«La justice est en décalage avec la police et la gendarmerie»

Jean-Claude Delage: «Il faut construire de nouvelles prisons.»

Jean-Claude Delage: «Il faut construire de nouvelles prisons.» Crédits photo : Vincent Isore/IP3 PRESS/MAXPPP

INTERVIEW – Jean-Claude Delage, président du syndicat de policiers Alliance, estime que la justice ne répond pas aux attentes des citoyens.

 

Après que le général Bertrand Soubelet, numéro trois de la gendarmerie, a dressé, devant les députés, un sévère constat de la politique pénale actuelle, déplorant notamment que les délinquants «profitent du système» (Le Figaro du 7 janvier), d’autres voix s’élèvent pour appuyer ses propos.

LE FIGARO. – Que pensez-vous des propos du général Soubelet, devant la commission parlementaire de lutte contre l’insécurité, sur l’insuffisance de la réponse pénale face à la délinquance?

Jean-Claude DELAGE. – Ce qu’il dit n’est que la traduction, par le numéro trois de la gendarmerie nationale, de ce que le syndicat Alliance répète depuis des mois et, surtout, de ce que ressent la population. La justice ne répond pas aux attentes des citoyens. Elle est en décalage avec les services de la police et de la gendarmerie. On en voit des exemples tous les jours. Le Figaro a d’ailleurs publié, il y a quelque temps, un sondage montrant que près de 70 % des Français ne font pas confiance à la justice. Le débat n’est pas pour ou contre Mme Taubira, mais quelle justice offre-t-on au citoyen?

Que demandez-vous?

On voit bien aujourd’hui qu’une partie des magistrats du siège, ceux qui instruisent les dossiers, oublient que leur mission est de protéger la société, c’est-à-dire de prononcer des sanctions fermes à l’encontre de ceux qui le méritent. Les gens ne comprennent pas que quand on interpelle un délinquant, il n’y ait pas de sanction derrière. Il faut que la sanction pénale soit ferme et immédiate car si elle est molle, les propos et les orientations des ministres, Taubira et Valls, sont perçus comme de simples incantations. Et cela fait que les gens n’ont plus confiance. Ils demandent: que fait la police? Alors qu’ils devraient dire: que fait la justice? Et cela favorise la montée des extrêmes dans le pays. Nous voulons que le travail de la police soit suivi par la justice, que l’ensemble de la chaîne travaille ensemble, fasse preuve de fermeté et que les délinquants soient mis hors d’état de nuire.

Les magistrats répondent souvent qu’ils cherchent une réponse pénale graduée et qu’il n’y a pas que la prison…

Nous sommes très attachés, à Alliance, au schéma de la peine plancher qui a été institué par le précédent gouvernement pour les récidivistes, même si, selon moi, on n’est pas allé assez loin. Il doit être maintenu par le gouvernement actuel car il protège la société et motive les forces de l’ordre. Sur le sujet de la prison, il doit en effet y avoir une réponse adaptée: si l’infraction est mineure, il peut y avoir différentes formes de sanctions autres que la prison ; mais lorsqu’il s’agit de récidivistes, de trafiquants de drogue, de vols avec violence ou d’agressions sur personnes vulnérables ou appartenant aux forces de l’ordre, l’incarcération ferme doit être la règle et avec le maximum de peine prévu par la loi. On ne peut pas laisser des gens violents en liberté!

Les prisons sont surpeuplées…

Il faut en construire de nouvelles et revoir les conditions de détention, les améliorer. Les travaux d’intérêt général ou les peines de probation ne soustraient pas les délinquants de la société, ils ne protègent pas celle-ci car les délinquants peuvent continuer à nuire.

Craignez-vous la réforme pénale en préparation?

Cette réforme a été reportée à après les élections municipales pour des raisons politiques, mais ce sont les mêmes textes qui vont être étudiés. Or, ils considèrent le primodélinquant et le récidiviste de la même manière. Nous les avons combattus car ils prévoient la suppression de la peine plancher et, avec elle, la banalisation de l’acte de récidive. Surtout, l’incarcération devient l’exception et la mesure de remplacement, la règle. Nous pensons qu’il faut maintenir un équilibre entre les droits de la défense, qui augmentent d’année en année, et ceux de la victime qui sont de plus en plus oubliés.

Source : Le Figaro

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