Général Soubelet :« L’affaire Benalla révèle l’effondrement de la classe politique»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour Bertrand Soubelet, l’affaire du faux policier, ses répercussions médiatiques et l’exploitation qu’en a fait l’opposition témoignent d’une spectacularisation et d’un délitement de notre vie politique.

 


Général de corps d’armée, ex-numéro trois de la gendarmerie nationale, Bertrand Soubelet est l’auteur de Tout ce qu’il ne faut pas dire (Plon), ouvrage sans concessions sur la situation de la France, et Sans autorité, quelle liberté? (éd. de l’Observatoire).


L’affaire Benalla est un cas d’espèces révélateur de la non-maîtrise du pouvoir, d’un certain degré d’amateurisme et de l’utilisation des institutions à des fins politiciennes.

C’est aussi l’occasion de l’affrontement du vieux monde politique et d’un monde qui se targue d’être d’une autre nature. Cet affrontement en dit long sur l’état de notre démocratie et de l’usage que la classe politique en fait.

Et les Français sont les spectateurs de ces dysfonctionnements auxquels personne n’est en mesure d’apporter une réponse simple et de bon sens.

Les choix qui ont été faits pour cette affaire sont très contestables pour plusieurs raisons.

Première d’entre elles:

La profusion des enquêtes, judiciaire, administrative et les deux commissions parlementaires nuit à la clarté des débats.

S’agissant d’un comportement délictuel sur la voie publique, les investigations judiciaires étaient la priorité. L’enquête administrative était le deuxième volet essentiel.

La position de ces fonctionnaires, collaborateurs et militaires est absolument intenable. Leur devoir de loyauté les met en difficulté à chaque question et toutes les auditions en témoignent.

Déclencher une commission d’enquête au Sénat et à l’Assemblée Nationale pour la dérive d’un collaborateur de l’Élysée relève d’une logique dictée par des considérations politiciennes.

Par ailleurs justifier ces enquêtes en arguant des attributions constitutionnelles du Parlement chargé de contrôler l’action du Gouvernement est pour le moins osé.

Parce que d’une part la Présidence de la République n’est pas le Gouvernement et d’autre part les faits initiaux ne concernent pas «l’action politique du Gouvernement» mais le fonctionnement de l’administration pour ce qui concerne la présence de M. Benalla sur la voie publique le 1er mai.

En réalité tous les opposants au pouvoir en place ont saisi cette opportunité pour faire le procès du «système Macron» et ont instrumentalisé nos institutions pour mettre le Chef de l’État en difficulté.

Deuxième raison

La nature des auditions et des questions ne permet pas la sérénité des débats.

Auditionner les différents responsables de l’Élysée ou de la Préfecture de Police par les commissions d’enquête est un exercice qui ne pouvait pas apporter d’éléments objectivement fiables. En effet la position de ces fonctionnaires, collaborateurs et militaires est absolument intenable. Leur devoir de loyauté envers le Président de la République les met en difficulté à chaque question et toutes les auditions en témoignent.

Le fond de l’affaire saute aux yeux comme une évidence: le pouvoir en place a laissé cohabiter depuis l’élection présidentielle les restes d’une équipe semi-professionnelle issue de la campagne avec un dispositif institutionnel éprouvé. Le groupe de sécurité de la Présidence de la République (GSPR) est composé de gendarmes et de policiers de très haut niveau formés pendant plusieurs années aux tâches de protection du Président de la République. Car on ne protège pas le Président de la République comme une autre personnalité.

Dernière raison:

Le traitement médiatique de cette dérive individuelle a pris une ampleur hors de proportion avec le fond de l’affaire.

La diffusion en direct des auditions parlementaires donne une dimension de procès public sans que le principal responsable soit présent. Mais qui est-il finalement?

M. Benalla ou le Président de la République?

L’intervention télévisée à une heure de grande écoute de celui par qui le scandale arrive est incongrue. Donner la parole à quelqu’un qui n’a pas respecté la règle en plusieurs occasions est surprenant. Il aura la parole le jour où il sera convoqué devant la Justice.

Il ne sort jamais rien de positif de l’agitation et des excès.

Remettons les choses à leur place.

Finalement il ne sort jamais rien de positif de l’agitation et des excès.

Il n’est pas imaginable que les commissions préconisent quoi que ce soit dans le fonctionnement interne du Palais de l’Élysée et cela prouve les limites de nos institutions.

Ce spectacle consternant aura semé la perturbation dans les services dont les acteurs ont joué contre leur gré une partition imposée par leur statut et leur inégale conception de l’honneur.

Elles donneront un sentiment d’inachevé à tous les Français alors qu’une des motivations invoquées par toutes les formations d’opposition était la «vérité due à tous les Français». Encore un mensonge politique.

Il est probable que ce nouvel épisode éloigne encore davantage de Français de la vie publique et confirme ce sentiment de rejet de la politique qui s’est exprimé par le taux d’abstention lors du deuxième tour en mai 2017.

La démocratie n’aura pas progressé mais nous aurons appris comment il est possible à partir d’une dérive individuelle de déclencher une crise politique et institutionnelle dont le pays ne sortira pas grandi. Elle permet de mettre à nouveau en lumière que le recul, la lucidité et la méthode sont toujours préférables à l’irrationnel, à l’affect et aux calculs de basse politique.

Cela nous rappelle également à grands frais que seul l’intérêt du pays doit guider tous les acteurs politiques dont la ligne de conduite doit être l’exemplarité.

Et là, les marges de progrès sont gigantesques.

Source : Le Figaro

 

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