Iran : quand des femmes sont emprisonnées ou tuées pour avoir brûlé leur voile…

Par Patrick Ledrappier

En arrière-plan : carte de l’Iran actuel, pays sur lequel règne encore l’ayatollah Ali Khamenei (né le 19 avril 1939). Deuxième plan : deux jeunes femmes qui ont brulé leur voile et qui risque d’être emprisonnées ou tuées pout cela. Premier plan : Vladimir Poutine, Donald J. Trump et Xi Jiping

Note méthodologique : cet article repose sur un socle factuel établi à partir des informations documentées, disponibles et vérifiables à la date du 9 janvier 2026. En raison de la censure, des coupures de communication et de l’évolution rapide de la situation en Iran, certaines informations demeurent partielles, non confirmées officiellement ou impossibles à vérifier de manière indépendante au moment de la rédaction. Toute mise à jour factuelle ultérieure fera l’objet d’articles distincts, reposant sur un nouveau socle factuel actualisé.

L’Iran comme point de bascule géopolitique

   Ce qui se joue en Iran ne relève ni d’un simple soulèvement intérieur ni d’un épisode de plus dans la chronique autoritaire du Moyen-Orient.

   Le régime des mollahs occupe une position structurante dans l’équilibre régional. Il est au cœur de la fracture entre l’Iran, État chiite, qui exerce des influences diverses sur l’Azerbaïdjan (majorité chiite (≈ 65–75 %), Bahreïn, l’Irak (à travers des milices chiites), le Liban (Hezbollah), le Yémen (Houthis), et l’ensemble des États sunnites de la région.

   Ces derniers sont l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et, dans une moindre mesure, la Turquie.

   Cette ligne de faille, souvent réduite à une opposition théologique, constitue en réalité un système durable de rapports de force politiques, militaires et idéologiques, structurant les conflits et les alliances dans l’ensemble de la région.

L’Iran chiite n’est pas seulement un État parmi d’autres dans cet ensemble : il agit comme un centre d’exportation doctrinale et stratégique.

   Cette influence s’exerce notamment au Liban, à travers le Hezbollah ; en Irak, via des milices chiites intégrées ou parallèles à l’appareil étatique ; en Syrie, hier par le soutien militaire direct au régime de Bachar el-Assad, aujourd’hui par le maintien de réseaux sécuritaires, logistiques et paramilitaires destinés à préserver les positions acquises et les leviers iraniens sur le territoire syrien ; et au Yémen, par l’appui politique, militaire et technologique aux rebelles houthis, en confrontation directe avec les puissances sunnites de la péninsule arabique que sont l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et, dans une position plus périphérique mais stratégique, le Koweït.

   À travers ces relais armés et idéologiques, Téhéran projette une puissance indirecte, diffuse et assumée, qui fait du régime des mollahs un acteur central de la déstabilisation régionale. Toute rupture de ce régime affecterait mécaniquement l’ensemble de l’architecture sécuritaire du Moyen-Orient, bien au-delà des frontières iraniennes.

   À l’échelle internationale, un changement du régime iranien interroge directement les recompositions en cours autour des BRICS, déjà fragilisées par les récents événements vénézuéliens et l’échec de certaines dynamiques d’alignement idéologique anti-occidental.

   Elle pose surtout une question que peu d’acteurs semblent prêts à affronter : par quoi peut être remplacé ce pouvoir théocratique ?

   L’effondrement d’un pouvoir théocratique ne débouche pas mécaniquement sur un ordre politique stable ou sur un ordre politique qui garantisse les libertés individuelles.

   Il ouvre un temps de transition incertain, où se joue aussi le sort des anciens dignitaires, dont certains cherchent déjà des voies de repli, notamment en Europe et à Paris.

   La manière dont ces acteurs seront traités – accueillis, protégés ou tenus pour responsables – constitue un test politique majeur, révélateur des contradictions occidentales face aux régimes sanguinaires qu’ils ont longtemps tolérés, voire soutenus.

   I. Ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas

   20 provinces sur 31, ou toutes les provinces ?

