Malgré les milliers de retraités dans la rue, Emmanuel Macron n’a «pas senti de colère»

VIDÉO – À l’appel de neuf organisations nationales, les retraités ont défilé ce jeudi pour protester notamment contre la hausse de la CSG. Les personnels des Ehpad et services à domicile, qui ont appelé à la grève pour ce même jour, ont manifesté aussi dans plusieurs villes de France.

Après deux jours en Touraine et plusieurs bains de foule, Emmanuel Macron a déclaré ce jeudi qu’il n’avait «pas senti de colère», mais qu’il fallait «expliquer» les réformes. Pourtant, les personnes âgées étaient partout dans les rues de l’Hexagone ce jeudi, à Marseille, Tours, Caen, Reims, Lille… Neuf syndicats et organisations nationales, dont la CGT, FO, la CFTC et Solidaires, avaient appelé à manifester pour défendre le pouvoir d’achat des retraités. Après le rassemblement de septembre dernier, entre 39.000 et 68.000 retraités, selon un décompte effectué par l’AFP, ont défilé à nouveau dans plusieurs villes de province pour protester contre la hausse de la CSG sans compensation et la dévalorisation de leurs pensions. Parti dans l’après-midi de Montparnasse à Invalides, le défilé parisien rassemblait plusieurs milliers de personnes.

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«Comment un gouvernement peut-il ignorer un quart de ses citoyens?», s’est interrogé Olivier Joucher (CGT) lors d’un point presse de l’intersyndicale (UCR-CGT, UCR-FO, UNAR-CFTC, UNIR CFE-CGC, FSU-Retraités, Solidaires, FGR, LSR et UNRPA). «On est ponctionné assez durement» après des années à cotiser, s’est insurgé à Lille Fabrice Danon, 65 ans, retraité de l’enseignement, privé de «400 euros par an». «La pension du retraité n’est pas une allocation sociale ni une variable d’ajustement mais un droit acquis par le travail», a défendu l’intersyndicale dans un appel publié en amont de cette journée de mobilisation.

«Nos retraités, je les respecte et j’ai envie qu’ils soient bien dans notre société, mais je suis aussi responsable de l’ensemble de la Nation, et si on veut que les retraites soient payées, ce sont les actifs qui les paient», a fait valoir Emmanuel Macron. «Il faut remettre la France dans le travail, par la réforme du marché du travail, de l’apprentissage mais aussi par ce transfert que nous avons fait qui permet que le travail paie mieux, pour payer les retraites de nos aînés», a-t-il poursuivi, en faisant allusion à la baisse des cotisations sociales pour les salariés.

Des motifs de mécontentement qui s’accumulent

Comme l’avait annoncé le gouvernement à l’automne, la CSG (contribution sociale généralisée) a augmenté de 1,7 point au 1er janvier. Or, pour les retraités, cette hausse n’est pas compensée et représente une perte pouvant aller jusqu’à plusieurs centaines d’euros par an pour certains. Une mesure qui pèse lourd sur leurs finances, déjà affectées par la Contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie (CASA) de 0,3%, mise en place en 2013, ou encore la suppression de la «demi-part fiscale» des veufs et veuves en 2008.

Pour défendre sa réforme du système des retraites, Emmanuel Macron a demandé «un effort» aux retraités pour «les plus jeunes générations et pour récompenser le travail». Mais selon les plus âgés, ils apportent depuis longtemps déjà leur aide aux nouvelles générations, à leurs enfants et petits-enfants. «Le président de la République parle de solidarité intergénérationnelle, mais il ne s’agit pas de cela. La solidarité intergénérationnelle ce sont les actifs qui cotisent pour payer les pensions des retraités et acquérir des droits pour leur retraite. Là, il y a une perte réelle de pouvoir d’achat», a affirmé Jean-Claude Mailly, leader du syndicat Force Ouvrière ce jeudi sur le plateau de LCI. «Quand on touche 1200 euros par mois, la perte de 25 euros c’est beaucoup. C’est normal qu’ils soient en colère», a t-il poursuivi ajoutant que les retraités n’étaient pas des nantis.

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Les personnels des établissements pour personnes âgées également mobilisés

Les retraités n’étaient pas seuls dans les rues ce jeudi. Également préoccupés par la situation des aînés, les salariés des établissements pour personnes âgées (Ehpad, USLD et hôpitaux gériatriques) se sont mobilisés. Ils étaient environ une centaine, à l’appel de l’intersyndicale (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO, SUD, UFAS, UNSA) et de l’association des directeurs d’établissements (AD-PA), à s’être rassemblés à Paris devant le ministère de la Santé, où une délégation a été reçue par Agnès Buzyn à la mi-journée. «Un = un», «des moyens pour les Ehpad», proclamaient des pancartes, en référence à la demande d’un ratio d’un personnel pour un résident, contre 0,6 en moyenne actuellement.

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Amélioration des conditions de travail et des salaires, hausse du financement, augmentation du nombre de soignants pour permettre d’accorder plus de temps à chaque patients: leurs revendications n’ont pas changé depuis la première manifestation organisée le 30 janvier dernier. Les personnels demandent surtout que des mesures d’urgence soient prises pour faire face aux situations parfois dramatiques de certains établissements. «Les gouvernements n’ont pas pris la mesure de la population dans les EHPAD», déplorait ce matin Jean-Claude Mailly, qui suggérait également de redistribuer une partie de des recettes fiscales supplémentaires enregistrées en 2017 aux établissements.

Ce constat est partagé par un rapport parlementaire présenté mercredi par Monique Iborra (LREM) et Caroline Fiat (LFI), faisant état d’une «maltraitance institutionnelle». Les députées préconisent notamment de multiplier par deux le ratio d’aides-soignants et de suspendre la réforme controversée du financement des Ehpad. Décidée par le gouvernement précédent, celle-ci prévoit de faire converger les dotations aux établissements publics et privés, ce qui risque d’entraîner des coupes dans les budgets et des réductions du personnel, déjà en sous-effectif. L’intersyndicale doit se réunir lundi pour décider des suites à donner au mouvement, FO préconisant de participer à la journée d’action du 22 mars avec les fonctionnaires et cheminots.

Source : Le Figaro

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