Polar. Gendarme le jour, écrivain la nuit

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Le capitaine Bruno L’Her, commandant de la brigade de gendarmerie d’Auray, est l’auteur de six romans pour adultes et deux romans jeunesse.

Les nuits du capitaine Bruno L’Her, commandant de la brigade de gendarmerie d’Auray (56), sont (presque) aussi denses que ses journées. L’officier de police judiciaire y troque son képi pour une jolie plume. Qu’est-ce qui a poussé le gendarme, toujours en activité, à se tourner vers l’écriture de polars ? L’enquête est en cours…

D’anciens enquêteurs qui, à la retraite, se découvrent une passion pour le roman et remodèlent la glaise d’événements passés pour en faire la matière de leurs récits, ce n’est pas une première. Mais un gendarme, responsable d’une brigade de 33 militaires, qui produit, avec une régularité de coucou suisse, des romans bien ficelés, sans lien avec des faits réels, c’est beaucoup plus rare. Sans ciller sous le feu des questions, le capitaine Bruno L’Her a accepté de passer aux aveux. Rien à cacher. Même dans la signature de ses livres, pour laquelle il n’adopte aucun pseudo. « Il y a une raison à cela, tout est lié… ». Un premier indice.

Un jeu en famille

Avant de comprendre la structure, il faut revenir aux fondations. Déjà, la gendarmerie… On imagine un jeune homme qui se destinerait à l’uniforme comme on reçoit un legs familial. Fausse piste. « Non, mon père était artisan plâtrier, et je me voyais plus dans l’enseignement. Mais c’est un peu grâce à lui que j’ai pris cette voie. Mon père s’était fait voler sa camionnette. Quand des gendarmes ont appelé pour annoncer qu’elle avait été retrouvée, je l’ai accompagné. Mais le seul témoin parlait anglais et les gendarmes ne maîtrisant pas la langue, j’ai donc dû poser les questions. J’ai eu le sentiment d’enquêter, cela m’a plu ». Ok, mais alors, l’écriture ? Un jeune Bruno bercé par les écrits de romanciers dès la tendre enfance ? Trop facile, là aussi. « Non, j’aime lire, certes, mais plus encore écrire. Plus jeune, j’écrivais des choses qui, après relecture, étaient manifestement destinées à rester au fond d’un tiroir », répond le Quimpérois d’origine, expatrié à Paris lors de ses premières années de gendarmerie, avant de revenir, avec joie, dans le Morbihan. Tout cela ne nous fait guère avancer. Jusqu’au point de bascule, qui se situe un après-midi pluvieux de juillet 2002 : « Mes enfants commençaient à tourner en rond à la maison. On s’est lancé dans un petit jeu : créer un bout d’histoire et le compléter chacun à son tour. Rapidement, je me suis retrouvé seul à noircir une page et j’ai donc repris l’écriture, pour ne plus la quitter ». Les premiers mots de ce qui sera finalement son second roman, « Les condamnés du silence », sont posés en famille. Et on commence à comprendre…

Double finaliste du Quai des Orfèvres

La nuit venue, dans le silence inspirant de sa demeure, Bruno L’Her tisse des écheveaux d’intrigues. Partant du principe « qu’on ne peut bien écrire que sur ce que l’on connaît bien », il invite un gendarme nommé Anselin Garnéro et son équipier Jean-Jacques Cavalli à les démêler. L’expérience du terrain imprègne les pages d’un récit qui colle à la réalité, avec un souci du détail qui relève de la déformation professionnelle.

« Tout peut être vérifié. Je passe énormément de temps à me documenter et à vérifier mes informations, mais je n’écris pas sur des faits observés ou des personnes rencontrées. Vous ne trouverez jamais la possibilité de faire le lien avec des affaires existantes. Je conserve par ailleurs une forme d’autocensure, car la réalité est souvent plus crue… ». Chez l’écrivain, un personnage peut ainsi être « l’addition de plusieurs caractères ». Comme le gendarme Garnéro. « Je me suis dit : ” Bon sang, la gendarmerie n’est jamais mise en avant dans le polar français ” ». « Le sang de la vengeance » et « Meurtre pour l’impunité », deux de ses romans, réparent cette injustice. C’est pourtant un autre tapuscrit qui va convaincre Bruno L’Her d’avancer avec plus de certitude. « Quand vous écrivez et que vous n’avez aucune formation littéraire, c’est compliqué. J’étais incapable de dire si j’écrivais correctement. Cela me titillait de savoir. J’ai trouvé une solution : le concours du prix du Quai des Orfèvres. Les textes y sont envoyés de façon anonyme ». « Une amertume empoisonnée » est du goût du jury et arrive en finale, en 2006. Un an après, il récidive avec « La résurrection de l’ange », qui le hisse une nouvelle fois parmi les six meilleures productions. « C’était un indicateur pour moi. Cela m’a permis d’être remarqué par mon éditeur ». Cinq des six ouvrages adultes de Bruno L’Her sont aujourd’hui publiés ou réédités chez Noir’édition (*). « Finalement, ça ne devait pas être trop mal. Cela a permis de présenter certains de mes livres dans les bibliothèques », sourit le gendarme, pétri d’humilité, et mû par une bonne raison. On y vient enfin…

Au nom du fils

La clé de l’énigme se trouve dans son cocon familial et dans le regard porté à l’aîné de ses trois enfants. « Si je garde mon nom pour l’écriture, c’est avant tout afin que mon fils, porteur de la trisomie 21, puisse recevoir mes livres dans la bibliothèque de Vannes dans laquelle il travaille ». Avant l’écrivain, avant le gendarme, il y avait un père. Jeune et pas préparé à la suite. « Quand on découvre, à 20 ans, qu’on est le papa d’un enfant atteint de trisomie, ça remue beaucoup de choses. Mais ça a surtout renforcé notre conviction d’être parents. Dans mon histoire de vie, dans notre parcours avec mon épouse, il y a un point central : que tout soit fait pour que mon fils ait la meilleure vie possible ». Un garçon qu’on imagine fier de son enquêteur-écrivain de papa. * En octobre prochain, sortira la suite du polar d’anticipation « Les Chevaux de Troie » : « Les lendemains de Troie ». Deux romans jeunesse, dans une édition lancée l’an passé, sont également disponibles sous forme de petits polars bilingues anglais/français, « sur des sujets de société comme l’isolement des personnes âgées ». Le prochain est prévu fin mars.

Source : Le Télégramme

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