   Depuis plusieurs jours, l’Iran est traversé par une vague de manifestations contestataires dont l’ampleur géographique est désormais établie, mais dont l’intensité exacte demeure impossible à mesurer.

   À ce stade, des mobilisations ont été signalées dans au moins vingt des trente-et-une provinces du pays, couvrant aussi bien la capitale que des régions périphériques, urbaines comme rurales. Cette base constitue le socle factuel vérifiable actuellement disponible.

   Parallèlement, certaines sources issues de groupes de réfugiés iraniens en Occident affirment que la contestation s’étendrait à l’ensemble des provinces depuis le 8 janvier 2026. Ces affirmations, bien que convergentes dans plusieurs témoignages, ne peuvent pas, à ce jour, être confirmées de manière certaine et indépendante, en raison des restrictions sévères qui pèsent sur la circulation de l’information.

   L’Iran compte environ 90 millions d’habitants, dont près de 10 millions dans la seule ville de Téhéran, et plus de 15 millions à l’échelle de son aire métropolitaine. La participation de la capitale, combinée à celle de nombreuses grandes provinces, confère à la contestation une portée démographique significative, indépendamment de l’absence de chiffrage consolidé du nombre de manifestants.

   Un contrôle quasi-total de l’information

   Ce que l’on sait, en revanche, c’est que l’information circule sous contrainte. Les précédents récents ont établi que les autorités iraniennes disposent de moyens éprouvés pour restreindre l’accès à Internet, filtrer les plateformes de communication et limiter la diffusion d’images, de témoignages et de données indépendantes. Dans un tel contexte, toute tentative de consolidation chiffrée devient délicate, voire impossible, à ce stade.

   Une contestation étendue, sans chiffrage consolidé

   Les manifestations recensées concernent un nombre significatif de provinces iraniennes, touchant des territoires aux profils sociaux, ethniques et économiques très différents, sans qu’il soit possible, à ce stade, d’en mesurer l’ampleur numérique globale.

   En l’absence de données consolidées, les images disponibles constituent l’un des rares indicateurs observables. De nombreuses vidéos attestent des rassemblements denses, occupant des artères centrales, des places publiques ou des axes structurants dans plusieurs villes.

   Ces images établissent un point précis : la mobilisation ne se limite pas à des groupes marginaux ou symboliques. Dans plusieurs localités, elles donnent à voir des foules visiblement importantes, parfois présentes sur des séquences prolongées, sans que ces observations permettent, pour autant, une quantification fiable à l’échelle nationale.

   II. Répression : des méthodes déjà documentées avec des tirs à balles réelles et des morts

   Si l’ampleur exacte de la répression en cours ne peut, à ce stade, être établie avec précision, les capacités et les méthodes de l’appareil sécuritaire iranien sont, elles, solidement établies. Les précédents récents fournissent un cadre factuel clair quant aux moyens dont disposent les autorités pour contenir – voire écraser par la force – une mobilisation populaire.

   Lors des grandes vagues de contestation antérieures, les forces de police anti-émeute (NAJA) ont eu recours à une combinaison d’outils classiques de maintien de l’ordre : gaz lacrymogènes, matraques, arrestations massives, mais également, dans plusieurs cas attestés, à des tirs à balles en caoutchouc et à balles réelles, ayant entraîné des morts parmi les manifestants.

   Ces pratiques ont été rapportées, recoupées et attestées par des organisations internationales de défense des droits humains ainsi que par de multiples sources médiatiques, sans que leur réalité ait été contestée sur le fond.

   À ces unités s’ajoutent les forces spéciales, notamment les unités anti-émeute connues sous les appellations Yeganeh Vijeh ou NOPO. Celles-ci sont régulièrement déployées dans les grandes agglomérations lors de phases de tension, avec pour mission des interventions ciblées, des arrestations sélectives et une répression directe des rassemblements jugés sensibles par les autorités.

   La Gestapo du régime des mollahs :  Gardiens de la Révolution (Pasdaran) et milices Basij

   Les Gardiens de la Révolution (Pasdaran) et les milices Basij constituent un échelon distinct de l’appareil sécuritaire iranien, à la fois militaire, idéologique et territorial. Leur rôle dépasse largement le maintien de l’ordre au sens classique et s’inscrit dans une logique de contrôle politique, social et moral de la population.

   L’expression « Gestapo du régime des mollahs » ne relève pas ici de la rhétorique gratuite, mais d’une analogie fonctionnelle : ces forces cumulent des missions de surveillance idéologique, de répression politique, d’intimidation systémique et de neutralisation violente des oppositions, souvent en dehors même du cadre judiciaire étatique iranien, lequel existe, d’ailleurs, formellement mais ne présente aucune indépendance réelle.

   Lors des crises précédentes, leur intervention, rapportée dans plusieurs provinces, a inclus des patrouilles armées, des arrestations massives, des disparitions temporaires – dont certaines auraient été signalées comme non élucidées à ce jour – des actes de torture en détention, ainsi que des tirs mortels à balles réelles contre des manifestants non armés.

   Ces pratiques ne constituent pas des dérives isolées, mais s’inscrivent dans un mode opératoire récurrent, destiné à briser toute contestation perçue comme existentielle pour le régime des mollahs.

   Il convient de rappeler que ces faits concernent principalement des épisodes antérieurs, notamment en 2019 et 2022. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à une reproduction mécanique ou à une intensification identique en 2026.

   Ils établissent toutefois un point essentiel :

   Cet appareil de répression sanguinaire, caractérisé par le recours à la force létale, à des disparitions non élucidées et à des morts documentées, existe, il est structuré, et il a déjà été mobilisé sans retenue lorsque le régime islamique l’a jugé nécessaire.

   Le président des États-Unis, Donald Trump, a adressé plusieurs avertissements à la direction iranienne, déclarant notamment dans le cadre d’une mise en garde contre l’usage de la force létale contre les manifestants : « Vous feriez mieux de ne pas recommencer à tirer parce que nous tirerons aussi ».

   Éléments rapportés, non confirmés – ni infirmés par les mollahs – à ce stade

   Plusieurs informations d’une gravité particulière circulent depuis le 8 janvier 2026, principalement via des réseaux sociaux et des relais militants. Aucune n’a, à ce stade, fait l’objet d’une confirmation – ou d’une infirmation – officielle ni d’une vérification indépendante, en raison des restrictions sévères imposées à la circulation de l’information en Iran.

   Parmi ces éléments figurent des images montrant des manifestants incendiant le mausolée de Rouhollah Khomeini, fondateur de la République islamique en 1979.

   Bien que largement diffusées, ces images ne peuvent pas être authentifiées de manière indépendante, ni quant à leur date, ni quant à leur localisation exacte, ni quant à leur ampleur réelle.

   550 manifestants tués par balles réelles ?

   D’autres sources évoquent des épisodes de violence extrême dans plusieurs villes. À Karaj, jusqu’à 500 manifestants auraient été tués par les Gardiens de la Révolution selon des témoignages locaux relayés sur les réseaux sociaux.

   À Pardis, au moins 50 morts sont également mentionnés. Des tirs nourris auraient été signalés dans plusieurs agglomérations au cours de la nuit. Aucune de ces affirmations n’a, à ce stade, été confirmée – ou infirmée – par des sources officielles ou indépendantes.

   Enfin, plusieurs prises de position diffusées en ligne dénoncent une lecture réductrice du mouvement, limitée à des revendications socio-économiques, estimant qu’une telle approche occulte la dimension politique et révolutionnaire des manifestations en lutte pour renverser la « République islamique d’Iran ».

   III. Information sous verrou : coupures, filtrage, censure

   L’une des constantes des épisodes de contestation en Iran réside dans la maîtrise étroite de l’information et de sa diffusion par les autorités. Cette dimension est centrale pour comprendre non seulement ce qui est rapporté, mais surtout ce qui ne peut pas l’être.

   Lors des vagues de protestation précédentes, notamment en 2019 et en 2022, des coupures massives d’Internet ont été attestées par des organismes techniques indépendants.

   Ces interruptions ont pris des formes variées : suspension quasi totale de l’accès au réseau à l’échelle nationale, coupures ciblées de l’Internet mobile, ralentissements sévères de l’Internet fixe, ou encore blocage sélectif de plateformes de communication telles qu’Instagram, WhatsApp, Signal ou Skype.

