La route de la servitude

e Friedrich A. Hayek (Auteur), Friedrich Hayek (Auteur), Georges Blumberg (Traduction) Format : Broché

« Le but de ce livre n’est pas de donner le programme complet et détaillé de l’ordre social futur que nous désirons… Si nous voulons construire un monde meilleur, nous devons trouver le courage de prendre un départ nouveau, même si cela signifie reculer pour mieux sauter. »
Une salutaire réflexion d’un grand enseignant économiste, néolibéral, toujours d’actualité.

Source : Amazon

Dr Nicole Delepine a écrit :

Je parle souvent de La Route de la servitude de Friedrich Hayek. Je vais être direct : pour moi, quiconque lit ce livre en étant sain d’esprit et n’en ressort pas libéral et profondément anti-étatiste est soit fou, soit stupide, soit corrompu. Soit les trois à la fois.

Voici pourquoi. Masterclass.

D’abord, l’homme.

Friedrich Hayek naît à Vienne en 1899, dans un empire qui se croit éternel. À 18 ans, il est sur le front italien. Quand il rentre, l’empire n’existe plus. Il voit l’Autriche sombrer dans l’hyperinflation, les économies d’une vie effacées en quelques mois.

Il devient l’élève de Ludwig von Mises, celui qui avait démontré qu’un planificateur sans prix libres navigue à l’aveugle. En 1931, il part enseigner à Londres et devient le grand rival intellectuel de Keynes. En 1938, il voit son pays natal avalé par Hitler sous les acclamations de la foule. Il prend la nationalité britannique.

C’est là, en pleine guerre, entre 1940 et 1943, qu’il écrit son livre. Pas contre les nazis : tout le monde l’était déjà. Contre quelque chose de bien plus dérangeant. Il voit les élites anglaises, les meilleurs esprits, les gens les mieux intentionnés, reprendre exactement les idées qui avaient mené l’Allemagne au désastre. Planification, direction de l’économie, organisation « scientifique » de la société.

Il dédie le livre « aux socialistes de tous les partis ». Tout est dit.

Trois éditeurs américains le refusent. Il sort en 1944, s’épuise en quelques semaines, puis le Reader’s Digest le condense pour des millions de lecteurs. Keynes lui-même, son grand adversaire, lui écrit qu’il en approuve moralement et philosophiquement presque chaque ligne. Trente ans plus tard, Hayek reçoit le prix Nobel. Thatcher relit le livre en 1974 et change la trajectoire de l’Angleterre.

Le titre, d’ailleurs, est un hommage à un Français : Tocqueville, qui avait vu venir le despotisme doux.

Maintenant, ce que dit le livre. En clair.

Première idée : personne ne sait assez pour planifier.
La connaissance qui fait tourner une économie n’est dans aucun bureau. Elle est éparpillée dans des millions de têtes : l’agriculteur qui sait quand sa terre est prête, le commerçant qui sent son quartier changer, l’artisan qui connaît son fournisseur. Le prix libre est le seul système capable de rassembler tout ça en un signal. Remplacez les prix par un plan, et vous remplacez le savoir de millions de gens par l’ignorance de quelques-uns.
Deuxième idée : contrôler l’économie, c’est contrôler la vie.
On croit que l’économie est un domaine à part, matériel, secondaire. Faux. Celui qui contrôle les moyens contrôle les fins. S’il décide de ce que vous pouvez produire, acheter, chauffer, cultiver, il décide de la façon dont vous vivez. Il n’y a pas de liberté politique sans liberté économique.

Troisième idée : une démocratie ne peut pas se mettre d’accord sur un plan.
Tout le monde veut « un plan ». Personne ne veut le même. Le Parlement débat, tergiverse, se divise. L’impatience monte, et on finit par dire : laissons faire les experts. On délègue à des agences, des commissions, des autorités « indépendantes ». La démocratie ne meurt pas d’un coup d’État. Elle se dessaisit elle-même, par lassitude.
Quatrième idée : l’État de droit contre l’arbitraire.
Dans un pays libre, l’État fixe des règles générales, connues à l’avance, les mêmes pour tous, comme le code de la route. Vous savez à quoi vous attendre et vous construisez votre vie autour. Dans un pays planifié, l’État décide au cas par cas : qui a droit à quoi, quel secteur survit, quelle région est sacrifiée. Ce n’est plus la loi qui gouverne, c’est la volonté de quelqu’un.

Cinquième idée, la plus terrible : pourquoi les pires arrivent au sommet.
C’est le chapitre que tout le monde devrait lire. Quand le plan échoue, et il échoue toujours, il faut contraindre. Il faut des gens prêts à faire ce que les gens honnêtes refusent de faire. Le système ne promeut pas les meilleurs, il sélectionne ceux qui n’ont pas de scrupules. Et pour souder une majorité autour du plan, rien ne marche mieux qu’un ennemi commun : le riche, l’étranger, le récalcitrant.
Sixième idée : la fin de la vérité.
Un plan a besoin que tout le monde y croie. Alors l’information devient un instrument. Ce qui sert le plan est vrai, ce qui le gêne devient de la « désinformation ». La propagande n’est pas un accident du dirigisme. C’est une nécessité.

Et la leçon centrale, celle qui glace le sang : ceux qui ouvrent la route ne sont pas des monstres. Ce sont des gens sincères, cultivés, bien intentionnés. Ils veulent la justice, la sécurité, le progrès. Ils ne voient pas où mène le chemin. Les monstres arrivent après, quand le terrain est prêt.
Ce livre est une bouteille à la mer. Hayek nous a laissé le mode d’emploi pour reconnaître la pente avant qu’elle devienne un précipice.

Et que fait l’Europe ? Elle rejoue le livre, chapitre par chapitre.
Les règles générales remplacées par des milliers de normes au cas par cas. Des décisions qui pèsent sur nos vies prises par une Commission que personne n’a élue et que personne ne peut renvoyer. Des plans à vingt-cinq ans pour l’énergie, l’agriculture, l’industrie, l’automobile, comme si quelqu’un à Bruxelles savait mieux que 450 millions d’Européens ce qu’il faudra produire en 2050. Et quand ça échoue, on ne remet jamais le plan en cause. On ajoute une couche : une taxe, une interdiction, un régulateur.

Le plus cruel, c’est l’ironie. En 1939, Hayek défendait l’idée d’une fédération européenne. Mais une fédération où ni le centre ni les États ne pourraient diriger l’économie. Une union pour libérer les échanges, pas pour piloter les vies. Nos européistes ont gardé le mot « fédération » et jeté tout le reste. Ils ont construit exactement ce contre quoi il nous mettait en garde.
Ils avaient le livre à portée de main. Ils refont les mêmes erreurs, avec les mêmes bonnes intentions et le même mépris pour ceux qui doutent.

Je ne crois pas que l’histoire se répète à l’identique. Je crois qu’elle rime. Au XXe siècle, la route de la servitude a mené au pire : des tyrans fous, des peuples broyés, des dizaines de millions de morts. Ceux qui avaient ouvert la route n’avaient jamais voulu ça.

J’espère que, pour une fois dans l’histoire, nous saurons nous arrêter avant. Que nous n’attendrons pas le tyran pour comprendre où menait le chemin.

Hayek nous a tout dit il y a quatre-vingts ans. La seule question est de savoir si nous saurons le lire à temps.

Lisez La Route de la servitude. Puis offrez-le à quelqu’un que vous aimez.

Laisser un commentaire