Police, Gendarmerie : mensonge au recrutement, démissions

Démissions dans la police : transformer le malaise en rapport de force collectif

30.12.2025

Démissions dans la police : l’enquête du Monde révèle un malaise structurel. Un enjeu syndical majeur à l’approche des élections professionnelles 2026.

Les démissions dans la police, mises en lumière par une enquête récente du Monde, ne relèvent pas de trajectoires individuelles isolées. Elles révèlent un malaise profond et durable au sein des forces de sécurité intérieure. À l’approche des élections professionnelles de 2026, cette réalité pose une question syndicale centrale.


Une enquête qui donne la parole à ceux qui partent

L’enquête du Monde donne la parole à des policiers et des gendarmes qui ont quitté l’institution après parfois de longues années de service. Les témoignages se recoupent : harcèlement moral, culture du silence, management autoritaire, isolement de celles et ceux qui dénoncent des dysfonctionnements, perte progressive du sens du métier.

« Quand on dénonce un problème dans la police, on devient le problème. »

Cette phrase résume une expérience largement partagée : celle d’une institution qui peine à entendre sa propre critique interne et à protéger celles et ceux qui exercent leur métier avec exigence.

Des départs confirmés par les constats institutionnels

Cette réalité ne repose pas uniquement sur des témoignages. La Cour des comptes observe une augmentation nette des départs dans la police nationale sur la période récente et souligne des difficultés persistantes de fidélisation des personnels.

Un phénomène structurel

Les départs ne concernent pas uniquement les fins de carrière. Ils touchent aussi des agents expérimentés, des cadres intermédiaires et des personnels qualifiés, souvent investis dans leur métier et attachés au service public.

L’isolement comme fait politique

Pour les gendarmes, l’isolement est structurel. Le statut militaire interdit le syndicalisme et limite l’existence de contre-pouvoirs collectifs organisés.

Pour les policiers, la situation est différente. Le droit syndical existe. Les élections professionnelles existent. Des choix collectifs existent.

Pourtant, lorsque le malaise devient trop fort, la réponse reste majoritairement individuelle : partir, se reconvertir, démissionner.

Démissionner n’est pas une faute individuelle

Aucun jugement moral ne peut être porté sur celles et ceux qui quittent l’institution. Les témoignages montrent au contraire des agents profondément attachés à leur métier, à l’État de droit et au service public.

Mais politiquement, ces départs traduisent un échec collectif : l’incapacité à transformer une souffrance largement partagée en rapport de force organisé, capable de faire reculer les dérives managériales et de redonner du sens au travail.

Un constat syndical

Lorsque les contre-pouvoirs s’affaiblissent, le silence s’installe. Lorsque le silence domine, la sortie individuelle devient la seule issue visible. Ce mécanisme n’est ni naturel ni inévitable : il est le produit de choix collectifs.

2026 : un rendez-vous syndical décisif

Les élections professionnelles de fin 2026 ne constituent pas un simple rendez-vous administratif. Elles déterminent la nature du syndicalisme majoritaire, la capacité à défendre réellement les agents, et l’existence — ou non — de contre-pouvoirs internes effectifs.

Ce que révèlent l’enquête du Monde et les constats de la Cour des comptes, c’est que l’évitement durable du conflit collectif a un coût humain, professionnel et démocratique.

Transformer le malaise en rapport de force collectif

Face à la résignation et aux sorties individuelles, une autre voie existe : reconstruire des collectifs, assumer le rapport de force, défendre les agents et le service public de la sécurité.

Les élections professionnelles de 2026 seront un moment de vérité. Elles diront si nous acceptons que la souffrance reste individuelle, ou si nous faisons le choix de transformer le malaise en rapport de force collectif.

Crédit image : Pexels (image libre de droits).

Source : Intérieur-cgt.fr

Qui donne les ordres ? Les policiers et gendarmes sont-ils les seuls responsables ?

Quelle doctrine d’emploi de la police et de la gendarmerie dans le cadre du maintien de l’ordre ?

Publié le 18 février 2020 à 19:30 Mise à jour le 4 novembre 2024

Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, 860 signalements réalisés auprès de l’IGPN pour violences de la part d’agents dépositaires de l’autorité publique, 2 décès, plus de 1 700 blessés, parmi lesquels une cinquantaine de lycéens et mineurs, ainsi que 115 journalistes, 315 blessures à la tête, 24 éborgnés, 5 mains arrachées ; des militants pratiquant la désobéissance civile arrosés de gaz lacrymogènes à moins d’un mètre de distance. Sans oublier le jeune Marseillais qui, pas plus tard que la semaine dernière, a trouvé la mort à la suite de coups infligés par des policiers de la BAC. Et tout cela pour maintenir l’ordre et pour le bien de nos concitoyens.

