Éducation nationale : derrière la foire aux idées des candidats, quelques vérités scandaleuses

CHRONIQUE. Attal, Philippe et Retailleau ont dévoilé leurs programmes pour l’école. Mais un rapport publié ce lundi montre qu’il n’est pas besoin de grandes annonces, seulement d’un peu de lucidité et d’autorité pour enrayer la chute.

Publié le 01 septembre 2026 à 06h15

Édouard Philippe et Gabriel Attal le 10 février 2026 à Paris. HANS LUCAS VIA AFP

C’est la rentrée, ce mardi, pour 11,6 millions d’élèves. Aussi plusieurs candidats à la présidentielle ont-ils d’ores et déjà lancé quelques idées pour réformer une école malade, qui peine à transmettre les savoirs fondamentaux, qui n’attire plus beaucoup de talents pour exercer le beau métier d’enseignant, menacé de « smicardisation », et qui affiche, au fil des enquêtes internationales menées dans tous les pays de l’OCDE, des résultats moyens en passe de devenir médiocres, avec une forte baisse de niveau en français et en mathématiques.

Après Gabriel Attal et Édouard Philippe, Bruno Retailleau présentait hier son projet pour « refonder l’école ». Comme ses compétiteurs, il entend mieux payer les professeurs et c’est en effet une nécessité. Il y a trente ans, un enseignant en début de carrière gagnait 1,7 smic. C’est aujourd’hui 1,04. Une « smicardisation » insupportable qui explique en partie la crise de recrutement. Les postulants sont en moyenne deux fois moins nombreux qu’à la fin des années 2000, et la situation est carrément critique dans certaines académies comme Créteil ou Versailles, avec respectivement 0,7 et 0,8 candidat par poste.

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Lire, écrire, compter : pas si simple !

Fort bien. Mais les candidats à la présidentielle ne perdraient pas leur temps en lisant le rapport publié ce lundi par le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan. Son intitulé, « Niveau scolaire : éléments de diagnostic et propositions », peut sembler rébarbatif, mais les révélations qu’il contient sont stupéfiantes.

On y relève tout d’abord quelques paradoxes, tel le fait que les élèves français obtiennent des résultats médiocres avec plus d’heures de cours que leurs homologues européens : 864 heures annuelles contre 730 dans le primaire, 953 contre 851 dans le secondaire.

La France touche le fond en mathématiques

On y découvre que les évaluations annuelles du niveau des élèves, qui sont la règle dans la plupart des classes, à l’école élémentaire comme au collège, ne servent quasiment à rien, puisque la machine administrative n’en tire pas de conclusions sur les pratiques pédagogiques utilisées.

On y apprend enfin avec effarement que les constats établis depuis des années sur l’efficacité des différentes méthodes de lecture ne sont toujours pas suivis d’effets. Ainsi, pour l’apprentissage de la lecture, la méthode syllabique (aussi appelée « phonique synthétique stricte ») est de loin la plus fructueuse, notamment pour les élèves issus de milieu modeste. Pourtant, elle n’est utilisée que par… moins de 5 % des enseignants.

Même naufrage à propos des mathématiques : « Si le temps d’exposition aux mathématiques ne semble pas un facteur d’explication des résultats médiocres de nos élèves, l’introduction de nouveaux domaines d’études et la moindre importance accordée aujourd’hui aux techniques opératoires peuvent expliquer une partie au moins de la baisse des résultats observés en calcul en fin d’école élémentaire », écrivent les auteurs du rapport. Les techniques opératoires, c’est-à-dire poser une addition ou une multiplication !

C’est en remédiant à ces réalités scandaleuses et tolérées par tous les gouvernements depuis tant d’années, pas en imaginant un « grand soir » de l’éducation, que l’élève France peut espérer sortir de sa médiocrité.

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