   Ces restrictions ne relèvent pas de mesures ponctuelles improvisées, mais d’un dispositif éprouvé, capable d’être activé de manière graduelle lors de phases de tension.

   Elles ont pour effet direct de désorganiser la circulation de l’information, d’empêcher la diffusion d’images en temps réel, et de rendre extrêmement difficile la vérification indépendante des témoignages émanant des zones concernées.

   Dans ce contexte, l’absence de données consolidées sur le nombre de victimes, d’arrestations ou de manifestants ne saurait être interprétée comme une absence de faits, mais comme la conséquence d’un environnement où la production d’information non contrôlée par le pouvoir théocratique est structurellement entravée. La censure devient ainsi un facteur explicatif majeur de l’opacité actuelle.

   Il convient également de rappeler que, malgré les annonces publiques concernant la possibilité théorique d’un accès à Internet par satellite (Starlink), aucune preuve d’un usage effectif, documenté et significatif de tels dispositifs à grande échelle en Iran n’a été établie à ce jour.

   Cette absence de confirmation technique renforce le constat – au moment de la rédaction de cet article – d’un contrôle quasi général de l’information par le régime des mollahs.

   IV. Femmes, mœurs, libertés : un cadre répressif établi

   Au-delà des phases ponctuelles de contestation, la République islamique d’Iran repose sur un arsenal juridique et pénal durablement structuré, qui encadre strictement les comportements sociaux et les libertés individuelles. Ce cadre ne relève pas d’exceptions liées à des crises, mais d’un système normatif appliqué de manière continue.

   Flagellation publique – Emprisonnement – Mort par pendaison publique

   Plusieurs cas nominatifs illustrent la répression exercée à l’encontre de femmes ayant contesté le port obligatoire du voile. Des condamnations à de lourdes peines de prison ont été prononcées par les juridictions iraniennes, sur la base d’incriminations telles que la « propagande contre l’État » ou l’« incitation à la corruption et à la prostitution ».

   Ces affaires, largement relayées par des organisations de défense des droits humains et par des mécanismes onusiens, s’inscrivent dans un schéma répressif constant.

   Ce dispositif s’étend également aux mœurs et à la vie privée. Le Code pénal islamique iranien prévoit explicitement des sanctions sévères à l’encontre des relations homosexuelles, masculines comme féminines.

   Les articles 233 et 234 qualifient les relations sexuelles entre hommes (lavat) et prévoient la peine de mort en cas de pénétration, de contrainte ou de relation impliquant un mineur. Les articles 235 et 236 sanctionnent les actes homosexuels masculins sans pénétration par cent coups de fouet.

   Les relations homosexuelles entre femmes (mosaheqeh) sont définies aux articles 238 et 239 et punies de cent coups de fouet, avec des peines aggravées en cas de récidive. Ces dispositions s’inscrivent dans un cadre judiciaire où la preuve peut reposer sur l’aveu ou sur l’« intime conviction » du juge, conformément aux règles générales du Code pénal islamique.

   Dans ce cadre juridique, des peines de flagellation, de longues peines d’emprisonnement et, dans certains cas, des condamnations à mort exécutées par pendaison publique ont été effectivement appliquées au cours des dernières années, selon des organisations internationales de défense des droits humains et des mécanismes onusiens.

   Ces éléments ne constituent pas des faits isolés, mais dessinent un cadre répressif structurel et codifié, dans lequel toute contestation sociale ou individuelle s’expose à une réponse pénale lourde. Ils fournissent un arrière-plan essentiel pour comprendre la portée des mobilisations actuelles, sans préjuger de leur évolution ni de leur issue.

   V. Opposition en exil, silence international et sidération à gauche

   L’opposition iranienne en exil demeure active sur le plan médiatique, mais sans prise directe sur la situation intérieure. Aucune structure politique identifiable n’apparaît en mesure de peser concrètement sur le cours des événements à l’intérieur du pays.

