États-Unis : une grand-mère passe six mois en prison à cause d’une erreur de reconnaissance faciale

Angela Lipps affirme avoir passé près de six mois derrière les barreaux après avoir été désignée à tort comme suspecte dans une affaire de fraude bancaire. Cette grand-mère du Tennessee poursuit désormais la ville de Fargo et un ancien enquêteur, accusant la police d’avoir accordé trop de poids à un résultat de reconnaissance faciale.

Un logiciel l’a désignée, la police l’a arrêtée, et ses documents racontaient pourtant une tout autre histoire.

En juillet 2025, Angela Lipps garde quatre jeunes enfants lorsqu’une équipe de US Marshals vient l’arrêter au Tennessee, armes sorties. La femme de 50 ans découvre qu’elle est recherchée à plus de 1 900 kilomètres de là, dans le Dakota du Nord, pour plusieurs fraudes bancaires. Elle n’a pourtant jamais mis les pieds dans cet État. Son nom est apparu dans l’enquête après qu’un logiciel de reconnaissance faciale l’a signalée comme correspondance possible avec une suspecte.

L’affaire concernait plusieurs retraits frauduleux commis dans la région de Fargo en avril et mai 2025. Une femme utilisant notamment une fausse pièce d’identité militaire américaine apparaissait dans les investigations. D’après la plainte rapportée par Valley News Live, le résultat informatique n’aurait dû constituer qu’une piste à vérifier. Angela Lipps assure pourtant que les poursuites ont avancé alors que plusieurs éléments ne correspondaient pas.

Une correspondance informatique prise beaucoup trop au sérieux

Selon l’action en justice déposée contre la ville de Fargo et le détective Lucas Heck, Lipps vivait au Tennessee, n’avait aucun lien connu avec le Dakota du Nord et ne correspondait pas à plusieurs caractéristiques physiques visibles sur les images de surveillance. Aucun enrichissement inexpliqué n’aurait non plus permis de la relier aux sommes dérobées.

La plainte avance surtout un détail particulièrement embarrassant : la recherche par reconnaissance faciale aurait été effectuée à partir de la photographie figurant sur la fausse pièce d’identité utilisée par la suspecte, et non directement à partir de son visage filmé par les caméras des banques. Une différence loin d’être anodine, puisqu’une fausse carte peut précisément porter la photographie d’une personne étrangère aux faits.

L’ancien chef de la police de Fargo, Dave Zibolski, avait d’ailleurs reconnu en mars 2026 que des « erreurs d’enquête » avaient été commises. Il avait expliqué que les enquêteurs de Fargo avaient cru, à tort, que la comparaison informatique reposait également sur les images de vidéosurveillance. De nouvelles règles et formations sur l’utilisation de la reconnaissance faciale ont depuis été mises en place.


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108 jours dans une prison du Tennessee avant son transfert

Angela Lipps a d’abord été détenue pendant 108 jours dans le Tennessee avant son transfert vers le Dakota du Nord. Elle affirme avoir été privée pendant de longues périodes de ses médicaments et de son dentier. Une fois arrivée à Fargo, elle est restée incarcérée alors qu’elle continuait à nier toute participation aux vols.

La situation finit par basculer lorsque son avocat produit des relevés bancaires permettant de la localiser dans le Tennessee au moment où les fraudes étaient commises. Les charges sont abandonnées juste avant Noël 2025. Lipps sort de prison le 24 décembre avec quelques centimes en poche, sans manteau adapté au froid du Dakota du Nord et sans véritable moyen de rentrer chez elle.

Les conséquences ne se sont pas arrêtées à la porte de la prison. Incapable de régler ses dépenses durant sa détention, elle dit avoir perdu son logement, sa voiture, plusieurs biens personnels et son chien. Une association locale et une voisine l’auraient finalement aidée à retourner dans le Tennessee.

10 millions de dollars réclamés à la ville de Fargo

Angela Lipps réclame désormais 10 millions de dollars de dommages et intérêts, auxquels pourraient s’ajouter des dommages punitifs visant l’ancien détective Lucas Heck ainsi que ses frais d’avocat. Elle demande également que l’affaire soit examinée devant un jury.

Ses avocats accusent la police d’avoir transformé une simple piste fournie par un logiciel en élément d’identification sans procéder aux vérifications suffisantes. « On ne peut pas abandonner un bon travail policier simplement parce qu’on dispose d’un outil sophistiqué sur un ordinateur », a déclaré son avocat Eric Rice à la radio KFGO.

La ville de Fargo a indiqué ne pas vouloir commenter une procédure judiciaire en cours. Les accusations portées contre la municipalité et l’ancien enquêteur restent donc, à ce stade, celles formulées dans une plainte civile et devront être examinées par la justice.


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par Le Média en 4-4-2

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