Le jour d’après, comment éviter la partition

Juin 2020 _ Alexandre DEVECCHIO _ journaliste aux pages “Débats et Opinions” du Figaro où il est le responsable de la section “Figaro Vox”. Son dernier ouvrage: Recomposition: Le nouveau monde populiste (Cerf, 2019).

Les milliards engouffrés dans les quartiers n’ont pas empêché le fiasco complet de la politique de la ville depuis quarante ans. Les fameux territoires perdus de la République n’ont cessé de s’étendre et les fractures de se creuser. Changer de paradigme est indispensable. La mise sous tutelle temporaire de l’État, la maîtrise des flux de population, l’abandon des particularismes pour l’assimilation, la punition du clientélisme, la refonte de l’école pour une meilleure transmission de la culture et de l’histoire, le retour du Service national sont devenus des urgences pour éviter la partition annoncée. La reprise en main des quartiers au Danemark ouvre à cet égard d’intéressantes perspectives.

En plein confinement, il aura suffi d’une étincelle pour que le spectre des émeutes de 2005 resurgisse. Tout a commencé le 18 avril au soir à Villeneuve-la-Garenne, avec la collision entre une moto et une voiture de police banalisée. Le motard est un multirécidiviste sous contrôle judiciaire circulant sans casque sur un véhicule non homologué. L’homme, d’une trentaine d’années, a heurté la portière au moment où un agent sortait du véhicule et s’est fracturé la jambe lors de la chute. Les fonctionnaires se sont aussitôt portés à son secours. Mais pour une partie de la jeunesse des banlieues, peu importe les faits : le chauffard est une victime des violences policières et le prétexte tout trouvé pour mettre le feu. Le soir même, dans la cité HLM La Caravelle, la violence éclate. Des voitures sont brûlées, des pompiers pris en guet-apens, des policiers visés par des tirs de mortier et jets de projectile, un commissariat attaqué. Sur Twitter, le militant indigéniste Taha Bouhafs souffle sur les braises : « La banlieue s’embrase, l’histoire se répète, l’explosion n’est vraiment pas loin cette fois. » Durant une semaine, l’incendie se propage dans les villes voisines, Rueil-Malmaison, Suresnes, Aulnay-sous-Bois, Grigny, Gennevilliers, la Courneuve et Nanterre. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, autrefois impitoyable avec les Gilets jaunes, tente de relativiser et d’excuser en évoquant « la dureté du confinement pour ces jeunes gens ».

En réalité, ce genre d’événements est devenu tristement banal depuis de longues années. « Des scènes de violences ou d’émeutes urbaines à La Caravelle, j’en connais depuis que j’ai quatre ou cinq ans, assure Sami Sellami, un historique du quartier. C’est un phénomène qui revient malheureusement tous les deux ou trois ans. » Le confinement est moins la cause du désordre que l’ultime révélateur d’une réalité que plus personne ne peut sérieusement ignorer. De Villeneuve-la-Garenne aux quartiers nord de Marseille, de Trappes à la cité des Izard à Toulouse, de Saint-Denis à Vaulx-en-Velin, l’existence de centaines de quartiers en sécession où s’enracine une sous-culture de la haine et s’impose un autre ordre : celui des cailleras et des trafiquants, mais aussi bien souvent des barbus. Le 22 avril, soit quelques jours après le déclenchement des émeutes urbaines, un courriel à large diffusion émanant du directeur départemental de la sécurité publique du Calvados invitait ainsi la police à ne pas intervenir dans les quartiers sensibles pendant le ramadan. « Il s’agit pour le gouvernement d’empêcher de fournir un prétexte à tous ceux qui rêvent de refaire en 2020 les émeutes de 2005 en exploitant le double calendrier confinement/ramadan », analyse l’islamologue Bernard Rougier dans Le Figaro.

Depuis les émeutes de 2005, les fameux territoires perdus de la République n’ont cessé de s’étendre et les fractures de se creuser. « Il y a un toboggan dans lequel on est installé depuis plusieurs années qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant ces quartiers produisent des terroristes », constatait Malek Boutih en 2015, lors du dixième anniversaire des émeutes. « Comment peut-on éviter la partition ? », s’interrogeait François Hollande dans un incroyable aveu rapporté par Gérard Davet et Fabrice Lhomme dans leur livre Un Président ne devrait pas dire ça(1). Éviter la partition sera sans doute l’un des plus importants défis du fameux « jour d’après » évoqué par Emmanuel Macron.