Mais qui donne les ordres ? Les policiers et gendarmes sont-ils les seuls responsables de ce que tant d’observateurs dénoncent ?

Les « gilets jaunes », comme les participants aux mouvements sociaux de ces dernières années, ont beaucoup d’histoires de violences à raconter. Des violences que, par ailleurs, des instances internationales dénoncent régulièrement. Le pire est qu’elles restent, dans la majorité des cas, impunies, parce que leurs auteurs sont difficiles à identifier.

La doctrine de maintien de l’ordre d’un État reflète son projet de société. Le vôtre, monsieur le secrétaire d’État, est autoritaire – oui, autoritaire.

En Europe, nous sommes le seul État, avec la Grèce et la Pologne, à utiliser encore contre des manifestants des lanceurs de balles destinés à l’origine à des contextes de guérilla urbaine. Pourtant, nos voisins aussi font face à des violences citoyennes, notamment l’Allemagne, où des néonazis s’infiltrent dans les cortèges, et la Grande-Bretagne, où les mouvements de skinheads prolifèrent – sans compter les Black Blocs un peu partout.

En Allemagne, la doctrine de la désescalade a été adoptée afin d’éviter les violences inutiles ; ainsi les forces de l’ordre agissent-elles en amont, afin de prévenir toute atteinte à l’ordre public. Chez nous, dans une situation analogue, les forces de l’ordre préfèrent laisser les Black Blocs et autres minorités violentes agir dans les cortèges, n’intervenant qu’une fois les méfaits commis. S’ensuit alors une répression généralisée, sans distinction aucune entre les manifestants pacifiques et légitimes et les casseurs ayant commis des actes répréhensibles.

Comment cette doctrine s’est-elle installée ? De fait, les forces de l’ordre ne l’appliquent pas sans en avoir reçu la consigne de leur hiérarchie.

En termes d’arsenal, alors que nous utilisons des armes susceptibles de blesser nos concitoyens, les Allemands se limitent à des dispositifs permettant de garder les foules à distance. Au contraire, depuis bien longtemps, nos forces de l’ordre privilégient le corps-à-corps et le nassage des cortèges, créant de fait une promiscuité oppressante susceptible d’engendrer l’escalade de la brutalité entre manifestants et policiers.

Derrière les chiffres impersonnels des violences policières, il y a des individualités, des vies : celles de manifestants venus battre le pavé pour leurs convictions ; celles de journalistes venus couvrir les cortèges afin d’informer nos concitoyennes et nos concitoyens ; celles, même, de passants, blessés pour avoir été présents au mauvais endroit, au mauvais moment. Nombre d’entre eux ne sont que d’innocentes victimes collatérales d’une doctrine de maintien de l’ordre qui a échoué ne serait-ce qu’à assurer les conditions d’une relative paix sociale.

Prenons aussi en considération le fait que, pour ces raisons, le désamour de la population à l’endroit des forces de l’ordre va crescendo, ce qui risque à terme de mettre leur autorité à mal et de produire davantage de violence.

Il est grand temps de nous réinventer, de bannir les armes sublétales de nos arsenaux de maintien de l’ordre, comme a pu le demander le groupe CRCE l’an passé, d’enseigner les stratégies de désescalade à nos policiers et gendarmes, de renouer un dialogue constructif entre manifestants et forces de l’ordre, sur le modèle de ce que font les peace units aux Pays-Bas ou les « officiers de dialogue » en Suède. Pour y arriver, il est surtout indispensable que l’État, le ministère de l’intérieur et les préfets fassent évoluer leur doctrine du maintien de l’ordre en renonçant au tout répressif.

Vous le devez à tous ces blessés, touchés dans leur corps. Nous le devons à Malik Oussekine, à Rémi Fraisse, à Steve Maia Caniço, à toutes ces victimes que nous déplorons depuis des décennies. Il est urgent de tirer les leçons de ces drames.

Source : Senateurscrce

Note de la rédaction de Profession-Gendarme :

Ce n’est pas la première fois que PG publie des articles concernant les démissions massives de Policiers et Gendarmes. Nous vous invitons à lire l’une de nos dernières publications sur le sujet ici : Démissions parmi les FDO

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( Cliquez sur l’image pour lire l’article )

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