“Les routes de l’esclavage”, une histoire millénaire

En ces périodes troublées où chacun y va de sa repentance, du racisme, de l’esclavage et du communautarisme, j’ai pensé qu’un petit cours sur l’Histoire de nos peuples serait de bon aloi afin que chacun sache de quoi il parle lorsqu’il s’exprime.

Histoire et origines de l’esclavage dans le monde :

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L’esclavage n’a pas commencé dans les champs de coton, c’est une tragédie qui se joue depuis les origines de l’humanité. A l’occasion des 170 ans de son abolition en France, une série documentaire diffusée en primeur par la RTS propose un regard inédit sur cette traite d’êtres humains qui a façonné le monde actuel et dont l’Afrique fut l’épicentre pendant près de 1200 ans.

 

476-1620: Comment est né le commerce des noirs?

Alors qu’étymologiquement “esclave” vient de “slave” qui, dans l’Antiquité, désignait “ceux que l’on peut asservir”, le profil de ces hommes et femmes réduits à l’état de marchandise a évolué au fil des ans. Ainsi sur les ruines de l’Empire romain, les Arabes fondent un immense territoire qui s’étend des rives de l’Indus jusqu’au sud du Sahara. Entre l’Afrique et le Moyen-Orient se tisse alors durablement un immense réseau de traite d’esclaves qui ont d’abord eu pour principale caractéristique d’être des non-musulmans, utilisés comme soldats, puis comme domestiques.

 

L’esclavage, c’est la négation de l’être et le recours à la violence pour faire des esclaves

Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne

 

Plus les troupes de Bagdad progressaient et – avec elles – l’islamisation des populations, plus les peuples mis en esclavage venaient du sud et de l’ouest du continent africain. Après le déclin de Bagdad, Le Caire devient le nouveau centre du monde arabe.  Les peuples du désert mettent en place les routes des caravanes qui servent au transport de marchandises: sel, fruits, or… et esclaves.

C’est cette construction de l’autre comme dépourvu d’humanité parce que non-musulman, parce que non-blanc, parce que “différent” qui a servi à justifier un système de soumission qui perdura plusieurs siècles et dont les scènes de ventes de migrants noirs en Libye révélées par CNN peuvent être vues comme un triste reliquat.

Au temps des premiers conquistadors européens

A la fin du Moyen Âge, l’Europe découvre qu’elle se situe en périphérie de la principale zone de richesses de la planète: l’Afrique. Les conquistadors portugais partent chercher l’or, ils vont revenir avec des centaines de milliers de captifs pour les vendre en Europe. Entre les côtes africaines, le Brésil et leurs comptoirs, les Portugais mettent en place les premières colonies entièrement peuplées.

Au-delà de l’histoire, l’héritage génétique

Les archives manuscrites avaient jusqu’ici permis de retracer l’histoire de l’esclavage au Portugal: son économie, l’organisation des marchés d’esclaves, la fréquentation, le nombre d’esclaves qui y étaient présentés ou vendus, leur sexe, leurs âges. Aujourd’hui, les chercheurs sont passés à l’observation génétique concernant la question du métissage.

1620-1789: Du sucre à la révolte

L’Atlantique devient, au XVIIe siècle, le champ de bataille de la guerre du sucre. Français, Anglais, Hollandais et Espagnols se disputent les Caraïbes pour y cultiver des champs de cannes. De nouvelles routes de l’esclavage entre l’Afrique et les îles du Nouveau Monde sont ouvertes avec la complicité des banques et des compagnies d’assurances.

Jusqu’à 600 esclaves par bateau

En quittant les côtes africaines, les bateaux négriers peuvent transporter à leur bord jusqu’à 600 esclaves entassés à fond de cale. La traversée de l’océan Atlantique vers la Caraïbe dure en moyenne trois mois. Les pertes en vies humaines pour maladie, malnutrition, inanition touchent plus de 80% des esclaves au début du trafic négrier, puis avec l’amélioration des bateaux baissent à 30%.

La guerre des chiffres

Au hasard des lectures, on tombe sur un chiffre ou plutôt sur une proposition de deux chiffres et un abîme s’ouvre. Il s’agit du nombre d’esclaves noirs emmenés aux Amériques et aux Antilles au cours des siècles d’esclavage.

Selon les historiens le nombre varie de 6 à 50 millions. Pourquoi une telle différence? Il est rattaché au mode de calcul. Les uns ne comptabilisent que les esclaves arrivés à destination. Les autres tentent d’affiner leur estimation en tenant compte de tous ceux et celles qui, pour bien des raisons, auront péri avant. Soit sur le sol africain au moment des rafles. Soit en mer au moment de la traversée sur les bateaux négriers.

1789-1888 Les nouvelles frontières de l’esclavage

A Londres, Paris et Washington, le courant abolitionniste gagne du terrain. Après la révolte des esclaves à Saint-Domingue, qui après quatorze ans de guerre civile donne naissance au premier Etat noir de l’histoire: Haïti, l’Angleterre proclame l’abolition de la traite transatlantique en 1807. Il est devenu trop risqué aux yeux des financiers de Londres de placer de l’argent dans les plantations et les commerces négriers alors que le monde est en train de changer et que l’opinion publique se montre de plus en plus hostile envers le trafic d’êtres humains.

Direction: le Brésil

Pour satisfaire leur besoin de matières premières, les puissances européennes repoussent les frontières de l’esclavage et ferment les yeux sur les nouvelles formes d’exploitation de l’homme au Brésil, aux Etats-Unis et en Afrique. Elles ferment toutefois les yeux sur l’esclavage pratiqué aux Etats-Unis, premier exportateur mondial de coton, et surtout sur le trafic de captifs en direction du Brésil où sont encore déportés près de 2,5 millions d’Africains entre 1815 et 1830, principalement vers les plantations de café.

Interview de la productrice: “C’est notre histoire à tous”

Traverser douze siècles et voyager sur quatre continents en quatre heures de film… C’est le résultat du travail mené par les auteurs de la mini-série documentaire “Les routes de l’esclavage” diffusée en primeur par la RTS.

“Chacun doit comprendre que l’esclavage, c’est notre histoire à tous. Ce n’est pas que la mienne, en tant que descendante d’esclaves. Ce rapport d’inégalité entre les hommes est compris dans la construction de nos sociétés”, indique Fanny Glissant, productrice et co-réalisatrice de la série, dans Histoire vivante: Pour ce projet titanesque, elle s’est associée à deux réalisateurs aux origines différentes, Juan Gélas, réalisateur français, et Daniel Cattier, belge. “La conjugaison de nos points de vue nous a permis de nous départir de la victimisation et de la culpabilité. Aujourd’hui, on est au-delà de ça, et j’avais envie qu’on se rattache aux faits, rien qu’aux faits”, explique Fanny Glissant.

Conscients que l’histoire de l’esclavage est houleuse, avec des chapelles, des oppositions et des débats extrêmement vifs dans la communauté scientifique, les auteurs ont réuni des historiens d’horizons divers et les ont amenés à confronter leur point de vue pour construire une histoire globale.

Crédits

  • Une série proposée par Frédéric Pfyffer et Jean Leclerc Réalisation web: Juliette GaleazziUnité documentaires – Radio Télévision Suisse – Avril 2018

Source et nombreux reportages audios : RTS.ch

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