Madame est ministre, donc monsieur entre au Conseil d’État : la République a le sens de la famille

Auteur(s) France-Soir Publié le 17 juillet 2026 – 10:17

Olivier Boyer

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Le hasard fait parfois bien les choses, en Macronie surtout. Le 27 mai dernier, en Conseil des ministres, Olivier Boyer a été nommé conseiller d’État en service extraordinaire. Or Olivier Boyer est l’époux de Stéphanie Rist, ministre de la Santé depuis octobre 2025. C’est Le Canard enchaîné qui a levé le lièvre cette semaine, évoquant un « léger problème déontologique » et une promotion « réservée à quelques privilégiés triés sur le volet ».

Le mot n’est pas trop fort. Le Conseil d’État lui-même précise sur son site que ces fonctions de conseiller juridique du gouvernement et du Parlement ne comptent que douze postes, pourvus pour cinq ans. Douze fauteuils pour 68 millions de Français. Et l’un d’eux échoit au mari d’une ministre en exercice, nommé par le gouvernement auquel elle appartient. Chacun appréciera la probabilité.

Car Stéphanie Rist n’en est pas à sa première controverse. Rhumatologue de formation, elle traîne déjà des liens étroits avec l’industrie pharmaceutique. Mais cette promotion du mari, décidée discrètement fin mai par Matignon et la Place Vendôme, pose un vrai problème de déontologie. Au Palais-Royal, ça tousse. Un conseiller d’État anonyme le reconnaît : sur le papier, les qualifications existent, mais nommer le conjoint d’un membre du gouvernement, c’est franchir une ligne jaune.

Et le parcours de l’heureux élu mérite le détour. Directeur du CHU d’Orléans d’avril 2010 à septembre 2025, soit quinze ans à la tête du même établissement, une longévité inhabituelle dans un corps où la mobilité est la règle. Quinze ans dont le bilan financier laisse songeur. En 2023, l’hôpital orléanais affichait un déficit record de 52 millions d’euros sur un budget de 530 millions, portant sa dette à 150 millions, selon France Bleu Orléans. Près de 10% du budget. Le double de la dérive moyenne des hôpitaux publics français sur la même période. À l’époque, l’intéressé jugeait la situation « préoccupante » tout en la relativisant.

Le médecin urgentiste Gérald Kierzek a résumé l’affaire d’une phrase cinglante sur X : « C’est pas comme s’il avait bien géré l’hôpital ». 

Rien d’illégal, précisons-le. La nomination respecte les formes. C’est bien le problème. Tout est légal, mais rien n’est convenable. Pendant que les soignants réclament des lits et que les urgences débordent, la haute fonction publique hospitalière recase les siens dans les palais nationaux, avec vue sur cinq ans de tranquillité. Qui, au gouvernement, a estimé que cette nomination ne poserait aucun souci ? La ministre de la Santé devait certainement être autre part ce jour-là ?

Source : France Soir

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