D’une épidémie gérable à une catastrophe terrifiante

Jean-Dominique Michel

Illustré par :
Blandine Denis

Publié le 20 janvier 2022

L’époque actuelle est un buffet aux confitures pour un anthropologue. Enfin, dans son volet positif, celui qui attise la curiosité gourmande pour les productions collectives de l’espèce humaine. L’autre est fait d’un mélange de consternation (face à la turpide médiocrité du temps) et de souffrance empathique face à celles infligées en pure perte aux catégories les plus fragiles de la population et à celle-ci dans son ensemble. 

Les données du problème sont pourtant claires : les « mesures sanitaires » imposées depuis 18 mois sont radicalement contraires à ce que l’on savait devoir mettre en œuvre pour gérer efficacement une épidémie, dont l’essence se trouve résumée dans un article de Donald Henderson (l’épidémiologiste crédité de l’éradication de la variole,) datant de 2006(1)

« L’expérience a montré que les communautés confrontées à des épidémies ou à d’autres événements indésirables réagissent mieux et avec moins d’anxiété lorsque le fonctionnement social normal de la communauté est le moins perturbé. 

Une gouvernance politique et de santé publique forte pour rassurer et garantir que les services de soins médicaux nécessaires fournis sont des éléments essentiels. 

Si l’un ou l’autre n’est pas optimal, une épidémie gérable peut se transformer en catastrophe. » 

Or c’est exactement ce que les autorités de nos différents pays ont provoqué sous les injonctions comminatoires de l’OMS et du CDC, deux organisations profondément corrompues : infliger à l’encontre de toute l’éthique médicale une privation de soins (médicaments utiles) et de suivi (monitoring du taux d’oxygène sanguin) ; mettre à l’arrêt la société quelles qu’en soient les conséquences destructrices ; enfin imposer des mesures pathogènes, vexatoires et même traumatisantes en plus d’être inutiles à l’encontre de toutes les règles prévalant en la matière. 

Ce constat peut bien sûr apparaître excessif dès lors que la presse subventionnée n’a invité que des « experts » affirmant péremptoirement l’inverse. À ces deux nuances près que les experts en question sont d’une part loin d’être les meilleurs ; et que la question pourtant d’utilité publique de leurs conflits d’intérêts n’a jamais été abordée, et pour cause. 

Nous voyons donc un décalage dans lequel les « élites » médiatico-politiques se sont convaincues d’une narration fortement erronée, qu’elles ont ensuite répercutée avec une forme de furie obsessionnelle sur les populations. Alors que dans le même temps les vrais et meilleurs spécialistes non seulement n’étaient pas écoutés mais même systématiquement dénigrés et combattus. 

Je me permets de l’affirmer haut et fort puisqu’il s’agit de mon propre domaine d’expertise : les meilleurs épidémiologistes actuels, en poste dans les meilleures universités (comme les Pr Ioannidis et Battacharya à Standord, Kullforf à Harvard, Gupta à Oxford, ainsi que des pointures comme de Brouwer, Rentier ou Giesecke) ont été ostracisés ou dénigrés. Alors qu’on prêtait oreille à des multirécidivistes d’erreurs et de fraudes comme le tristement célèbre Pr Ferguson de l’Imperial College de Londres et tout un cortège de médecins bureaucrates ou de plateaux télé. 

Les messages d’alerte des vrais spécialistes ainsi que leur rappel des données, des bonnes pratiques comme de l’éthique ont été purement et simplement passées à la trappe. Dans une récente interview à Epoch Time(2), le Pr Martin Kulldorf, épidémiologiste et biostatisticien à Harvard, laissait s’exprimer son amertume : 

« Les dommages collatéraux de ces confinements sur la santé publique sont donc quelque chose avec lequel nous allons devoir vivre et mourir pendant de très nombreuses années, malheureusement. Avec un impact sur la santé mentale qui aura été énorme et tragique. 

Cette réponse à la pandémie est vraiment horrible et va à l’encontre des principes fondamentaux de la santé publique que nous suivons depuis de nombreuses décennies. C’est vraiment très regrettable. » 

À ce déni de science et d’intelligence se sont ajoutées une violence systémique et une persécution des scientifiques intègres. Des campagnes de harcèlement médiatique et sur les réseaux sociaux ont été orchestrées dans nos différents pays pour salir la réputation et la crédibilité des experts osant non seulement contester mais ne serait-ce que questionner le discours dominant. 