Longtemps éludé ou dénié par une grande partie du monde politique et médiatique, cet enjeu pourrait rapidement devenir encore plus explosif qu’il ne l’est déjà. Car la crise économique qui s’annonce ne devrait faire qu’accroître les fractures de l’archipel français. Fragilisé comme jamais, l’État n’aura, en outre, plus les moyens d’acheter la paix sociale dans ces quartiers. Soyons réalistes, il sera impossible de réparer en quelques semaines des maux qui résultent de quatre décennies d’errements. Des réponses, qui porteront leurs fruits sur le temps long, existent cependant. À condition de faire enfin les bons constats et d’en finir avec certaines illusions entretenues depuis des années. Sortir du déni sera peut-être l’exercice le plus difficile. Avant même d’égrener les mesures à prendre, il convient donc de comprendre les échecs qui ont précédé et de faire le bon diagnostic.

L’IMPASSE DE LA POLITIQUE DE LA VILLE

Depuis 1977 et le premier « plan banlieue » piloté par le ministre du Logement Jacques Barrot, à chaque nouvelle émeute, les dirigeants français de gauche comme de droite répètent la même formule magique : « politique de la ville ». Il y eut les zones d’éducation prioritaire (ZEP) et le développement social des quartiers sous François Mitterrand après la flambée de violences aux Minguettes en 1981 ; la création du ministère de la Ville occupé par Bernard Tapie en 1990 ; le plan Borloo de rénovation urbaine en 2003, après la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle ; le renforcement du plan Borloo en conséquence des émeutes de 2005 ; le plan Espoir banlieue de Fadela Amara en 2008 à l’initiative de Nicolas Sarkozy ; le plan Égalité et citoyenneté de Manuel Valls pour lutter contre « l’apartheid territorial, social, ethnique », au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo, en 2015 ; et enfin, en 2018, un énième plan Borloo  publiquement rejeté par Emmanuel Macron, mais en partie appliqué depuis. En tout, ce sont des dizaines de milliards d’euros qui auront ainsi été injectés dans les programmes ZFU, ZUS, loi SRU, Halde, plan égalité des chances, Acsee, commissariat à la diversité, emplois d’avenir, PNRU, Npnru et autres barbarismes technocratiques.

Pour quel bilan ? Depuis les premières visites en banlieue de François Mitterrand dans les années 1980, la fracture n’a fait que s’aggraver malgré les sommes investies dans la rénovation urbaine. Les loubards ont laissé la place aux racailles, les mobs aux grosses cylindrées, l’antiracisme à l’antisionisme puis à l’antisémitisme, et enfin l’école publique et le Parti communiste aux communautarismes et à l’islamisme. Et à l’intégration des premiers immigrés a succédé la désintégration de leurs enfants, voire de leurs petits-enfants, ainsi que celle des nouveaux arrivants, pour une bonne part venus d’Afrique subsaharienne. Né en 1986, et ayant grandi en Seine-Saint-Denis à Épinay-sur-Seine et à Saint-Denis où j’ai fait toute ma scolarité, j’ai moi-même vu le paysage se transformer. Enfant – j’avais dix ans lors de la coupe du monde de 1998 – ces villes étaient encore black, blanc, beur. Les différences et les tensions étaient déjà grandes, mais la cohabitation semblait encore possible grâce à une relative mixité. Puis, adolescent et jeune adulte, j’ai vu ces villes se ghettoïser presque intégralement, devenir de véritables contre-sociétés, en particulier Saint-Denis. En 2017, en pleine campagne présidentielle, le lycée Suger, où j’ai passé le bac, a été attaqué au mortier et pris d’assaut. Après cette attaque, une centaine d’assaillants a marché en direction de la ville, caillassé des policiers, brûlé des poubelles et commis nombre de dégradations sur le mobilier urbain. À l’université Paris-VIII, ancienne faculté de Vincennes créée en 1968, dans les départements de sciences humaines, les militants de gauche et les marxistes ont été remplacés par les indigénistes et leurs lubies « décolonialistes ». Plus largement, il faut noter que les enfants juifs ont déserté les écoles de toute la Seine-Saint-Denis et que la population juive a été divisée par deux dans ce département. Nombre de petits Blancs, pour certains anciens électeurs du Parti communiste, ne se sentant plus en sécurité et refusant d’être en minorité se sont également exilés plus loin, dans la fameuse France périphérique.

