notamment permis aux petits et moyens États de défendre leurs intérêts. “Je crois plutôt que l’Union européenne devrait retrouver confiance en sa force, non pas en multipliant les réglementations et en imposant une coopération, mais en définissant l’intérêt commun”, a-t-il estimé.
Source : France Soir
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