Des généraux tentent de transformer la grande muette en une intarissable bavarde.

Grande muetteDes généraux tentent de transformer la grande muette en une intarissable bavarde.

(Par Renaud Marie de Brassac)

 

J’ai des rêves de vers en mon âme inquiète,

Si je n’étais soldat, j’aurais été poète.

(Pastiche de Victor Hugo)

Sous le titre de : «  Grande Muette : les gradés ouvrent la boîte des pandores », Christophe Forcari de Libération passe en revue les généraux qui se sont signalés récemment dans les médias

Il s’agit des généraux Soubelet, Desportes, Tauzin et Piquemal. Notons au passage, que l’auteur omet de citer l’ineffable général Antoine Martinez, qui avait prédit une agitation militaire en 2015, agitation qui ne s’est pas produite. Il mériterait donc amplement de figurer dans cette galerie de portraits.

Mais, comment expliquer ce besoin quasi viscéral de prendre la parole au risque de faire apparaître un discours limité, de se déconsidérer et de ternir l’image des armées et de ses hauts responsables.

Un député Les Républicains, membre de la commission de la Défense, explique la motivation de ces généraux, tous sortis de Saint-Cyr, mais dont un seul est encore en activité:

«Il y a deux manières de voir les choses», : «La première est que l’Etat est tellement affaibli que même les militaires, habitués à obéir, ne respectent plus son autorité et se lâchent. La seconde est qu’aujourd’hui la haute hiérarchie militaire considère que l’ampleur des problèmes est telle que l’essentiel est en danger, c’est-à-dire la France même. Ils jugent qu’il faut réagir face à des politiques de droite et de gauche incapables de les résoudre.»

Dans les faits, ces prises de position publiques correspondent à des postures bien différentes pour chacun d’eux.

Soubelet : l’iconoclaste. Promotion Général Rollet 1978 – 1980

L’Adefdromil –Aide aux Victimes a eu l’occasion de dire tout ce qu’elle pense d’une part de l’intervention de l’intéressé devant la commission parlementaire en décembre 2013, d’autre part de la vacuité de son livre, vague constat sans réelle proposition.

Ce qui reste absolument fascinant, c’est le succès non négligeable de cet ouvrage sans intérêt.

Il faut cependant reconnaître une certaine habileté au général de gendarmerie Soubelet dans sa communication, avec sa voix plutôt douce, son ton calme et ses évitements des sujets susceptibles de fâcher le gouvernement. Il donne ainsi peu de prise pour l’attaquer sur une violation du devoir de réserve. Il a donc été décidé de le laisser sans affectation. Dans six mois, s’il n’a pas demandé à être admis en deuxième section, il pourra être placé d’office en disponibilité spéciale en application de l’article L4141-2 du code de la défense, position qui devrait le conduire à quitter l’institution.

Le journaliste de Libération qualifie le général Soubelet d’iconoclaste ! Mais, quelles icônes a t’il cassé ? On se le demande. En tout cas, son livre ne casse pas la baraque. Ceux qui ont pris la peine de le lire, peuvent en témoigner.

Desportes, l’intellectuel. Promotion de Linares 1972 – 1974

Que vient faire Vincent Desportes, le stratège, dans ce quarteron de généraux ? Certes, le général fut en son temps sanctionné pour sa prise de parole, alors qu’il commandait l’Ecole de guerre. Il fut même soupçonné en 2008, sans preuve, d’être l’animateur d’un groupe anonyme d’officiers, baptisé Surcouf, qui avait pris position contre certaines orientations du livre blanc sur la sécurité et la défense voulu par Nicolas Sarkozy. Il a donc une étiquette si ce n’est de rebelle, tout du moins de libre penseur militaire.

Mais le général Desportes n’est jamais sorti de son domaine de compétence : celui de la défense. Il intervient en expert et s’inscrit dans la continuité des auteurs civils ou militaires qui alimentent la réflexion sur les problèmes de la défense.

Son livre : « La dernière bataille de France » paru en octobre 2015 tente de démontrer certaines insuffisances et certaines incohérences de la politique de défense de notre pays. On y trouve peu de chiffres, aucune expression de besoins, aucun constat de ce qui devrait évoluer ou disparaître. Il ne faut pas faire de peine aux autres armées. Il y a donc des non-dits et des approximations dans la présentation pas toujours objective de la situation dressée par le général Desportes. Ce que veut le général : c’est plus d’argent, plus d’hommes, plus de moyens.

A chacun d’apprécier la pertinence du propos selon son analyse, selon ses connaissances et ses compétences.

Tauzin : un gladiateur dans l’arène. Promotion Capitaine Danjou 1971- 1973

Le général Tauzin se présente comme un homme politique engagé, qui veut se présenter à l’élection présidentielle de 2017. Il en a le droit comme tout citoyen. Il va sans doute devoir batailler pour réunir suffisamment de signatures d’élus, afin de valider sa candidature.

Qui a lu le programme présidentiel du général Tauzin ? Un résumé en dix points circule sur la toile.

Il ne nous appartient pas de commenter ou de critiquer ce que propose le général. A chacun de se forger sa propre opinion. Le programme du général Tauzin a le mérite de la cohérence et du courage.

Cependant, on peut craindre qu’il ne parvienne à convaincre une majorité de Françaises et Français de le suivre dans son programme d’une politique de rigueur et dans le retour à l’Europe des nations de l’Atlantique à l’Oural, selon la formule chère au général de Gaulle. Arrêter le temps, revenir même en arrière, c’est un rêve. La politique, c’est l’art d’appliquer des idées à une réalité humaine et sociétale.

Piquemal, un agité… selon Libération. Promotion Vercors 1960 – 1962

Christophe Forcari n’a pas gardé le meilleur pour la fin.

Mais qu’allait donc faire le général Christian Piquemal dans la galère de Calais ?

Voici une équipée pour le moins pitoyable. Meneur de fait d’une manifestation interdite, qui ne s’est pas dispersée après les sommations d’usage, tombé malade en garde à vue, alors qu’il devait comparaître devant ses juges le lendemain ou surlendemain, le général Piquemal est convoqué en mai au Tribunal de Boulogne sur Mer. Il s’y rendra, si sa santé le lui permet. Lui qui habite dans les Bouches du Rhône, nous lui conseillons de revoir, en guise de préparation mentale, l’excellent film : « Bienvenue chez les chtis ! » à moins qu’il ne préfère : « Rien à déclarer » sur le contrôle de la frontière franco-belge : un sujet d’actualité !

Soyons indulgent, il mérite le respect dû à son âge (76 ans) et surtout beaucoup de compassion.

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Les interventions d’officiers généraux dans le débat public hors du champ de leurs compétences naturelles : la défense et la sécurité, expriment le malaise de notre société et la crise inquiétante d’identité de la France, qui touchent aussi le monde militaire.

Mais, nos généraux, sont-ils bien placés pour lancer des idées susceptibles de recueillir l’intérêt et l’adhésion d’une large partie des Français, pour fonder des mouvements capables de concurrencer les partis politiques, « qui concourent à l’expression du suffrage » selon l’article 4 de la Constitution ?

Rien n’est moins sûr. Le droit, l’économie, la connaissance de l’entreprise privée, celle du monde du travail leur sont souvent étrangers.

On comprend bien que lorsqu’on a servi son pays pendant plusieurs décennies, on voudrait encore faire plus. Mais, n’est pas de Gaulle, qui veut ! Et, puis et surtout, la situation actuelle n’a rien de comparable avec celle résultant de la défaite de 1940.

Alors, il faut savoir se contenter de notre piètre démocratie, le pire des systèmes hormis tous les autres, selon le mot de W. Churchill.

En revanche, il faut se battre pied à pied pour des causes précises et pour la défense des personnes… Comme le fait l’Adefdromil – Aide aux Victimes. C’est notre manière de faire de la politique !

Source : ADEFDROMIL-Aide aux victimes

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