De manière sans précédent, la science de qualité a été réprimée (comme l’a dénoncé à réitérées reprises le Bristih Medical Journal(3)), de pures fraudes scientifiques ont servi à l’inverse à imposer des mesures absurdes et destructrices, et les intellectuels réalisant un travail de qualité pour faire connaître les données occultées ou censurées par les médias se sont fait littéralement bastonner à tour de rôle, comme cela est arrivé récemment en France à mon excellent confrère, Laurent Mucchielli, directeur de recherches au CNRS tenant un blog de qualité sur Mediapart(4)… 

On a vu alors apparaître ce qui ne peut que nous faire frémir d’horreur : une sorte de « Ministère de la vérité » façon stalinienne, qui dit la « Réalité », la « Science » et l’« Histoire » à sa guise, la réécrivant au besoin à sa guise. Comme ce « M. Vaccin » du gouvernement français, niant publiquement des risques relatifs aux injections géniques pourtant connus depuis plusieurs décennies(5)

On réécrit le présent, on réécrit même l’état des connaissances scientifiques dans une sorte d’orgie de toute-puissance ou ni le réel ni l’éthique ni même le droit n’ont plus d’importance. Il leur suffit d’avoir le « pouvoir de dire et de faire » (selon l’expression du Pr Michel Maffesoli(6)) pour que les « élites » au pouvoir en jouissent ad libitum en s’exonérant de tout devoir, de toute responsabilité comme bien sûr de toute éthique. 

Ce glissement auquel aucun d’entre nous je crois ne se serait attendu (le très sagace Maffesoli et quelques esprits prophétiques comme Albert Jacquard(7) l’avaient toutefois anticipé, parfois de longue date) révèle a priori deux visages : 

Le premier est celui d’une bouffée délirante à caractère paranoïaque, typique des totalitarismes(8)

Le délire totalitaire s’accompagne en effet immanquablement d’un discours faisant table rase de toutes les valeurs (tout en s’en réclamant insidieusement) et se substituant in fine au réel. Avec une violence mimétique (selon les travaux du philosophe et anthropologue René Girard(9)) ayant besoin de désigner des boucs émissaires et de les mettre à mort, réellement ou symboliquement. C’est ce qui est arrivé à des sommités comme les Pr Raoult, Perronne ou Montagnier, et explique les attaques incantatoires et systématiques contre des groupes fictifs comme les « complotistes » ou les « antivaxx » remplissant collectivement la fonction dévolue aux contre-révolutionnaires sous Staline ou aux hérétiques sous l’Inquisition. Par ce glissement, une personne ayant par exemple des doutes (reconnus comme pertinents par la vraie science) sur l’innocuité de l’injection à ARN messager devient un hérétique (« antivaxx ») mettant en danger la collectivité et même un tueur potentiel ! Des « journalistes » particulièrement agressifs et malveillants (la RTBF en a son lot) remplissent jour après jour la sale besogne pour attiser la violence collective contre ces ennemis désignés et leurs figures emblématiques. 

Le second visage est celui d’un plan méthodique et orchestré avec brio. Il n’est pas dans mes compétences d’analyser la pertinence des hypothèses en compétition, que le projet soit celui d’imposer un modèle de surveillance social « à la chinoise » (nous y sommes) ou (comme l’affirme l’avocat allemand Reiner Fuellmich(10)) de liquider la dette ingérable de nos états et banques en déroute en trouvant un prétexte pour confisquer l’épargne des particuliers. Ou encore d’imposer une gouvernance définitivement supranationale(11). Je ne sais lequel (ou lesquels) de ces scénarii est valable, mais il est évident que la marche en avant forcée imposée par les gouvernements de nos soi-disant démocraties n’a depuis le début rien à voir avec la santé de la population et un quelconque souci de la protéger. Et s’il est vrai qu’une prise en considération de dynamiques systémiques pourrait suffire à expliquer la dérive totalitaire, c’est aujourd’hui une hypothèse probable à mes yeux que quelque chose d’autre semble se cacher derrière ce qu’on observe. Quoi ? Comment ? Je suis trop loin ici de mon domaine de connaissances pour évaluer les hypothèses, mais pas pour comprendre qu’un délire sanitaire (certes milliardairement lucratif) soit insuffisant à épuiser sa propre causalité. 

Ceci posé reste au fond la seule question qui vaille : comment résister à ce rouleau-compresseur ? 

En toute franchise, je serais à ce stade raisonnablement pessimiste. Le fait est que la montagne de mensonges (pour appeler un chat un chat) proférés par les autorités et les médias sans discontinuité et sans laisser la place à un quelconque questionnement depuis dix-huit mois constitue une manipulation collective d’un poids écrasant et même au fond irreprésentable. 

La « doxa du Covid » (selon l’heureuse expression de Laurent Mucchielli(12)), soit cette narration faite de quatre blocs certes tous faux (« l’épidémie est terriblement grave, il n’y a pas de traitement précoce disponible, les mesures de contraintes sont nécessaires, le vaccin est la seule solution ») est terriblement efficace, a fortiori lorsqu’elle peut s’appuyer sur la vague de terreur qu’elle a déclenchée et entretient depuis lors. 

L’impact sur la neuropsychologie individuelle et le psychisme collectif du message répété en boucle que nous sommes tous en permanence en danger de mort à cause du Sars-CoV‑2 aura été proprement dévastateur, sans aucun égard pour la réalité puisque la légère surmortalité observée en 2021 dans nos pays est corrélée pour l’essentiel avec le vieillissement de la population(13). Ajoutez‑y l’impact du défaut de soins précoces et il n’y a rien de terrifiant qui se soit réellement passé. 

La dévastation produite par le narratif, elle, est bien réelle non seulement sur le bien-être et la santé (sachant que s’abstenir de faire paniquer la population est un principe cardinal en santé publique, établi dans les manuels opérationnels et bien sûr éthiques !) mais aussi pour l’intelligence collective. 

Il n’aura échappé à personne, je pense, qui ne soit pris dans l’hypnose collective que la doxa, ses injonctions, ses réécritures, sont en réalité d’une bêtise et d’une méchanceté consommées. 

Affirmer par exemple que tout soupçon de trucage des études et de manipulation des gouvernements par les compagnies pharmaceutiques relève du complotisme — alors que la corruption systémique régnant dans les politiques de santé est un des états de fait les mieux étudiés(14), documentés et in fine reconnus des problèmes de gouvernance publique — représente une sorte d’exploit. 

Un peu comme si on niait de but en blanc que la malbouffe soit un problème de santé publique en Occident. 

Alors que l’ONU, la Commission européenne (en pleine rechute il faut dire depuis 18 mois), différentes commissions d’enquêtes parlementaires, les centres d’éthique des meilleures universités et nombre d’anciens rédacteurs en chef des plus prestigieuses revues médicales reconnaissant à l’unisson l’étendue et la gravité du problème ainsi que les menaces qu’il fait peser sur la santé des populations(15), voici que les autorités et les médias l’ont occulté purement et simplement dans une somptueuse dénégation collective. 

En confiant le marché et une impunité inconditionnelle à des entreprises condamnées à répétition au civil et au pénal(16) … tout en traitant (en une inversion caractéristique) de fraudeurs et de criminels les rares esprits intègres prêts à rappeler un certain nombre de vérités au péril de leur situation. 

Alors que le présent confirme les intuitions géniales qu’il a eues depuis quarante ans, Michel Maffesoli souligne dans son dernier ouvrage(17) que nous vivons un point de bascule dans les valeurs tissant la trame de fond de notre civilisation : aux principes de la modernité (individualisme, rationalisme, utilitarisme) succéderont forcément ceux de la postmodernité qui s’annonce depuis quelques décennies. 

Ceux-ci seront appuyés sur le nous (« faire communauté »), une vision holiste du réel et la valorisation du sentiment, conduisant dans le meilleur des cas à cette rationalité sensible qui est en quelque sorte l’antidote au rationalisme morbide et à l’imbécillité technique triomphants. 

Maffesoli pense — mon espérance le rejoint — que nous assistons au baroud d’honneur d’une élite en perdition. Qui à la fois ne comprend plus les choses mais n’est même plus intéressée à les comprendre ni surtout à servir l’intérêt collectif. Aux abois, ces « élites » n’en sont que plus dangereuses, comme toutes les forces tyranniques au seuil d’être abattues ou simplement de s’effondrer. 

