Gazole à près de 2,50 € : les « gueux » passent à l’huile de colza

À force de voir les chiffres grimper sur les panneaux des stations-service, certains automobilistes ont fini par regarder ailleurs. Mi-septembre, le gazole frôlait les 2,50 euros dans la majorité des stations françaises. À côté, une bouteille d’huile de colza alimentaire peut encore se trouver autour d’un euro, selon les marques et les magasins. La comparaison est vite faite.

On peut rire de la voiture qui sent la frite. Beaucoup moins des ménages obligés de choisir entre se déplacer, remplir le frigo et se soigner.

Résultat : sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent des conducteurs versant de l’huile alimentaire dans le réservoir de leur diesel. Pas pour transformer leur voiture en friteuse expérimentale, mais parce que remplir le réservoir est devenu, pour certains ménages, une dépense de plus en plus difficile à absorber.

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Une bouteille de colza contre un plein devenu hors de prix

La scène peut facilement prêter à sourire. Une vieille diesel, quelques bouteilles du rayon alimentation et bientôt une odeur de frites à l’échappement. Mais derrière la débrouille, les chiffres sont moins amusants.

Selon le baromètre Ipsos/Secours populaire 2026, 46 % des Français déclarent rencontrer des difficultés pour payer leurs frais d’essence ou leurs abonnements de transport. Ils sont également 71 % à s’inquiéter de leur capacité à faire face à la hausse des carburants.

Plus frappant encore : 28 % disent avoir déjà renoncé à des dépenses essentielles, notamment alimentaires ou médicales, pour pouvoir mettre du carburant dans leur véhicule.

À ce niveau-là, la bouteille d’huile dans le réservoir ressemble moins à une lubie qu’au symptôme d’un budget arrivé au bout de la jauge.

Sur un vieux diesel, ça peut rouler. Sur un moteur récent, gare à la facture

Un moteur diesel peut effectivement fonctionner avec certaines huiles végétales dans des conditions particulières. Les anciens moteurs sont généralement plus tolérants. Les diesels modernes à injection haute pression, eux, apprécient beaucoup moins l’expérience.

L’huile alimentaire est notamment beaucoup plus visqueuse que le gazole. Elle peut provoquer une mauvaise combustion, favoriser les dépôts et endommager le circuit d’injection.

Christine Rousselle, professeure à l’université d’Orléans et spécialiste de la combustion, prévient ainsi, dans des propos rapportés par France 3 et Boursorama : « Remplacer le diesel par du colza, c’est une économie sur le moment mais pas une économie sur le long terme. »

Autrement dit, les quelques dizaines d’euros économisés à la pompe peuvent rapidement disparaître dans une réparation du système d’injection.


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La douane apprécie encore moins la vinaigrette

Reste un autre problème : rouler sur route avec l’huile alimentaire du supermarché n’est pas librement autorisé pour un automobiliste particulier.

Le Code des douanes prévoit des usages d’huiles végétales pures dans des situations précises, notamment pour certains agriculteurs ou certaines flottes encadrées. Cela ne transforme pas pour autant la bouteille achetée au rayon cuisine en carburant automobile homologué pour monsieur Tout-le-Monde.

Boursorama, reprenant les informations de France 3 Bourgogne-Franche-Comté, indique qu’un automobiliste contrôlé peut s’exposer à une sanction douanière d’au moins 200 euros, au paiement des droits et taxes éludés et, dans les cas les plus sévères, à la saisie du véhicule.

Le véritable problème n’est pas l’odeur de friture

Personne ne devrait donc présenter l’huile de colza comme une recette miracle. Sur une voiture récente, l’économie peut se transformer en panne coûteuse. Et sur la voie publique, le risque juridique existe.

Mais réduire ces automobilistes à des apprentis mécaniciens inconscients serait un peu facile. Quand des Français en arrivent à comparer le prix d’un litre de gazole avec celui d’une bouteille d’huile alimentaire avant d’aller travailler, c’est surtout leur portefeuille qui envoie un voyant rouge.

On peut rire de la voiture qui sent la frite. Beaucoup moins des ménages obligés de choisir entre se déplacer, remplir le frigo et se soigner.

par Yoann

Source : Le Média en 4-4-2

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