Comment expliquer un tel décalage entre l’ampleur des moyens déployés et la minceur des résultats obtenus ? Gilles Kepel, dans Banlieue de la République(2), donne la réponse. Le sociologue a enquêté sur l’agglomération de Clichy-sous-Bois et Montfermeil d’où sont nées les émeutes de 2005. Après ces dernières a succédé notre plus important programme de rénovation urbaine pour un montant de 600 millions d’euros. Il fait parler les habitants : Murat, chef d’entreprise prospère d’origine turque, issu des quartiers pauvres de Clichy-sous-Bois et désormais propriétaire d’un beau pavillon : « Je ne pense pas que c’est parce qu’on a changé l’aspect des bâtiments qu’on a rénové la tête des gens. Je crains, et c’est ce que tout le monde craint, que, dans trois ou cinq ans, on se retrouve encore avec un quartier tout dégradé. Qu’on rénove les immeubles, qu’on investisse 600 millions, ce n’est pas cela qui va changer la façon de vivre des gens ! » Un point de vue partagé par Murielle, ancienne militante communiste : « Ils remettent les mêmes populations qu’ils enlèvent d’un endroit pour les regrouper dans un autre. Le résultat va être le même ! On les met dans des jolies maisons, mais ils ont encore tendance à jeter les poubelles par la fenêtre. » En réalité, la politique de la ville est fondée sur une profonde erreur de diagnostic. Depuis des années, les politiques publiques se sont concentrées sur l’urbanisme (les fameux grands ensembles) et les questions sociales (sport, accessibilité), tandis que l’intégration et la problématique des flux migratoires ont constamment été sous-estimées. La progression de l’islam radical dans certains quartiers, que décrit Gilles Kepel, a également longtemps été ignorée, voire niée, de même que les pratiques mafieuses. En 2005, sociologues, médias et politiques – omettant qu’aucun sans-culotte de 1 789 n’avait jamais crié « nique la France ! » – analysèrent les émeutes dans les termes purement économiques d’un traditionnel conflit de classe, allant jusqu’à les qualifier de « révolte sociale ». Mais le manque de moyens, le chômage et les facteurs sociaux n’expliquent pas tout. La Lozère ou la Creuse ne roulent pas sur l’or et pourtant, l’insécurité y est inexistante. La crise des banlieues n’est pas économique, elle est culturelle. Si la politique de la ville a légitimement permis d’améliorer le cadre de vie d’une partie des habitants, elle ignorait cette dimension essentielle. Pis, véritable machine à subventions, elle a encouragé la voyoucratie et le clientélisme ethno-religieux.

MISE SOUS-TUTELLE DE CERTAINS TERRITOIRES

Certains élus, comme Xavier Lemoine à Montfermeil, résistent à ces pratiques mais beaucoup trop y cèdent, favorisant l’enfermement des populations et la mise en place d’une contre-société. La politique des grands frères et le cheval de Troie associatif ont ainsi souvent été une manière de sous-traiter le maintien de la paix sociale aux entrepreneurs politico-religieux, quand ce n’était pas aux petits caïds locaux. Ou encore de s’en servir comme agents électoraux. Dans son dernier livre Municipales. Banlieue naufragée(3), Didier , auteur de polars et « coco libertaire », explique pourquoi il a quitté la Seine-Saint-Denis. Il décrit un système corrompu où de nombreux citoyens sont « transformés en clients », « réduits à leur seule identité de croyants ». Des leaders communautaires vont vendre « les voix des musulmans » en échange de la satisfaction de revendications particulières : prise de contrôle d’une mosquée, création d’écoles confessionnelles, horaires de piscine réservés aux femmes. D’anciens dealers sont bombardés à des postes stratégiques dans les mairies en remerciement de « bons services électoraux », poursuit l’écrivain. Au point que nombre d’élus, ayant trop fricoté avec des voyous, sont contraints de s’adjoindre les services de gardes du corps souvent recrutés dans les cités. Dans son essai, Les Territoires conquis de l’islamisme, le professeur Bernard Rougier montre que ce système clientéliste a abouti à la constitution de véritables enclaves au sein de la République et met en garde contre « l’orientalisation des pratiques politiques » dans certaines villes. « Dans les lieux que nous avons étudiés, l’individu n’est pas vu comme individu mais comme membre du collectif. Cela ressemble à l’Empire ottoman, ou au Liban communautaire », analyse-t-il. La mise en place de listes communautaires est l’aboutissement de cette logique.

Dans certaines villes, seules des mesures radicales permettront de sortir de cette spirale mortifère. Malek Boutih, Didier Daeninckx ou encore Amine El Khatmi, président du Printemps républicain, vont jusqu’à prôner une mise sous tutelle temporaire de l’État. Un dispositif qui peut apparaître comme un diktat et semble difficile à mettre en place sur le plan légal, mais qui en réalité existe déjà pour les collectivités rencontrant de graves difficultés dans l’exécution de leur budget ; ce sont alors les préfets et leurs équipes qui prennent la main pour une période donnée, le temps de redresser les comptes et de prendre les décisions qui s’imposent pour remettre la collectivité à flot. « Ce qui est possible pour les budgets doit l’être pour les principes républicains », explique Amine El Khatmi. S’il faut encourager les citoyens à s’engager dans la vie démocratique et la vie de la cité, lorsque les populations sont otages de la violence, les élus corrompus et le taux d’abstention massif, préfets et fonctionnaires, non soumis à la pression électorale, sont les mieux placés pour garantir l’intérêt général. Il s’agit pour l’État de reprendre en main, pendant quelques années, les villes concernées. Pour Didier Daeninckx, cette gestion directe de l’État doit concerner tous les domaines : budgétaire, sécuritaire, gestion des écoles, des services municipaux. « On comprendrait peut-être mieux les critères d’embauche au service jeunesse », ironise-t-il. En Italie, la dissolution de conseils municipaux et la mise sous tutelle de certaines villes, y compris celle de Rome, en 2015, a permis de lutter contre l’emprise de la mafia. Il faudra sans doute demain imaginer en France des dispositifs similaires avec des audits très précis des embauches, des permis de construire, des attributions de logements, des patrimoines des élus et de leurs proches, des attributions de subventions, des conditions d’octroi des marchés publics…

EN FINIR AVEC L’ «IDÉOLOGIE ANTI-FRANÇAISE »

Si la corruption de certains édiles explique en partie la désintégration à l’œuvre en banlieue, celle-ci est aussi et peut-être avant tout le fruit d’une idéologie victimaire guidée par de bonne intentions. « Aujourd’hui, les enfants sont enfermés dans la haine de la France, une haine qu’on a soigneusement cultivée chez eux en leur disant sans cesse que les Français étaient racistes. J’en veux à ces politiques qui ont victimisé nos jeunes », explique Nadia Remadna, fondatrice de La Brigade des mères, une association qui combat l’islamisation des quartiers à Sevran. « Avant d’être radical, l’islamisme commence par une recherche d’identité », souligne-t-elle. La communautarisation, la réislamisation ou tout simplement la violence d’une certaine jeunesse s’expliquent bien souvent par une quête d’appartenance impossible.

Pour des raisons historiques liées à notre passé colonial, l’identification de la jeunesse issue de l’immigration maghrébine ou africaine à la France ne pouvait qu’être complexe. Mais l’intégration a été découragée par un discours de repentance, souvent teinté de différentialisme, relayé par une partie du monde médiatique et associatif et parfois même jusqu’au sommet de l’État. À partir des années 80, le renoncement, sur fond de désindustrialisation, au modèle traditionnel d’assimilation au profit d’un multiculturalisme importé des États-Unis, a eu des conséquences délétères. Enfin l’école, en exaltant les particularismes, a contribué à enfermer les enfants de l’immigration dans une identité fantasmée et reconstruite. Une rupture assumée au sommet de l’État avec cet antiracisme dévoyé ainsi qu’un retour au modèle ancien d’assimilation sont un préalable absolu au redressement de ces territoires. Cette rupture devra nécessairement s’accompagner d’une politique d’immigration enfin maîtrisée. Le caractère massif des flux migratoires a abouti à l’émergence de ghettos urbains qui tendent à devenir ethniquement et culturellement homogènes. Sans un minimum de mixité, toute politique d’intégration, même volontariste, est rendue impossible. C’est pourquoi un ralentissement net, voire un arrêt des flux, est une condition indispensable.

