Guerre d’Ukraine- 5 mars 2022 – Jour 10 – Point de mi-journée

Le Courrier des Stratèges publie à midi et à minuit un bilan de l’évolution de la Guerre d’Ukraine. Avec une double perspective, croisée: la guerre sur le terrain; et le conflit stratégique global que les Etats-Unis essaient d’organiser contre la Russie – en prenant le risque très clair d’une escalade

08h00: On commence à avoir des cartes de plus en plus précises. La carte ci-dessus, produite par “Ukrainian War Map”  sur twitter, rend compte à 00h00 le 5 mars à la fois des avancées russes sur différents points du front mais aussi des territoires effectivement contrôlés à 100% par l’armée russe. 

Evidemment, une carte comme celle-ci est plus lisible: 

En revanche, ce qui m’intéresse, c’est le point de vue – hostile à Poutine mais réaliste qu’en donne Bill Roggio: “Cette carte, de@BBC montre à quel point la situation autour de Kiev est précaire. Si l’avancée russe vers l’ouest rejoint les forces autour de la capitale, ce sera la fin de la partie pour Kiev et Tchernihiv, ainsi que pour toutes les forces qui y sont encerclées. Dans le sud, la Russie est sur le point de prendre le contrôle total du territoire ukrainien le long de la mer Noire. Si Mykolaiv tombe aux mains des forces russes, la perte d’Odessa est très probable. La marine de l’UKR a sabordé son navire amiral dans le port de Mykolaiv hier.L’opération russe n’en est qu’au début de la deuxième semaine. Une opération de cette ampleur et de cette portée n’allait jamais prendre quelques jours pour se terminer. Pensez plutôt à des mois. Les Ukrainiens opposent une résistance acharnée face à une situation difficile, ralentissant les Russes. Si les choses continuent ainsi, seul l’effondrement du gouvernement de Poutine peut changer la trajectoire. Poutine est complètement impliqué, il ne peut pas faire marche arrière sans perdre tout. Sa chute nécessiterait un coup d’État.Zelensky est dans une impasse car il a juré de rester à Kiev. S’il quitte la capitale, il abandonne son peuple et risque son gouvernement. S’il reste, il risque d’être capturé ou tué.”.

Roggio, rédacteur du Long War Journal, est un ancien militaire (années 1990). Il comprend ce qui se passe sur le terrain. Il nous fait saisir aussi combien les Américains réalistes sont enragés. A son niveau, comme le sénateur Lindsay Graham, il rêve de la chute de Poutine. Là où il se trompe, c’est que Zelensky a sans doute quitté Kiev depuis huit jours. Mais la machine médiatique occidentale fait tout pour le dissimuler. Car, comme le dit Roggio, quand ça se saura, l’effondrement est probable. 

09h00: Ces minutes sur un média indien concernant la question de savoir si Zelensky a quitté Kiev ou l’Ukraine sont un morceau d’anthologie. A écouter en entier. Le meilleur passage: lorsque le journaliste britannique interrogé dit: “Ce serait très étonnant, étant donné que Zelensky est un héros. Il a été omniprésent sur les médias sociaux depuis une semaine“. 

Cette incapacité des Occidentaux désormais à faire la différence entre le virtuel et le réel ! C’est un des facteurs qui rend la présente situation particulièrement dangereuse.  

Dans tous les cas, Zelensky est aux abois. Il a réagi amèrement au refus de l’OTAN de faire de l’Ukraine une zone aérienne exclusive. Et il va s’adresser par zoom plus tard dans la journée au Sénat américain. Nous sommes dans une crise de Cuba au ralenti; avec un Zelensky encore plus déjanté que le Castro d’octobre 1962 – celui qui voulait que Khrouchtchev aille au conflit nucléaire. 

Sur le terrain

10h00. Aperçus sur la situation militaire. 

Front du Donbass hier 4 mars en fin de soirée
Au nord, (…) continuation du contournement de Severodonetsk, pour retomber sur le nord de Slavyansk et Kramatorsk… Qui n’attend qu’une poussée depuis le sud, par l’Est de Zaporozhye et de Dnipropetrovsk, pour encercler une grande quantité de troupes kiéviennes.
Au sud, Marioupol est isolée, le front principal s’en éloigne.“. 

