Dépenses militaires, gains économiques

Un soldat français en patrouille à la gare de Nantes. – SEBASTIEN SALOM-GOMIS

LE CERCLE/POINT DE VUE – Les dépenses militaires sont, de plus en plus, des investissements. Elles contribuent à notre souveraineté économique.

Le débat sur les 2 % l’a montré : les décideurs publics d’aujourd’hui et de demain ont tendance à considérer la défense comme un poste de coût. C’est dans ce contexte qu’il faut bien considérer la réduction continue et massive de notre effort de défense, passé de 2,78 % en 1990 à 1,7 % du PIB aujourd’hui.

Certes, on pourrait rappeler que la France s’est engagée au sommet du pays de Galles, comme ses partenaires de l’Otan, à accroître ses dépenses militaires et que la parole de la France a une valeur ! L’évolution du contexte géopolitique, le retour des menaces, en un mot la fin du rêve post-1989 d’un monde sans violence, justifieraient également, à eux seuls, de consentir de nouveaux efforts de défense pour assurer notre sécurité.

A ces raisons, chacune suffisante, s’en ajoute une autre : notre intérêt économique. Les dépenses militaires, les Américains l’ont compris depuis bien longtemps et beaucoup d’émergents – dont la Chine – leur emboîtent le pas, sont aussi, et sans doute de plus en plus, des investissements ! En tant que telles, ces dépenses sont un élément fondamental du développement économique de la France. Cela est vrai à plusieurs égards.
Dépenses militaires, gains économiques

Retombées industrielles

Premièrement, les dépenses de défense sont au coeur de l’effort de recherche et développement de notre pays. Si les exemples ne manquent pas, le plus achevé concerne sans doute la dissuasion nucléaire. Le rapport parlementaire Bridey-Lamblin l’a récemment rappelé : les investissements consentis au titre de la dissuasion nucléaire sont à la source de retombées industrielles essentielles donnant lieu à des applications dans des domaines aussi divers que l’énergie, l’aéronautique, la médecine, le transport, le numérique.

A l’heure où l’on reprend enfin conscience du caractère central et indispensable de l’industrie comme colonne vertébrale de notre économie, il est vital de se souvenir que quantité d’inventions ont été faites pour les besoins de notre défense, en amont des marchés.

Bouclier économique

Deuxièmement, les dépenses de défense sont au coeur de notre souveraineté économique. A cet égard, il est temps de cesser d’être naïfs. Les Américains ne le sont plus depuis longtemps, et chacun comprend bien les liens très forts qui existent entre le développement des géants américains du numérique et les luttes de souveraineté dans le cyberespace. Dans ce contexte, en lien avec notre diplomatie, les dépenses militaires jouent un rôle fondamental de protection de notre économie.

Troisièmement et enfin, les dépenses de défense ont un rôle à jouer en matière d’emploi et d’aménagement du territoire. Il n’est ainsi pas uniquement question de produire des canons ou des missiles, mais bien de contribuer à l’émergence de technologies clefs et de sanctuariser sur le territoire de nombreux emplois. L’un des avantages économiques de la défense tient justement dans cette impossibilité de délocaliser à l’étranger un grand nombre d’activités sensibles.

En définitive, la logique des « dividendes de la paix », dans laquelle tant de gouvernants et une partie de notre diplomatie se sont égarés, doit être inversée. L’effort de défense doit être maintenu et accentué, non seulement dans une optique de défense, mais également pour redresser notre économie, préserver nos emplois, maintenir notre capacité d’influence.

Cédric Perrin est sénateur (LR), membre de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées. Bruno Alomar, économiste, est auditeur de l’Institut des hautes études de la Défense nationale (IHEDN).

Source : Les EChos

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