Didier Lallement, fragilisé par sa sortie sur le confinement, fait son mea culpa en direct

« Ceux qu’on trouve en réanimation, ce sont ceux qui n’ont pas respecté le début du confinement », a déclaré, menaçant, le préfet de police de Paris. Il a été rappelé à l’ordre par le ministère de l’Intérieur et s’est excusé quelques heures plus tard en direct.

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Faudra-t-il bientôt falloir suggérer au préfet de police de Paris d’arrêter de s’exprimer en direct à la télévision ? Six mois après son célèbre « Nous ne sommes pas dans le même camp Madame » lancé à une « gilet jaune », Didier Lallement fait à nouveau parler de lui. Interrogé ce vendredi 3 avril au matin en direct sur BFMTV pour évoquer les contrôles policiers qui attendent les Parisiens désireux de quitter la ville lors des vacances de Pâques, il a établi un lien direct entre les malades du Covid-19 actuellement en réanimation et les personnes ayant enfreint les mesures de confinement :

« Pas besoin d’être sanctionné pour comprendre que ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, ceux qu’on trouve dans les [services de] réanimation, ce sont ceux qui au début du confinement ne l’ont pas respecté. »

Et le préfet de police de Paris d’ajouter :

« C’est très simple, il y a une corrélation très simple ! »

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Nombreuses réactions politiques

Des propos qui ont déclenché de nombreuses réactions outrées, notamment du Pr Frédéric Adnet, chef du SAMU de Seine-Saint-Denis, qui, sur BFMTV, a dénoncé une prise de parole « scandaleuse » et appelé Didier Lallement à la démission.

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« Pour lui, ceux qui sont malades ou qui sont morts l’ont bien cherché. Écœurant », s’est aussi indigné le député Jean-Luc Mélenchon sur Twitter, à l’instar de nombreux responsables politiques. « Ce préfet est une honte », ont ainsi déploré Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, ou Marine Le Pen qui a qualifié les propos de Didier Lallement de « totalement stupides » et « d’une froideur et d’une méchanceté qui donnent la nausée ». Des critiques venues aussi de la majorité :

« L’autorité n’est pas la brutalité et le maintien de l’ordre n’est pas le jugement moral de nos concitoyens. En plus de méthodes très contestables et contestées, le préfet Lallement sort régulièrement de son devoir de réserve. Combien de temps encore ? » s’est interrogé le député LREM Aurélien Taché sur Twitter.

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Mea culpa en direct

Alors que 6 399 patients atteints du Covid-19 étaient toujours en réanimation jeudi soir, selon le directeur général de la santé Jérôme Salomon, la sortie du premier policier de Paris tombe au plus mal pour l’exécutif et le ministère de l’Intérieur s’est rapidement désolidarisé du préfet : « Ce propos du préfet de police est inexact. Ce qui est vrai, c’est que le bon respect du confinement est un enjeu sanitaire majeur », a-t-on précisé dans l’entourage du ministre de l’Intérieur, cité par BFMTV dès la fin de matinée.

Après la diffusion des propos du préfet, Christophe Castaner l’a aussi contacté par téléphone, l’exhortant à rédiger un communiqué. Un recadrage – dont on ignore les détails – qui semble avoir porté ses fruits : à 13 heures ce vendredi, la préfecture de police de Paris a finalement indiqué par communiqué que Didier Lallement « regrette » les propos tenus ce matin :

« Son intention n’était pas d’établir un lien direct entre le non-respect des consignes sanitaires et la présence de malades en réanimation. »

Avant de préciser ses excuses lors d’une conférence de presse organisée peu après 16 heures ce vendredi : « Je regrette d’avoir tenu ces propos, je comprends les réactions qu’ils suscitent et je présente mes excuses à tous ceux que j’ai pu heurter », a répété Didier Lallement, qui a reconnu que ses propos étaient « faux ». 

« J’ai pu donner le sentiment que je n’étais pas conscient que nombre de nos concitoyens sont encore exposés à la maladie en raison de leur engagement professionnel. Je pense à la communauté de soignants, aux policiers, aux pompiers, aux gendarmes et à tous les services publics. Je veux leur dire à tous et à toutes mon profond respect pour leur engagement », a-t-il expliqué, avant de promettre de « continuer » son « action à la tête de la police ».

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Habitué des propos polémiques

Ce n’est pas la première fois que des déclarations de Didier Lallement font polémique et sont l’objet du courroux de l’exécutif. En novembre dernier, au lendemain du saccage de la place d’Italie à Paris, en marge d’un rassemblement des « gilets jaunes », le préfet de police avait été filmé en train d’échanger avec une habitante du 13e arrondissement – porteuse d’un gilet jaune :

« Nous ne sommes pas dans le même camp Madame », lui avait alors lancé le préfet avant de tourner les talons.

« C’est une faute, la police ce n’est pas un camp », avait notamment jugé Emmanuel Macron en off, dans un échange rapporté alors par « le Canard Enchainé ». « L’autorité au sommet de l’Etat ne peut pas avoir seulement ce visage-là », expliquait aussi à « l’Obs » un habitué du ministère de l’Intérieur.

« Evitez les ennuis »

8 270 fonctionnaires et militaires seront mobilisés tout au long du week-end pour assurer le contrôle des entrées et sorties de Paris, avait également annoncé Didier Lallement ce matin sur BFMTV. « Nous ne baissons pas la garde, nous continuons à être vigilants et efficaces », a prévenu le préfet, fidèle à son style martial et cassant : « Pour ceux qui échapperaient à nos contrôles sur Paris et l’Île-de-France, ils rencontreront d’autres forces de police tout au long de leur trajet. »

« Je le dis très simplement à ceux qui persisteraient dans leurs intentions stupides : nous serons là au départ, pendant le trajet et à leur arrivée. Evitez les ennuis, évitez des verbalisations répétitives qui vous concerneront vous et l’ensemble de vos passagers. »

Le 17 mars dernier, alors que débutait le confinement à Paris, Didier Lallement avait déjà tenté de mettre en valeur ses méthodes pour faire respecter les mesures décidées par le gouvernement. Faisant le constat que « malheureusement, les consignes ne sont pas assez vite comprises » dans certains quartiers parisiens, il expliquait :

« Vous me connaissez, je vais les faire comprendre assez vite si jamais les explications pourtant parfaitement claires du gouvernement n’étaient pas arrivées aux oreilles de tous. »

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Avant, toujours sur le même ton, de promettre de trouver des « solutions » et de vanter son action à la tête de la préfecture de police de Paris depuis sa nomination en mars 2019 – dans le cadre du maintien de l’ordre :

« Vous savez, rien n’est compliqué pour nous. On nous a expliqué que les manifestations étaient très compliquées, on nous a expliqué que toute une série de choses étaient épouvantable. Mon travail n’est pas de lister les problèmes, mon travail est de trouver des solutions. Je vais les trouver. »

Source : L’Obs

Lire également : Le Point – Préfet Lallement : la rodomontade de trop

Voir la vidéo : Entretien du 03/04/2020 avec Sergio Coronado, ancien député des Français de l’étranger.

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