Cependant, il faut noter: “Marioupol et Volnovakha (entre Marioupol et Donetsk), qui sont encerclées par les forces LDNR, vont bénéficier d’une trêve locale mise en place par l’armée Russe en concertation avec Kiev, pour l’évacuation des civils. Entre 12h et 17h, heure locale.
Mais l’armée kiévienne répond que les conditions ne sont pas réunies pour l’évacuation des civils.
L’armée Kiévienne essaie d’éviter la fuite des civils, qui empêchent les LDNR de mener des combats violents. C’est ce qu’on appelle, se servir des civils comme d’un bouclier humain“.

Nord de la Crimée, sud Ukraine

Préparation de la poussée vers le nord évoquée ci-dessus.

Les villes en rouge sur fond jaune sont contrôlées par les forces russo-LDNR. Celles en bleu sur fond jaune sont contrôlées par Kiev“. 

La région d’Odessa est la cible de frappes aériennes (ou par missiles de croisière) (…)Les frappes contre le secteur d’Odessa ont détruit le bâtiment contrôlant le radar de surveillance de l’espace extra-atmosphérique à Velikodolinsky, au sud-ouest d’Odessa“.

Encerclement progressif de Kiev:

Dans les banlieues nord-ouest de Kiev, la situation est la suivante :
Les Forces Russes sont situées le long de la voie ferrée.
Les Ukrainiens n’ont jamais atteint Gostomel.
Le groupe blindé russe s’est retranché à l’Est de Gostomel, près du complexe résidentiel “Pokrovsky” dans la rue Svyato-Pokrovskaya au sud du ruisseau Rokach.
Le groupe a été engagé par des blindés kiéviens, comme en témoignent les impacts d’obus sur les bâtiments du complexe résidentiel de la partie centrale de Bucha.
Les kiéviens contrôlent la rue Shevchenko, au moins jusqu’à l’intersection avec la rue Vokzalnaya.

Vorzel, le nord-ouest de Bucha et la zone au sud de Gostomel, sont sous contrôle Russe.”

La bataille de Karkov continue: “Kharkov est toujours la cible de bombardements, par les deux parties en conflit (…) L’évacuation de Kharkov par le train, en direction de Lvov, est privilégiée, car les bandes armées kiéviennes bloquent l’évacuation par la voie routière”.

La guerre hors frontières

Utile rappel à la déontologie journalistique

11h00 – Zelensky joue la seule carte qui lui reste, une guerre de propagande. Mais recommandons ce texte décapant paru dans Dreuz Info, traduction d’un article américain. C’est d’autant plus intéressant que Dreuz Info, média conservateur, est très anti-Poutine: 

“Si vous avez suivi la couverture médiatique du conflit en Ukraine, il doit vous sembler évident qu’un narratif est mis de l’avant.

Le président Volodymyr Zelensky est comparé à Winston Churchill durant la Seconde Guerre mondiale. Il est décrit comme un leader dirigeant son peuple en des temps périlleux, en passe de devenir une figure inspirante.

Il a refusé la proposition américaine d’être exfiltré de la capitale, en lançant la boutade suivante : « J’ai besoin de munitions, pas d’un taxi. »

Il diffuse des vidéos depuis les rues désertes d’Ukraine et poste des photos de lui-même avec son cabinet.

Des photos de lui en tenue militaire sur le front sont diffusées.

En résumé: M. Zelensky est dépeint comme Churchill, Rambo et un influenceur de médias sociaux tout en un.

Pour ne pas être en reste, une ex-Miss Ukraine et la première dame de l’Ukraine, Olena Zelensky, auraient rejoint l’armée.

Des moments larmoyants sont diffusés montrant des soldats ukrainiens qui font leurs adieux à leurs familles et des enfants dans les rues leur faisant signe de partir à la guerre.

On voit des photos de soldats russes retenant des jeunes filles ukrainiennes en otage. On peut voir des images déchirantes d’enfants ukrainiens blessés, de soldats ukrainiens tués et d’explosions.