Le fait est qu’en regardant dans le rétroviseur les dix-huit mois écoulés, on se doit de constater la brutalité, la fureur et la malveillance des élites (« ceux qui ont le pouvoir de dire et de faire ») politiques, médiatiques, « scientifiques », administratives et sanitaires. Comme ces médecins scolaires ou ces syndicats d’enseignants insistant pour imposer le port du masque, inutile (l’exemple suédois l’a évidemment confirmé(18)) mais surtout psychiquement et physiquement destructeur aux enfants et aux jeunes. 

Des gouvernements qui terrifient et violentent leur population malgré des données rassurantes. Des médecins qui interdisent de soigner et préfèrent laisser les gens se péjorer jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Des scientifiques qui fraudent et excommunient ceux qui résistent à la prostitution ambiante. Des médias subventionnés qui sont devenus des officines de propagande distribuant les étiquettes haineuses tout en refusant d’enquêter ou de poser la moindre question embarrassante. 

Théâtre d’ombres, cauchemar éveillé ou film d’horreur, tout ceci serait distrayant s’il n’y avait tant de victimes innocentes, des enfants et des anciens sacrifiés aux malades qu’on aurait pu soigner et sauver, avec toute une dévastation sociétale, économique, culturelle et morale dont nous ne voyons hélas que les prémices. 

Oui, l’époque est passionnante pour un anthropologue expert en santé publique. Elle reste affligeante, terrible et inquiétante pour la personne que je suis, sans que cela ait rien à voir avec un nouveau virus qui n’aurait provoqué (si on s’était contenté de ce qu’on savait devoir faire) qu’une épidémie gérable d’envergure moyenne. 

Le reste est bel et bien ce qui pose problème. Et fait par contre réellement peur. 

Jean-Dominique Michel 

Blandine Denis
Blandine Denis

Notes et références

  1. Henderson D. A., Inglesby TV et al., Disease mitigation measures in the control of pandemic influenza, Biosecur Bioterror. 2006;4(4):366–75
  2. Harvard Epidemiologist Martin Kulldorff on Vaccine Passports, the Delta Variant, and the COVID ‘Public Health Fiasco’, Epoch Time, August 10 2021.
  3. Abbasi K, Covid-19: politicisation, “corruption,” and suppression of science, BMJ 2020;371:m4425
  4. blogs.mediapart.fr/laurent-mucchielli/blog
  5. Présentation du Pr Christian Vélot, généticien moléculaire, au Conseil scientifique indépendant n° 20, crowdbunker.com/v/b00nFwZA
  6. Maffesoli M. & Strohl H., La faillite des élites, Cerf, 2019
  7. Émission « Noms de dieux », RTBF, octobre 1994
  8. Bilheran A., Psychopathologie du totalitarisme, série d’articles, arianebilheran.com/post/psychopathologie-du-totalitarisme‑1–3‑ariane-bilheran
  9. Pour une introduction à son œuvre monumentale, cf. rene-girard.fr
  10. brandnewtube.com/watch/reiner-fuellmich-they-are-broke_ ZvHOj11JJSTxXZa.html
  11. weforum.org/agenda/2020/06/now-is-the-time-for-a-great-reset/
  12. Mucchielli L., La doxa du Covid : Réflexions sur le contrôle de l’information relative à la crise sanitaire. Les Cahiers du CEDIMES, 2021, 16 (Hors-Série), pp.138–146.
  13. Fernique T., Surmortalité Covid » en 2020 ? C’est la démographie, idiot !, jdmichel.blog.tdg.ch/archive/2021/03/01/surmortalite-covid-en-2020-c-est-la-demographie-idiot-313301.html
  14. Safra Center for Ethics, Harvard University, Institutional Corruption and Pharmaceutical Policy. ethics.harvard.edu/news/institutional-corruption-and-pharmaceutical-policy
  15. Michel J.-D., La médecine et la santé publique à l’épreuve du Covid, séminaire à l’IHU Méditerranée-Infection, 21 mai 2021 youtube.com/watch?v=WUkcsSnVzl0
  16. violationtracker.goodjobsfirst.org/industry/pharmaceuticals
  17. Maffesoli M., Le temps des soulèvements, Cerf, 2021
  18. Shahar E., Pas l’ombre d’un doute : la Suède avait raison, anthropologiques.org/pr-shahar-sans-lombre-dun-doute-la-suede-avait-raison/

Source : Kairos

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