   Dans le même temps, aucune réponse internationale à la hauteur de la gravité des faits rapportés n’a été formellement engagée. Les grandes puissances, les organisations internationales et les instances diplomatiques se limitent, à ce stade, à des déclarations prudentes – excepté pour le Président des États-Unis – ou à un silence de fait.

   Par ailleurs, en France et au Royaume-Uni, la gauche – soutien inconditionnel de l’islamisme et du port du voile comme outil de liberté – semble être dans un état de sidération qui la rend aphone.

   Il faut dire que ces tueurs de liberté et de joie de vivre ne sont pas à la fête depuis le 3 janvier et l’arrestation – sur ordre de Trump – d’une de leurs idoles, Nicolás Maduro, l’ex-chauffeur de bus devenu milliardaire après son arrivé à la tête de l’État vénézuélien et la destruction de l’économie du pays.

   Il en résulte une configuration claire : une population confrontée à un appareil répressif structuré, une opposition extérieure sans levier, et un environnement international qui n’intervient pas et une gauche occidentale qui a perdu la parole.

   « Quand des femmes sont emprisonnées ou tuées pour avoir brûlé leur voile… »

   Ce qui se joue en Iran ne révèle pas seulement la brutalité d’un régime théocratique à bout de souffle, ni même les incertitudes majeures qu’un changement de régime ferait peser sur l’ordre géopolitique – notamment en matière énergétique, de recomposition des BRICS, et donc d’équilibre entre les trois grandes puissances que sont les États-Unis, la Chine et la Russie.

   Ce qui se joue met à nu l’impasse historique d’un projet politique fondé sur la sacralisation du pouvoir, l’écrasement des libertés individuelles et la domination systémique des femmes.

   « L’acte de décès de l’islam politique… »

   Si le régime des mollahs venait à tomber sous la pression de sa propre population, ce ne serait pas seulement la fin d’un pouvoir théocratique. Ce serait l’acte de décès de l’islam politique comme projet de société, révélant son incapacité structurelle à produire autre chose que la violence, la misère et la corruption, derrière un discours moral de façade – à l’image d’autres idéologies totalitaires, déjà condamnées par l’histoire.

   « La victoire politique la plus éclatante des femmes… »

   Ce serait aussi, et peut-être surtout, la victoire politique la plus éclatante des femmes au XXIᵉ siècle, arrachée à un système qui a bâti sa survie sur leur soumission.

   Les femmes iraniennes ont fait de leur corps, de leur liberté et de leur refus un champ de bataille politique, exposant au grand jour la faillite morale de ceux qui prétendaient parler en leur nom.

   Ce serait également un formidable pied de nez à Alexander Van der Bellen, alors président fédéral autrichien, qui déclara en 2017 : « Les femmes pourraient être appelées à porter le voile par solidarité avec les femmes musulmanes… »

   Quand des femmes sont emprisonnées ou tuées pour avoir brûlé leur voile, le silence, l’embarras ou l’équivoque ne relèvent plus du relativisme culturel ou religieux : ils constituent une forme indéniable d’encouragement et de complicité.

   « Ne laissons pas à l’histoire le soin de juger… »

   Ne laissons pas à l’histoire le soin de juger sévèrement non seulement les mollahs, mais aussi ceux qui, hors d’Iran, ici même, en France, ont trouvé des excuses à leurs crimes – et qui, aujourd’hui encore, n’osent pas choisir clairement le camp de la liberté, que ce soit au Venezuela ou en Iran.

   Préparons-nous à les juger nous-mêmes.

   Sévèrement.

   Très sévèrement.