Nous voyons le courage d’une enfant ukrainienne qui tient tête à un soldat russe, lui ordonnant presque de quitter son pays.

Tout cela est très poignant et inspirant jusqu’à ce que vous vérifiez les images.

  • Les photos de M. Zelensky en tenue militaire datent du 11 février 2021 et du 9 avril 2021.
  • La photo du soldat russe tenant des Ukrainiennes en joue est une photo de 2005 prise en Judée-Samarie.
  • Ni la première dame de l’Ukraine ni l’ex-Miss Ukraine ne se sont engagées dans les forces armées.
  • La photo d’adieux larmoyants de soldats ukrainiens au cours de l’invasion était en fait la photo d’un moment de retour heureux de Marines américains. – – Une photo des enfants ukrainiens envoyés à l’armée pour la guerre avec la Russie est une image datant de 2016.
  • La vidéo montrant une jeune Ukrainienne tenant tête à un soldat russe, est en fait une vidéo tournée en 2012 en Judée-Samarie.
  • Une vidéo tournée en Syrie a été faussement partagée comme étant une attaque russe en Ukraine.
  • Une photo déchirante d’un enfant blessé pendant la guerre en Syrie a été partagée comme présentant une victime du conflit entre la Russie et l’Ukraine.
  • Un moment poignant du film a été partagé comme des scènes de l’Ukraine déchirée par la guerre.

Les exemples sont nombreux, et tous montrent le côté ukrainien sous un bon jour, ce qui permet de comprendre qui en sont les créateurs.

Ils prouvent l’adage selon lequel la vérité est la première victime de la guerre.

Il est également intéressant de noter que M. Zelensky a été vu dans des rues sombres et désertes d’Ukraine ou dans des lieux intérieurs, mais jamais dans des lieux publics en Ukraine où la date pourrait être vérifiée.

Maintenant, il est possible qu’il reste derrière des portes closes pour des raisons de sécurité.

Une proportion étonnante de 91 % des Ukrainiens approuve la performance de M. Zelensky. C’est une bonne nouvelle pour lui, qui n’était qu’à 28 % d’approbation du public après la pandémie.

Les vidéos continuent d’inonder la zone, et les médias les rapportent consciencieusement.

Hier, une vidéo émouvante montrait un soldat russe capturé fondant en larmes en buvant du thé et des Ukrainiens appelant sa mère pour lui dire qu’il va bien.

Même des organismes d’information tels que la BBC utilisent des images de téléphones portables dont ils ne peuvent vérifier l’authenticité. Ils les présentent avec un avertissement, mais la question demeure : pourquoi les montrer si elles ne peuvent être vérifiées ?

L’émergence d’une sphère économique indépendante de l’Occident ? 

12h00: Les réserves d’or de la Russie ont été multipliées par cinq en dix ans. Elles sont maintenant presque équivalentes à celles de la France et supérieures à celles de la Chine.  Moscou s’apprête à faire voter la suppression de la TVA sur les ventes d’or. Cela revient à remonétiser l’or en Russie. 

Il est encore trop tôt pour évaluer ce qu’une interconnexion du System for Transfer of Financial Messages (SPFS) russe (créé après l’annexion de la Crimée en 2014) et du Cross-border Interbank Payment System (CIPS) chnois peut donner. Mais il va falloir étudier cela de près. La floraison d’articles de journaux, dans la presse asiatique de langue anglaise qui expliquent que le CIPS chinois ne peut pas servir de remplacement à SWIFT pour la Russie donne plutôt à penser que les Russes disposent d’un élément d’alternative à condition que les outils soient développer. (ici, ici et ici)

Ce n’est que le début, en tout cas, d’une lutte d’influence qui sera terrible entre les Américains et d’autres pays. Les Etats-Unis ont cherché hier à mettre sous pression l’Inde pour s’être abstenue à l’ONU de condamner la Russie lors du vote de l’Assemblée Générale. Puis ils ont critiqué la Chine. Et la Corée est soumise à pression maximale pour abandonner ses relations économiques et commerciales avec la Russie. 

Source : Le Courrier des Stratèges

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