Crise aux urgences : deux décès sur des brancards au CHU de Rennes, symptôme d’un système à bout de souffle

Dans la nuit du 11 au 12 janvier 2026, deux patients ont perdu la vie aux urgences du CHU de Rennes, confinés sur des brancards dans un service submergé. Ce double drame a ébranlé les soignants et jeté une lumière crue sur l’effondrement programmé du système de santé. Les syndicats incriminent un défaut de surveillance lié à l’engorgement, quand la direction tente de relativiser. Un épisode qui s’inscrit dans une sinistre litanie de négligences mortelles.

Quand la « réalité hospitalière » signifie mourir seul, entassé, au rebut.

Un week-end d’abandon

Les 10 et 11 janvier 2026 ont offert un spectacle de désolation aux urgences rennaises. L’afflux a battu tous les records, avec 283 passages en vingt-quatre heures pour une capacité théorique de 150. Des dizaines de malades, parqués dans des couloirs, ont attendu jusqu’à quarante-huit heures. C’est au cœur de ce chaos que deux existences se sont éteintes.

La CGT du CHU a dénoncé sans ambages un « manque de surveillance », résumant la situation par un « bienvenue en enfer ». Un responsable syndical a martelé : « À notre époque, ce n’est pas normal de mourir sur un brancard dans un couloir ». La direction médicalement incompétente (Virginie Valentin qui a fait des études de droit), tout en concédant une « tension extrême », a nié tout lien causal avec la saturation. Elle a avancé que l’un des patients était en fin de vie et que les deux cas seraient étudiés « dans le cadre de la démarche qualité », ajoutant avec une froideur administrative que « les décès font partie de la réalité hospitalière ». Donc circulez ! Y a rien à voir.

Exaspérés, les soignants ont répondu par des débrayages et une grève, exigeant des renforts et une organisation qui préserve les vies. Le plan blanc, activé dès le 6 janvier, avec son cortège de lits supplémentaires et de régulations, s’est révélé un cautère sur une jambe de bois face à l’hémorragie continue.


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Une macabre banalité

Le drame de Rennes n’est qu’un maillon d’une chaîne de défaillances fatales. Les urgences françaises accueillent régulièrement la mort dans l’indifférence, victimes de retards de prise en charge causés par la saturation. Selon Samu-Urgences de France, près de 150 « morts inattendues » auraient été comptabilisées en décembre 2022, un chiffre sans doute en deçà de la réalité.

Cette litanie sinistre parle d’elle-même :

. Janvier 2026 : Une femme de 53 ans décède dans une ambulance en attente devant les urgences d’Aix-en-Provence.

. Janvier 2025 : À Villeneuve-Saint-Georges, une jeune femme de 26 ans est retrouvée sans vie dans la salle d’attente, après des heures d’abandon. Enquête ouverte.

. Janvier 2025 : Un octogénaire meurt après neuf heures d’attente au CHU de Nantes.

. Février 2024 : Lucas, 25 ans, succombe à une septicémie après dix heures sur un brancard à Hyères. Plainte pour « abandon ».

. Décembre 2023 : à Bourgoin-Jallieu, une sexagénaire décède après onze heures d’attente. Plainte pour non-assistance.

. 2018 : Micheline Myrtil, 55 ans, meurt dans la salle d’attente de Lariboisière à Paris.

. Mai 2018 : deux personnes âgées décèdent dans l’attente aux urgences de Tours.

. Février 2017 : un patient meurt sur un brancard à Perpignan après une longue attente.

. Février 2014 : décès sans prise en charge à Cochin (AP-HP).

Ces cas ne sont pas des accidents, mais les symptômes d’un mal profond. Une étude de l’AP-HP le confirme : passer une nuit sur un brancard accroît de 40 % le risque de mortalité pour les personnes âgées. Les alertes des soignants sur le « craquement » général ne sont plus écoutées.

L’heure des faux-semblants

Les morts de Rennes rappellent que la crise est systémique, et non passagère. Les épidémies saisonnières et le manque de moyens structurels achèvent de délabrer l’hôpital public. Tandis que syndicats et associations réclament des investissements massifs, les autorités se contentent de promesses d’« analyses » et de vœux pieux. En l’absence d’un sursaut politique et financier, ces tragédies deviendront la norme, scellant la défiance envers un service public sciemment asphyxié. Le temps des condoléances est révolu ; celui des comptes doit venir.

par Yoann

Source : Le Média en 4-4-2

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