Police : le grand malaise des services d’investigation

Une enquête réalisée par le syndicat Alliance montre des policiers débordés et inquiets de la dérive bureaucratique de leur métier.

Le syndicat Alliance, majoritaire chez les gardiens de la paix et les gradés de la police nationale a mené une enquête auprès de ses membres : 70 % des fonctionnaires de police expliquent ne plus pouvoir faire face à leur charge de travail. 

« Cela fait 30 ans que je suis dans la police, je suis entré par vocation et j’ai eu plaisir à filocher, planquer même les nuits. Aujourd’hui, je ne fais aucune planque. Je n’ai plus de tonton et je fais de la police depuis mon bureau. » Cette citation a été placée en exergue de la minutieuse enquête menée par le syndicat Alliance sur les services d’investigation de police judiciaire. Ce travail du syndicat majoritaire chez les gardiens de la paix et les gradés mené pendant trois mois en dit long sur l’évolution du travail d’enquêteur vers sa bureaucratisation.

On y apprend que près de 70 % des fonctionnaires de police expliquent ne plus pouvoir faire face à leur charge de travail, tous services confondus. Seule la police aux frontières tire son épingle du jeu. Les services de police croulent sous les saisines du parquet « en raison d’un nombre considérable de dossiers qui engorgent ces services pour un résultat vain ». « Un sentiment de lassitude émerge chez nos collègues », a tenu à préciser David-Olivier Reverdy, le rapporteur d’Alliance, au cours d’une conférence de presse ce matin pour décortiquer les réponses.

Si les relations entre les hiérarchies policière et judiciaire sont fréquentes, dans les strates inférieures, les policiers se plaignent du manque de relais au sein de la justice. Pis encore, 68 % des gardiens et des gradés interrogés ne se sentent pas soutenus par leur hiérarchie. En sécurité publique – la police du quotidien –, ce chiffre monte à 85 %.

Défiance

De même, sur la question de la formation, plus de 55 % des sondés estiment qu’ils sont mal formés ou qu’ils bénéficient d’une formation inadaptée. « Ce sentiment est renforcé par le e-learning qui tend à devenir le principe de formation ». Ainsi que l’indique le rapport, « une police non formée est une police et une population en danger ».

Les multiples réformes de la procédure pénale sont vécues comme autant d’obstacles par les enquêteurs. La loi du 3 juin 2016 est vivement critiquée, car, contrairement à ce qu’elle indiquait, elle n’améliore absolument pas l’efficacité du travail des enquêteurs. En cause, l’alourdissement de la procédure. En multipliant les obligations lors de la garde à vue – ressenties comme autant de défiance institutionnelle à l’encontre de la police – , elle a considérablement réduit le temps dévolu aux auditions des suspects. Résultat : 86 % des répondants jugent cette loi inefficace. « Elle cristallise le ras-le-bol des services d’investigation », peut-on même lire dans le rapport d’Alliance.

L’organisation syndicale propose des pistes de solution. En ce qui concerne la garde à vue, la faire passer de 24 à 48 heures. Le rapport suggère aussi que des enquêtes menées par des services administratifs avec des pouvoirs d’enquête élargis, comme l’Urssaf ou la CAF, puissent être directement transmises au parquet sans repasser par la case police qui recommence des investigations déjà réalisées. 77 % des policiers interrogés plébiscitent cette solution.

Source : Le Point

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