Patrick Ledrappier

Président co-fondateur

Libre Consentement Éclairé

PS : Des images vidéo diffusées en ligne montrent l’incendie d’un bâtiment présenté comme appartenant au Guide suprême Ali Khamenei. Si l’authenticité des images elles-mêmes ne fait guère de doute, l’identification précise du lieu et son rattachement formel au Guide suprême ne peuvent, à ce stade, être établis avec certitude. Des informations non étayées matériellement évoquent une possible démission du président Massoud Pezeshkian. À ce stade, aucun élément factuel observable ne permet de confirmer qu’un tel acte institutionnel a eu lieu (le 10 janvier 2026 à 16h00).
   Repères historiques, intellectuels et civilisationnels indispensables à la compréhension du monde perse iranien
   Sunnisme et chiisme :  Éléments de distinction : Le sunnisme et le chiisme constituent les deux principaux courants de l’islam. Leur divergence remonte à la succession de Mahomet au VIIᵉ siècle. Les sunnites ont reconnu comme légitimes les premiers califes élus par la communauté, tandis que les chiites ont considéré que la direction de l’islam devait revenir exclusivement à la lignée du Prophète, en particulier à Ali, son gendre.   Au fil des siècles, cette divergence initiale a produit des différences durables. Le sunnisme privilégie une autorité religieuse plus diffuse, fondée sur les savants religieux et les traditions (sunna), sans clergé centralisé. Le chiisme, notamment dans sa branche duodécimaine dominante en Iran, repose sur une hiérarchie cléricale structurée, accordant aux religieux un rôle politique et juridique central.   Au-delà de la théologie, cette distinction a pris une dimension politique et géopolitique. Le chiisme iranien s’est constitué en doctrine d’État, associant pouvoir religieux et pouvoir politique, tandis que la majorité des États sunnites ont conservé, à des degrés divers, une séparation relative entre autorité religieuse et gouvernement. Cette différence explique en grande partie la profondeur et la persistance des rivalités actuelles au Moyen-Orient.

   Antagonismes perses et arabes : une matrice historique, civilisationnelle et intellectuelle distincte du clivage chiisme/sunnisme

   Réduire les tensions régionales autour de l’Iran à une simple opposition entre chiisme et sunnisme relève d’une lecture paresseuse, voire volontairement aveuglante.   La fracture est aussi – et parfois d’abord – d’ordre ethno-historique, civilisationnel et intellectuel.   L’Iran est un État perse, héritier d’une civilisation plurimillénaire dotée d’une continuité linguistique, culturelle et étatique propre, historiquement distincte du monde arabe.    Les grandes puissances régionales qui s’opposent à lui – Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Égypte, Jordanie, Syrie, Irak arabe – relèvent d’un autre ensemble civilisationnel, issu de l’expansion arabe à partir du VIIᵉ siècle.   La conquête de l’Empire sassanide par les armées arabes – entre 633 et 651 – n’a jamais été digérée dans la mémoire perse. Elle constitue un traumatisme fondateur durable – l’équivalent, pour les Chinois, des guerres de l’opium de la fin du XIXᵉ siècle – régulièrement réactivé dans les rapports de force contemporains.   Contrairement au monde arabe, la Perse a conservé sa langue, son appareil administratif, ses traditions savantes et sa conception étatique du pouvoir, intégrant l’islam sans s’y dissoudre culturellement.   Cette singularité se reflète également dans l’histoire des relations extérieures.   Dès l’Antiquité, la Perse entretient des relations continues et structurées avec la Chine impériale, attestées au moins à partir du IIᵉ siècle avant notre ère, sous les dynasties Han en Chine et les empires parthe puis sassanide en Perse.   Ces relations reposent sur des échanges diplomatiques, commerciaux, scientifiques et intellectuels durables – et profitables aux deux parties – le long des routes de la soie.   À l’inverse, les relations entre la Chine impériale et les puissances arabes ont été plus tardives, plus fragmentées et largement limitées à des échanges marchands, sans construction d’un dialogue civilisationnel, scientifique et intellectuel comparable.   L’islam chiite, adopté et structuré par l’Iran, n’est donc pas seulement une option religieuse : il est devenu un marqueur civilisationnel, intellectuel et politique, articulant résistance identitaire, conception spécifique de l’autorité et opposition durable aux puissances arabes sunnites.   Dans les configurations géopolitiques contemporaines, cette rivalité se traduit par des luttes d’influence régionales, des conflits indirects et des stratégies de projection de puissance.   Le clivage confessionnel agit comme un vecteur, mais non comme la cause unique, d’antagonismes qui combinent dimensions religieuses, historiques, civilisationnelles, intellectuelles, ethniques, stratégiques et énergétiques.

Patrick Ledrappier

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