La refondation de notre modèle républicain passera également par une refondation de l’école comme lieu par excellence de transmission de notre culture et de notre histoire. Aux enfants de l’immigration, dont les parents sont parfois coupés de la culture française, l’école de la République devra plus encore qu’à tout autre faire don de notre héritage. Le rétablissement du Service national universel pourrait être un grand geste politique inaugurant la refondation de notre modèle républicain. Sous sa forme actuelle, une phase obligatoire d’un mois maximum et une deuxième phase facultative, le Service universel n’a aucun sens. Il ne permettra un véritable brassage social et culturel que s’il est réellement obligatoire et universel pour une durée d’au moins six mois.

L’EXEMPLE DU DANEMARK

Cette refondation systémique devra s’accompagner de mesures sécuritaires fortes et ciblées pouvant être mise en place rapidement. L’exemple danois pourrait être une source d’inspiration. Dans ce pays scandinave, souvent loué pour son sens de l’accueil et de sa très grande tolérance, un consensus inédit entre la droite et la gauche a conduit à un durcissement des politiques d’immigration et d’intégration. Après la vague migratoire de 2005, le gouvernement social-démocrate avait d’abord ouvert grand ses portes et mis en place un statut très favorable aux migrants. Mais marqué par deux attentats islamistes à Copenhague la même année, dans lesquels deux personnes ont trouvé la mort, les Danois ont rapidement changé de cap et adopté des mesures de fermeté : fermeture des frontières, restriction de l’application du droit d’asile et des possibilités de regroupement familial, baisse des allocations pour les réfugiés, placement en détention et expulsion systématique des illégaux non éligibles au statut de réfugié…
Une politique défendue à l’origine par le Parti populaire danois taxé de « populisme nationaliste » et finalement mise en place par les libéraux et soutenue par les sociaux-démocrates. En deux ans, le nombre de demandeurs d’asile a chuté de 21 000 à 3 500.

En mai 2018, le Danemark a également adopté, encore avec l’aval des sociaux-démocrates, un plan ambitieux pour assimiler les minorités et combattre la délinquance et l’islamisation dans les zones de non-droit. Intitulé, « Un Danemark sans sociétés parallèles : plus de ghettos en 2030 », ce plan définit le terme « ghetto », et c’est le seul pays en Europe à le faire. Celui-ci se caractériserait par un taux de 50% d’habitants d’origine non occidentale, par un pourcentage élevé de criminalité, un fort taux de chômage et de faibles revenus. Il y en aurait vingt-cinq au Danemark dont seize particulièrement difficiles, agrégeant au total une population de 60 000 habitants. Le plan prévoit une série de mesures ciblées en direction des étrangers : la limitation à 30% de la proportion d’enfants d’immigrés dans les écoles, la limitation des habitations à loyers modérés à 40%, l’interdiction aux personnes détentrices d’un casier judiciaire d’avoir accès à un logement social, des peines deux fois plus lourdes pour les caïds de banlieue, l’obligation pour les étrangers d’inscrire leurs enfants à la crèche dès l’âge de un an afin qu’ils apprennent « la langue et les valeurs danoises », les absences à l’école ou aux examens pourront être sanctionnées par des baisses d’allocation parentale, les parents ne seront pas autorisés à envoyer leur enfant dans leur pays d’origine pour les détourner de l’éducation danoise ou les marier, sous peine de quatre ans de prison. L’union nationale autour de cette politique volontariste a permis de faire reculer le Parti populaire danois sous la barre des 10%. Un tel consensus autour d’un plan aussi radical paraît aujourd’hui impossible en France et serait probablement qualifié d’extrémiste par la plupart des partis de gouvernement. Pourtant, la partition est en marche. « Selon moi, on a raté une génération avec la politique de la ville, les grands frères, etc., affirme Nadia Remadna. L’urgence, ce sont les petits de dix ans… »

Alexandre Devecchio

  1. Davet Gérard et Lhomme Fabrice, Un Président ne devrait pas dire ça, éd. Stock, 2016 (2) Kepel Gilles, Banlieue de la République, éd. Gallimard, 2011 (3) Daeninckx Didier, Municipales, Banlieues naufragées, éd. Gallimard, 2020

 Source : Front Populaire

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