La Brégançonnade : un aveu d’impuissance

Auteur(s) Alain Tranchant pour France-Soir Publié le 28 août 2025 – 13:02

Fort de Brégançon

GUYOT AFP

En plein mois d’août, François Bayrou a donc laissé son Piémont pyrénéen pour rejoindre les rives de la Méditerranée, au fort de Brégançon.

On pouvait s’interroger sur les motifs du déplacement. L’hôte de Matignon rendait-il une visite de courtoisie à celui qui venait de le couvrir de lauriers ?

La réponse n’a pas tardé à venir. Dans la moiteur de l’été, les deux têtes de l’exécutif ont monté cet improbable scénario : le Parlement sera convoqué en session extraordinaire, et le Premier ministre, après délibération du conseil des ministres, engagera devant l’Assemblée nationale la responsabilité du Gouvernement sur une déclaration de politique générale. Ce sont les termes mêmes de l’article 49, alinéa 1, de la Constitution du 4 octobre 1958.

L’arithmétique parlementaire étant ce qu’elle est, les deux hommes connaissent par avance le résultat de ce scrutin programmé le 8 septembre prochain. À moins d’un retournement politique inimaginable à ce jour, M. Bayrou n’a aucune chance de rassembler sur son nom, et son impopularité, une majorité de députés.

Dès lors, tout s’éclaire. Au contraire de ce qu’a pu dire M. Bayrou, le 15 juillet n’était pas « le moment de vérité », mais « le moment de duplicité ». Sachant qu’il ne le mettrait pas en œuvre, il pouvait même prescrire un traitement de choc encore plus violent.

À l’été 2024, après l’échec de la dissolution, les Françaises et les Français ont eu droit au « j’y suis, j’y reste » de M. Macron. À l’été 2025, ils ont droit au « je me barre » de M. Bayrou.

Vraiment, la France mérite mieux que cette pantalonnade. Et c’est un jeu dangereux auquel se livrent les deux têtes du pouvoir exécutif.

Par sa dérobade, M. Bayrou entend éviter la censure qui le guettait. Tel un président du Conseil de feu la IVᵉ République, il soigne sa sortie. Il entend tomber sur la question financière pour prendre plus tard, et peut-être plus tôt qu’on ne le pense, la posture du « je vous l’avais bien dit ». Par exemple, en figurant une nouvelle fois sur la ligne de départ de la prochaine présidentielle. Mais n’est pas Pierre Mendès-France qui veut, puisqu’il s’y réfère. Et Mendès-France n’est jamais revenu au pouvoir.

En acceptant les palinodies de son Premier ministre, M. Macron se met dans une position qui ne sera pas longtemps tenable. Car la nouvelle, ou le nouveau locataire de Matignon – quelle qu’elle soit, ou quel qu’il soit – sera confronté(e) à la même insoluble équation parlementaire.

C’est évidemment Jean-François Copé qui a raison quand il déclare qu' »Emmanuel Macron doit accepter d’entendre que les Français ne veulent plus de lui et agir en homme d’Etat », « s’adresser aux Français et annoncer son départ dans six mois au lendemain des élections municipales de mars prochain ».

Bon prince, Jean-François Copé plaide ainsi pour une élection présidentielle anticipée « en mai 2026 », afin de laisser le temps de s’organiser aux forces politiques.

Pour ma part, j’aurais tendance à penser que le manège a assez tourné et que les forces politiques doivent être capables de se mettre d’accord dans un délai beaucoup plus court.

Ce délai est inscrit à l’article 7 de la Constitution : « Le scrutin pour l’élection du nouveau Président a lieu vingt jours au moins et trente-cinq jours au plus après l’ouverture de la vacance ».

Quand le général de Gaulle a démissionné, à la suite de l’échec du référendum du 27 avril 1969, le président du Sénat, Alain Poher, est devenu président de la République par intérim, et une élection présidentielle a été organisée dans ces délais constitutionnels. Le 15 juin, Georges Pompidou était élu président de la République.

Aux femmes et aux hommes politiques de se montrer enfin responsables !

Le temps est venu de mettre un terme au « en même temps » et au soi-disant « nouveau monde », qui s’est révélé pire que l’ancien, l’évolution de la dette publique en étant le révélateur incontestable.

Alain Tranchant

Source : France Soir

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