Gendarmerie : la cellule d’investigation criminelle, le pays des lapins blancs

201802250943-fullSupport poreux ou pas, après traitement, hop, «miracle», Jean-Michel fait apparaître une empreinte nette./ Photo DDM Nedir Debbiche.

Sur une scène de délit ou de crime, les techniques d’investigations un peu poussées, c’est l’affaire de la cellule d’investigation du groupement. Des spécialistes de terrain et de laboratoire.

Derrière une simple porte, à l’étage d’un bâtiment du groupement de la gendarmerie du Gers, sise à Auch, s’ouvre un lieu quasi confidentiel où même la fenêtre ne contemple qu’une façade muette : le laboratoire de la cellule d’investigation criminelle et numérique (CICN). Il ne s’agit pas d’un lieu type «Secret Défense». Mais, ici, pas de photographie et encore moins de vidéo. Le strict contrôle de l’organisme de certification n’apprécierait guère, considérant même qu’il constaterait alors une entorse rédhibitoire aux règles édictées pour l’obtention ou le maintien d’une habilitation. «Ici, chaque passage débute par la blouse et s’achève obligatoirement par une désinfection complète», signale d’emblée Jean-Michel Clarac, guide du jour. Le local se divise en deux parties : l’une pour l’exploitation numérique des données papillaires et l’autre destinée à un travail sur des prélèvements. Et celui qui a intégré la cellule en 2014 de signaler : «Tous les groupements de France possèdent un plateau technique ; s’ils n‘ont pas tous les mêmes outils, les problématiques n’étant pas les mêmes partout, les méthodes de travail restent strictement formatées de la même manière. Condition sine qua non de la certification.»

D’abord la scénographie

Mais attention, les gens de la CIC soulignent qu’ils ne sont pas les premiers de la chaîne. La première approche reste donc primordiale : «Le gel des lieux par les primo-intervenants. La mise en place d’un protocole pour qu’il n’y ait pas de pollution», insiste le lieutenant Michel Haupaix (cf. encadré). Jean-Michel Clarac rappelle en effet que «l’affaire Grégory a relancé l’investigation criminelle en démontrant la nécessité de formuler des méthodes, le besoin de connaissances et de technicités. Le droit pénal ayant largement évolué, les aveux ne suffisent plus.»

Erwan, Ingrid, Edwige et Jean-Michel, les hommes et femmes de cette cellule interviennent sur le terrain et/ou dans leur laboratoire «à la demande». Celle-ci peut être formulée par un magistrat ou sur réquisition d’un officier de police judiciaire.

«Nous sommes les lapins blancs que l’on voit arriver sur une scène délictuelle ou criminelle, sourit Jean-Michel. Notre partie, ce sont les prélèvements, les relevés… et surtout, le «gel» de la scène au moyen notamment de prises photographiques voire vidéos. Nous recherchons traces et indices. Nous travaillons avec des combinaisons à usage unique. Sur le terrain, on peut même en changer plusieurs fois. Là aussi, il s’agit d’un protocole vestimentaire imposé en fonction des prélèvements. Tout acte est méticuleusement noté. Tout ce qui peut permettre, plus tard, d’analyser, décrypter, comprendre… est ramené à Auch.»

Évidemment le laboratoire Gersois, pour l’heure en tout cas, n’est pas équipé pour mener des analyses très poussées. «Nous sommes des gratteurs. Nous effectuons in situe l’analyse et le traitement de certaines traces papillaires dans notre zone physico-chimique. Ici, notre tâche première mais primordiale, ce sont les prélèvements et leurs conditionnements, destinés à des laboratoires privés agréés ou à notre site de gendarmerie de Pontoise, qui traite notamment ce que l’on nomme la délinquance de masse, soit quelque 5 000 échantillons jour.»


Une brigade spécialisée à deux têtes

Le CIC fait partie de la brigade départementale de renseignements et d’investigations judiciaires, qui regroupe donc deux cellules : l’investigation criminelle qui possède également un volet nouvelles technologies numériques dont le spécialiste attaché aux enquêtes et Stéphane Dupin (expert en traitement et analyse) , et celle qui, composée de 4 personnels, œuvre dans le renseignement et la gestion des fichiers. Cette unité d’appui aux brigades et leurs enquêteurs est placée sous le commandement du lieutenant Michel Haupaix. «Nous pouvons en effet compter sur une centaine de techniciens en identification criminelle de proximité», souligne le lieutenant.

A signaler que le comité français d’accréditation qui attribue la certification a effectué sa dernière visite de la CIC Gers , aléatoire(!) en 2016.

Serge Boulbès

Source : La Dépêche

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