Demande d’indemnisation des gendarmes d’Ouvéa : la justice déboute les victimes et leurs proches

Le monument aux morts de la gendarmerie d’Ouvéa. • ©Archives NC la 1re

Trente-sept ans après l’attaque de la grotte d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, deux affaires judiciaires portées par d’anciens militaires et leurs proches étaient examinées dans l’Hexagone : une sur une demande d’indemnisation supplémentaire, une autre sur l’obtention de la médaille des victimes du terrorisme. Les décisions ont été rendues.

Quentin Menu, Hodane Hagi Ali • Publié le 3 septembre 2025 à 17h02, mis à jour le 3 septembre 2025 à 22h29

Deux affaires visant à réparer financièrement et symboliquement les drames du passé. Ces dernières semaines, deux tribunaux de l’Hexagone examinaient des requêtes d’anciens gendarmes postés à Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, en 1988 au moment de la quasi-guerre civile. Plusieurs d’entre eux réclamaient des indemnités supplémentaires suite à des révélations sur les supposées négligences qui ont mené au drame de la grotte d’Ouvéa. Un plus petit nombre voulait, en plus, se voir décerner la médaille de victimes du terrorisme. La justice a tranché dans les deux cas.

La première affaire était une demande d’indemnisation. Portée par dix anciens militaires ou leurs proches (pour ceux qui sont décédés lors de l’attaque de la caserne de Fayaoué, le 22 avril 1988, qui a fait quatre morts), la requête faisait suite aux révélations, en 2020, d’un ancien lieutenant-colonel de la gendarmerie, Henry Calhiol. Dans une revue, il a retracé l’attaque de la gendarmerie calédonienne, puis la prise d’otage qui a suivi dans la grotte de Watetö. Selon lui, l’état-major de la gendarmerie était au courant de l’assaut prévu par des militants indépendantistes kanak. Or, les membres de la caserne de Fayaoué n’auraient pas été alertés.

Pour les plaignants, représentés par Me Manuel Gros, il s’agit d’une faute administrative : l’État est responsable du drame d’Ouvéa, défendent-ils. Ils réclamaient donc des indemnités supplémentaires (ils ont déjà reçu une première indemnisation en tant que victimes) pour réparer le préjudice moral subi, mais aussi le préjudice professionnel. « On a brisé leur carrière. Toute leur carrière, ils ont entendu ‘Toi, tu étais à Ouvéa, tu t’es fait surprendre, tu n’es pas bon’. Ils auraient dû finir avec un grade de capitaine, ils sont tous sous-officiers », accusait l’avocat avant l’audience à Lille au mois de mai. Les indemnités réclamées allaient de 300 000 à plus de 500 000 euros.

Linda Zawadzki (à droite), ses filles et sa petite fille devant le tribunal administratif de Lille, le 22 mai 2025. • ©Jeanne Péru-Gelly

Pour Me Gros, les forces de l’ordre installées à Fayaoué n’ont pas été prévenues pour ne pas aggraver un contexte politique déjà très tendu en pleine campagne électorale. « On fait courir un risque de mort à des gendarmes uniquement pour calmer le jeu politiquement », regrette-t-il.

S’il a entendu les arguments présentés par les gendarmes et leurs proches, le tribunal administratif de Lille n’a cependant pas condamné l’État à verser de nouvelles indemnités, faute de preuves suffisantes pour mettre en cause la responsabilité des autorités. Les plaignants vont faire appel de la décision, indique leur avocat.

Médaille de reconnaissance aux victimes du terrorisme

La deuxième affaire était plus symbolique. Six gendarmes ayant vécu la prise d’otage réclamaient également la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme. Le ministère de l’Intérieur n’a jamais voulu la leur décerner pour ne pas assimiler le mouvement indépendantiste kanak à du terrorisme. Car la Nouvelle-Calédonie est entrée dans un processus de paix et de décolonisation depuis la fin du siècle dernier. Une loi d’amnistie a d’ailleurs été adoptée après la quasi-guerre civile des années 1980, empêchant toute poursuite ou condamnation dans les affaires liées au conflit, dont le drame d’Ouvéa.

« En Corse, vous avez deux gendarmes qui ont été tués par des indépendantistes et qui ont eu la médaille du terrorisme. L’indépendantisme corse, c’est du terrorisme, l’indépendantisme kanak non », faisait remarquer Me Manuel Gros, au mois de mai.

La requête judiciaire des six gendarmes avait été une première fois déboutée par le tribunal administratif de Toulouse, qui avait justifié sa décision par la loi d’amnistie. Mais, pour l’avocat, s’il n’y a plus de criminel après une amnistie, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de crime. Et cela ne veut pas dire non plus qu’il n’y a pas eu de victimes.

La cour d’appel de Toulouse a donc examiné le nouveau recours. La justice a cette fois-ci demandé au ministère de l’Intérieur de réexaminer la demande des gendarmes. « On peut penser que la façon dont l’arrêt est rédigé devrait contraindre le ministère à accorder cette qualité », dit, optimiste, l’avocat.

Mais ce dernier craint que le contexte politique national et local tendu n’empêche toute réelle avancée dans le dossier. À l’heure où le FLNKS rejette l’accord de Bougival, signé en juillet entre l’État et les partenaires politiques calédoniens, décerner une médaille de victimes du terrorisme à d’anciens gendarmes d’Ouvéa pourrait être vécu comme un affront par les indépendantistes.

Source : France TV Info

Note de la rédaction de Profession-Gendarme :

Mes chers Camarades,

Il y a de nombreuses années, alors que j’étais encore en activité, l’un de mes colonels s’étonnait que je signais ma notation annuelle sans la lire… Ma réponse fût spontanée :

«  Mon colonel, mes notations n’ont d’importance pour moi qu’en fonction de l’estime que je porte au notateur ».

Si je vous raconte cet instant de vie, c’est pour vous dire que la majorité de nos concitoyens sont conscients de votre sacrifice et vous en sont reconnaissants, mais qu’il ne faut rien attendre de la part de nos « Élites » qui ne prennent leurs décisions qu’en fonction de la politique ou de leurs propres intérêts.

Ronald

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *