Incendie mortel d’Estrée-Blanche : le pompier blessé doit rembourser 9000 euros à l’assurance maladie

Vingt mois après le drame d’Estrée-Blanche – l’incendie qui a coûté la vie à cinq personnes dont deux sapeurs-pompiers – l’assurance demande à Aurélien Boidin, le pompier grièvement brûlé aux bras et aux cuisses, de rembourser près de 9 000 €.

B9720919834Z.1_20190916145045_000+G1QEFGTCB.2-0Aurélien Boidin, sorti de l’hôpital pour la cérémonie le 12 janvier 2018 à Lillers, avait été applaudi au cours de l’hommage national rendu à ses collègues Jonathan Cottrez et Arnaud Dauchy. PHOTO ARCHIVES SEVERINE COURBE

 

Après l’incendie dramatique qui, au final, a coûté la vie à cinq personnes dont deux pompiers volontaires lillérois, Aurélien Boidin avait été présenté comme un héros. Le sapeur-pompier 1re classe de 21 ans avait tenté de secourir ses deux collègues mais en vain. Dans son geste héroïque, il avait été sérieusement brûlé aux mains, aux bras et aux cuisses.

L’émotion qui avait suivi ce terrible incendie avait été aussi grande que la reconnaissance à ce jeune sauveteur. Lors de l’hommage national rendu à Arnaud Dauchy et Jonathan Cottrez, les applaudissements qui avaient accompagné son arrivée avaient été les seuls à rompre le silence. Emmanuel Macron l’avait reçu à l’Élysée parmi d’autres héros, Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur, lui avait remis l’ordre national du Mérite.

L’anonymat et les soins

Depuis, le quotidien d’Aurélien était redevenu plus anonyme, rythmé par les soins. Jusqu’à ce week-end où ses proches, scandalisés, ont décidé qu’il fallait qu’on reparle de lui. Parce qu’aujourd’hui, finis les louanges et les hommages : on lui demande de rembourser près de 9 000 €.

Depuis la Normandie où il a emménagé, Aurélien est amer. Pris en charge par l’assurance du Service départemental d’incendie et de secours suite à l’incendie, il explique « qu’en juin, suite à une expertise médicale demandée par l’assurance, au mois d’octobre, j’ai reçu un mail disant que mon arrêt n’était pas imputable à l’accident de travail depuis octobre ». Alors que son médecin avait décidé d’un nouvel arrêt de travail en octobre en vue d’une nouvelle opération (qui n’a eu lieu que vendredi suite à la perte de son dossier à Lille). « D’octobre à juin, l’assurance a continué de me payer et aujourd’hui elle me demande de rembourser la somme de 8 824,32 € », explique Aurélien.

 

« Ça commençait à aller mieux, j’avais retrouvé du travail mais là, ça me met au fond du trou.  »

Impossible pour lui « de sortir une telle somme comme ça ». Ayant refusé l’échéancier que propose l’assurance – « Même si c’est 100 € par mois, ça prendra huit ans » – Aurélien conteste cette décision. D’autant qu’il a encore subi une greffe totale du pouce vendredi, l’obligeant à prendre un nouvel arrêt de travail.

« Je suis retourné un an et demi en arrière, confie-t-il. Ça commençait à aller mieux, j’avais retrouvé du travail mais là, ça me met au fond du trou. Je le vis très mal. J’ai le sentiment d’être l’oublié d’Estrée-Blanche. » Alors il a décidé de dénoncer cette situation « pour que ça remonte au plus haut ». En médiatisant sa situation, en partageant son combat sur Facebook et, lancée par la marraine de sa compagne, en ouvrant une cagnotte pour rassembler la somme.

Depuis samedi, le message est largement relayé, notamment par les pompiers, choqués du traitement réservé à celui qui souffre encore aujourd’hui dans sa chair et dans sa tête du drame d’Estrée-Blanche.

Un drame, un héros et son combat

7 janvier 2018. Un dramatique incendie survenu dans une maison de la rue des Coquelicots à Estrée-Blanche cause la mort des Benoît et Pauline Boutoille, deux jeunes de 16 et 20 ans, et deux sapeurs-pompiers, dans la nuit de samedi à dimanche. Arnaud Dauchy, 21 ans, et Jonathan Cottret, 32 ans, volontaires à la caserne de Lillers perdent la vie aussi dans l’incendie. Aurélien Boidin, un de leurs collègues âgé de 21 ans, est sérieusement brûlé en tentant de leur porter secours.

12 janvier 2018. Un hommage national, en présence du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, est rendu aux deux pompiers volontaires Arnaud Dauchy et Jonathan Cottrez. Aurélien, qui a pu sortir de l’hôpital en fauteuil roulant pour y assister, est applaudi à son entrée sur la place Jean-Jaurès.

26 janvier 2018. Aurélien Boidin, 21 ans, sort de l’hôpital. Mais ce n’est que le début de son suivi médical : six opérations et greffes, « plus toutes les anesthésies générales pour les soins ». Vendredi dernier encore, il a subi une nouvelle greffe totale du pouce.

30 janvier 2018. Le président de la République Emmanuel Macron a invité, mardi soir à l’Élysée, des « héros du quotidien  » à l’occasion de ses vœux aux forces vives de la nation, aux bureaux des assemblées, au Conseil de Paris, aux corps constitués. Parmi eux, Aurélien Boidin.

11 mai 2018. Grièvement blessée, Sylvie Boutoille, la mère de Benoît et Pauline, succombe.

17 mai 2018. Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb remet la médaille de l’ordre national du Mérite à Aurélien Boidin. Le SDIS du Pas-de-Calais lui a, lui, remis la médaille du courage et du dévouement échelon argent.

23 octobre 2018. Aurélien doit passer devant un médecin expert

Décembre 2018. Aurélien et sa compagne s’installent en Normandie.

Juin 2019. L’assurance envoie un mail à Aurélien lui disant qu’à partir d’octobre 2018 – et l’expertise – son arrêt de travail n’est pas imputable à l’accident et qu’il doit rembourser les 8 824,32 € qu’il a perçus depuis cette date.

Juillet 2019. Aurélien reprend une activité professionnelle comme chauffeur livreur dans une blanchisserie. Mais sa dernière opération, la semaine dernière, l’a contraint à se mettre à nouveau en arrêt de travail.

14 septembre 2019. La mobilisation s’organise pour aider Aurélien, avec une page Facebook créée et une cagnotte leetchi ouverte.

Source : La VDN

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